ACTE I. — SCENE
Dès le premier jour, je vous ai sentie coquette avec moi, coquette obscurément, mystérieusement, coquette comme vous savez Tétre, sans le montrer, quand vous voulez plaire, vous autres. Vous m'avez peu à peu conquis avec des regards, des sourires, des poignées de main, sans vous compromettre, sans vous engager, sans vous démasquer. Vous avez été terriblement forte et séduisante. Je vous ai aimée de toute mon âme, moi, sincèrement et loyalement. Et, aujourd'hui, je ne sais pas quel sentiment vous avez là — au
iO LA PAIX DU MÉNAGE.
fond du cœur, — quelle pensée vous avez là — au fond de la tète, — je ne sais pas, je ne sais rien. Je vous regarde et je me dis : cette femme, qui semble m'avoir choisi, semble aussi oublier toujours qu'elle m'a choisi. M'aime-t-elle? Est-elle lassa de moi? A-t-elle fait un essai, pris un amant pour voir, pour savoir, pour goûter, — sans avoir faim? 11 y a des jours oti je me demande si, parmi tous ceux qui vous aiment, et qui vous le disent sans cessej il n'y en a pas un qui commence à vous plaire davantage.