‹ La paix chez les bêtes [par] Colette (Colette Willy) Front. de SteinlenChapitre 55 sur 71 · H LA PAIX CHEZ LES BEI · texte numérisé non relu

H LA PAIX CHEZ LES BEI

bois sévères qui environnent Paris, les forêts de Marly, de Saint-Germain, et les champs labourés où la perdrix n'ignore pas qu'elle est couleur de glèbe. Le bourgeon des chênes dort, et le soleil glisse sur l'argent soyeux des châtaigniers nus. Au-dessus du parc, un pêcher rose, un amandier blanc s'effeuillent de froid. En cherchant des violettes sous les feuilles sèches et sous l'herbe morte de l'an dernier, nous trouvons seulement des glands germes, rouges comme des cerises et qui lancent, hors de leur coque crevée, un délié, un tenace et vivant fil qui plonge, aveugle, intelligent, dans la terre humide... Il n'y a pas d'enfants cueilleurs d'anémones, ni de fagoteuses, et pourtant la forêt vivante crépite de pas légers, de claquements de becs, décris printaniers, de battements d'éventail : voici sur nos têtes, à nos pieds, partout, les êtres qui n'ont pas cessé, malgré nous, d'espérer en nous.

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Pour une trêve de quelques mois, quelle confiance î Une mésange nous suit, nous dépasse, revient, nous parle. Pendant chacune de ses pauses, elle ouvre et ferme ses ailes, tout près de nos visages, par coquetterie, et ses yeux brillent sous sa petite coiffe de velours. Une colonie de pinsons ne fuit pas à notre approche, appelle interrogativement, dialogue, s'occupe de nous, et deux rouge-gorges s'échappent sans hâte des basses branches, courent sur le sol devant nous comme deux souris...

Un lapin, deux lapins, dix lapins !...

Mais ce n'est pas la fuite éperdue des autres années, le derrière blanc aperçu et évanoui dans la même seconde. C'est seulement l'émoi, et surtout l'indécision :

faut-il fuir ? faut-il rester }. . . S'arrêter dans sa course, et regarder derrière soi, n'estce pas déjà une grande hardiesse, pour un petit lapin de garenne sans cervelle ? Le

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plus aventureux se tient debout, en kangourou. Il est couleur de froment mûr, et joint les oreilles. Il serre ses pattes de devant contre sa poitrine, humainement.

Peut-être qu'il va s'écrier : « Ah ! que vous m'avez fait peur ! » Peut-être qu'il va rire....

Au premier tournant de la route forestière, il faut, lorsque nous repartons, que la voiture s'arrête court, car ses roues ont bien failli écraser, rouges et or comme le soleil qui se couche, majestueux sous leur manteau à traîne pointue, ronds et cossus comme des bouquets de campagne, cinq faisans qui traversent la voie sans hâte, dédaigneux familiers, et qui semblent nous dire, sur le rythme de leur petit pas dandiné de poules grasses : « Vous êtes bien pressés... C'est notre tour.

Attendez... atten-dez... at-ten-dez... »

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