Rayn., IV, p
5. Tosti (t. I, p. 74) dit, à cette occasion, que Boniface trouva Philippe « âpre et sauvage et s'en souvint toujours ». Ce n'est là qu'une idée personnelle à l'auteur, contredite et par ce qu'on sait de l'habituelle dissimulation de Philippe et par les lettres nombreuses où Boniface félicite ce prince de sa piété et de sa condescendance pour le Saint-Siège.
6. La lettre adressée à Philippe est, du moins, la seule de ce genre qui soit transcrite sur les registres du Vatican, Voy. Tosti, t. I, p. 370, Documents. Cf. ibid., p. 152.
le pape dut écouter avec faveur les députés que lui adressèrent les évêques pour rinl'ormer des dangers qui menaçaient le royaume et lui remontrer l'utilité d'aider à sa défense. Il est difficile de ne pas voir un signe de cette sollicitude dans la bulle Coram illo fatemiir\ qui fut la réponse du pape à cette démarche. D'un autre côté, on a la preuve que Philippe envoya lui-même, à diverses reprises ^ des ambassadeurs au pontife. Il n'est pas douteux que, par leur entremise, il n'ait attiré l'attention du pape sur sa situation ou tout au moins fait preuve de sentiments qui achevèrent de lui rendre les sympathies du Saint-Siège. Dans les derniers mois de 1298, il demandait à Boniface une entrevue, que celui-ci refusa, alléguant son grand âge et ses infirmités, et dont il paraît qu'il avait déjà été question entre eux quelque temps auparavant. On peut même conjecturer qu'à l'occasion de la guerre soutenue parle Saint-Siège contre Frédéric d'Aragon Philippe fit au pape des offres de service. Ce qui est certain, c'est qu'au mois de décembre 1298 le frère du roi, Charles de V^alois, se préparait à venir au secours du Saint-Siège avec mille hommes d'armes, que son intervention était depuis longtemps (pridem) concertée entre lui et le pontife,
1. 28 février 1297. Archives nationales, JJ. 28, f» 239. — Cf. Diipuy, p. 26, 27.
2. Docum. relai. à Philippe le Del. Xot. et mss. XX, 2^ part., n° VIII.
BONIFACE VHI. 249
qu'elle était agréée par le roi. et que, dans cette circonstance, celui-ci offrit à Boniface de lui prêter soixante mille livres tournois'.
Quels que soient les motifs qui aient ramené Boniface vers Philippe, on voit, par ces détails, qu'à la fin do l'année 1298 il y avait entre eux une complète réconciliation, et qu'il faut rejeter à une date plus éloignée le véritable point do départ du différend qui provoqua leur rupture. Il y a plus; d'après une lettre que, le 19 février 1299, adressaient de Rome au comte de Flandre des députés de ce prince en mission près du Saint-Siège, le pape se montrait à ce point disposé en faveur du roi de France que les cardinaux n'osaient parler de Philippe, en présence de Boniface, que « pour en faire l'éloge^ ». Toutefois, dans le cours de cette année, les sentiments du pape semblent tout à coup se modifier. Etait-ce que, délivré des Colonne, il sentit sa sollicitude diminuer pour Philippo avec l'intérêt qu'il avait eu à se ménager son appui? On ne peut, à cet égard, former que des conjectures. Etait-ce, comme il le déclarait plus tard^ que ce prince lui parut abuser des bontés du Saint-Siège, en continuant à lever des subsides que ne justifiait en apparence aucune nécessité? Le
1. Docum. relat. à Philippe le Bel. Nof. et mss., 2^ part., n" ix.
2. « Li Rois (Philippe) a si le court pervertie que à paines i a-il nul qui en apiert ose de li dire fors que loenge ; mais cascuns connoist bien et seit que ce estli volenteis dou souverain. » Dépêche au comte de Flandre., Kervyn, p. 58.