‹ La paix chez les bêtes [par] Colette (Colette Willy) Front. de SteinlenChapitre 53 sur 71 · LES CHIENS SANITAIRES · texte numérisé non relu

LES CHIENS SANITAIRES

neige au galop, un képi aux dents ; l'eau d'un ruisseau traversé gèle sur lui et colle ses poils, un glaçon coupant a fendu la peau de sa patte, mais il exulte, il ne sent ni le froid, ni le mal, il remet le képi, la « preuve » à son maître, et l'emmène vers l'homme gisant...

— EtNelly?... Ah! la voilà !

La doyenne retraverse le même pré, franchit les mêmes flaques gelées; à chaque saut, on voit danser son dos de louve engraissée...

— Mais... elle ne porte rien? Elle n'a rien trouvé ? Oh ! Nelly !

L'honnête travailleuse ne couche pas les oreilles sous le blâme, et dépose dans la main du capitaine X... une petite croûte de fromage de gruyère. Car son homme, à elle, n'avait ni képi, ni mouchoir, et le museau habile, plongeant dans une poche de l'homme inerte, n'a trouvé que cette preuve, tentante, mais sacrée,

où les dents de Nelly ont à peine marqué.

Et malgré nos rires et ceux des c blessés » qui reviennent poudrés à frimas, chacun de nous songe probablement au jour où le jeu, la leçon seront la vérité sombre, où cent, où mille hommes couchés sentiront leur sang tiède se refroidir sur la neige — l'attente... la nuit qui vient... l'espoir de la bête intelligente, du brancardier à quatre pattes qui n'a jamais peur, qui n'est jamais fatigué, qui voit et flaire à travers l'ombre... L'attente... la vie qui s'en va — et soudain l'haleine canine, le museau frais, la langue amicale qui essuie ensemble le sang et les larmes de faiblesse — le secours, toute la chaude vie qui revient...

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