‹ La paix chez les bêtes [par] Colette (Colette Willy) Front. de SteinlenChapitre 31 sur 71 · EXPOSITION CANINE · texte numérisé non relu

EXPOSITION CANINE

Ou donc ai-je vu ces chiens-là? Ici, l'an dernier, à pareille époque. Je reconnais ce lévrier, incapable de commander à ses nerfs et dont la plainte a le charme d'un chant. J'ai déjà hoché la tète devant ce petit brabançon résigné, qui enferme tant de sagesse dans son cerveau en bille et dans ses yeux d'écureuil. Les bulls ronflent comme un dortoir de caserne, et le dobermann-pinscher fait tout ce qu'il peut pour imiter la distinction bien

française des beaucerons. Ceux-ci, arrachés à leurs troupeaux par une vogue commençante, s'ennuient avec pudeur et croisent leurs beaux doigts secs et rouges de gentilshommes campagnards. Il y a aussi, sur des coussins, baignés des parfums combinés du crésyl, de riodoforme et de l'eau de Cologne, il y a du loulou, du pékinois, du griffon belge, du toy-terrier. Il y a aussi, en bonne quantité, et libre, de la dame qui aime bien les bêtes, qui n'a pas sa pareille pour enlever de terre un toy par une patte et la lui démettre et pour fourrer un doigt ganté dans l'œil d'un petit bull...

La semaine dernière, cet air criblé de cris menus retentissait de la voix des meutes. Des gorges profondes, expertes, clamaient longuement le regret des forêts ou des calmes siestes au chenil. Et c'est là que j'ai vu, vers l'heure de midi, un homme bien vêtu, soigneusement ganté, à genoux

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