Diplomata, chartée, t. II, p. viij
3. Mémoire sur /es actes (T Imiocent III , p. 7. Ajoutons que l'existence du livre IV est attestée par un passage d'une lettre d'Innocent III : (( Ut in illa (epistola) quse fit comiti Celanensi in regesto quarti anni domini Innocentii (Ep. V, 30;. »
4. Dans l'ouvrage intitulé : Vetera momunenta Slavorum meridionalium historiam illustrantia. Voy. Bibliothèque de rÉcole des Chartes, 5c série, IV, 440.
sommes loin, comme on le voit, de connaître toutes celles qui remplissaient les registres. On sait d'ailleurs .qu'il n'était pas dans les usages des officiers de la chancellerie de garder copie de tous les actes expédiés par le Saint-Siège. Des recherches faites à diverses époques et continuées jusqu'à ce jour ont permis d'augmenter la sommé des lettres transmises par les registres. Déjà Baluze avait enrichi sa publication d'une soixantaine d'actes qu'il ajouta, sous forme d'appendices, à chacun des livres édités par ses soins. On doit également à La Porte Du Theil l'addition de 85 pièces. L'abbé Migne, de son côté, a donné un supplément d'environ 250 lettres extraites par lui de divers recueils imprimés. Enfin le P. Thciner, ainsi que nous l'avons dit, a fait connaître, sinon le texte, du moins la substance de plus de 700 lettres appartenant aux livres qui nous manquent*. En 1873, M. August Potthast, ajoutant aux travaux de ces divers savants le résultat de ses propres investigations, a pu donner, dans son Regesta pontificum^, l'analyse de 5,316 lettres. M. L. Delisle estime que, par de nouvelles recherches opérées dans les dépôts d'archives, ce chiffre pourra être augmenté de plusieurs centaines de pièces. Lui-même a publié le texte de 21 lettres dont M. August Potthast n'a connu que le sujets
1. Il faut en effet retrancher des 766 lettres, dont le P. Theiner a donné le sommaire, les lettres que nous connaissons du livre III.
2. Regesta pontificum Romayiorum, vide ab anno post Clir. nat. MCXCVIII ad aiinum MCCCIV, edidit Augustus Potthast. Berolini, MDCCCLXXIII, in-40.
3. Lettres inédites d'Innocent III, Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, année 1873, 4e livraison, p. 402-419. Dans son Mémoire
En somme, grâce à ces différentes publications, on possède aujourd'hui, à peu de chose près, tous les matériaux d'une édition déflnitive des actes d'Innocent III. Celle-ci toutefois ne répondrait qu'imparfaitement aux besoins de la science, si elle n'était en môme temps une édition critique. Or ce travail ne laisse pas que de présenter plus d'une difficulté. A l'égard des lettres manuscrites qui viendraient à être découvertes et dont le texte ne se trouve pas dans les registres, il faut, d'une part, distinguer les lettres authentiques des lettres apocryphes, et, d'autre part, éviter de confondre les actes d'Innocent III avec ceux d'Innocent II et d'Innocent IV. En ce qui concerne les lettres fausses, la défiance est d'autant plus nécessaire, que, de l'aveu d'Innocent III, — ainsi que nous l'avons indiqué dans une étude précédente, — leur nombre était considérable'. Quant aux erreurs où l'on peut tomber en confondant les actes d'Innocent III avec ceux d'Innocent II et d'Innocent IV, on a également lieu de les redouter; car d'illustres savants, tels que Mabillon, Duchesne, Baluze, Bréquigny, La Porte Du ïhcil et quelques autres, n'ont pas toujours su les éviter.
Pour ce qui est des lettres transmises par les registres, la plus récente publication qui en a été faite, celle de l'abbé Migne, laisse, on doit le dire, totalement à désirer. Par la source dont elles proviennent, il n'y a pas de doutes à établir sur leur authenticité; mais ces
sur les actes d'Innocent III, ^J. L. Delisle annonçait la publication d'environ 200 lettres inédites de ce pape ; on ne saurait trop regretter que le savant académicien n'ait pas donné suite à son dessein. 1. Voir notre Etude sur Innocent IIL
lettres sont presque toutes à dater. On peut suivre, dans le Mémoire de M. L. Delisle sur les actes d'Innocent II [, les nombreuses irrégularités que présente, à cet égard, le texte des registres. Non seulement le scribe ne donne jamais que des dates incomplètes; mais, pour une lettre de môme date qu'une autre déjà transcrite, ce qui est un cas très fréquent, il se borne à mettre Data eadcm ou Dat. ut supra. Or la lettre immédiatement antérieure est rarement celle à laquelle il convient de recourir pour rétablir la date qui a été omise. Il arrive même souvent que deux lettres qui se suivent sont de dates différentes, contrairement à l'indication Dat. ut supra qui accompagne la dernière. Ajoutons qu'il n'est pas toujours vrai qu'une lettre appartienne par sa date au livre où elle se trouve enregistrée '.
M. L. Delisle, dans son Mémoire, a abordé ces diverses difficultés et établi des règles pour les' résoudre. Il a déterminé les formules de suscription et quelquesunes des particularités paléographiques des lettres d'Innocent III, fixé la chronologie des chanceliers ou
1. Innocent III commençait les années de son pontificat au jour de son sacre, qui eut lieu le 22 février H98, et non, comme on la cru longtem])S, au jour de son élection survenue le 8 janvier de la même année. L'édition Migne, où les années du pontificat ont été confondues avec des années ordinaires, est donc aussi à corri^'-er sur ce point. Nous remarquerons, à ce propos, que plusieurs savants, se basant sur le texte des registres, ont pensé que les actes d'Innocent III étaient ordinairement expédiés sans date, ou du moins sans la date de Tannée du pontificat. M. L. Delisle {Mémoire, p. 12) a pu démontrer l'inexactitude de cette opinion par la mise au jour d'expéditions originales datées régulièrement et reproduites sans date dans les registres.
vice-chanceliers chargés de délivrer les privilèges , donné le nom des cardinaux appelés à les souscrire, indiqué les types divers employés pour la bulle, et précisé le système de dates en usage (lieu, jour, indiction, années de l'incarnation et du pontificat) ; enfin il a tracé avec un soin minutieux les itinéraires d'Innocent III et d'Innocent IV, ressource des plus précieuses pour discerner les lettres appartenant à l'un ou l'autre de ces papes. Par sa clarté, son exactitude, parle nombre de questions qu'il résout, le Mémoire de M. L. Delisle, qu'on peut considérer comme le traité le plus important qui ait été écrit sur la diplomatique pontificale, se trouve être la préface nécessaire de toute édition critique des actes d'Innocent III. Nul doute que M. August Potthast ne se soit servi des règles formulées dans ce Mémoire pour dater la plupart des lettres qu'il a signalées dans son Recjesta pontificum, et notamment les lettres qui proviennent des registres ^ Mais, outre qu'il est un certain nombre de lettres qu'il n'a datées que d'une manière très approximative, les dates qu'il a fixées pour les autres ne présentent pas toutes un égal degré d'exactitude, et, si estimable que puisse être son travail sous ce rapport, il convient d'en contrôler avec soin les résultats -.
1. M. August Potthast ne dit rien de ce mémoire. En revanche, cet ouvrage a été utilement mis à contribution et est cité nombre de fois dans un travail publié en langue danoise sur les archives pontificales par le D"" Storm, et que M. Lowenfeld vient de traduire en allemand sous ce titre : P. A. Munch, Aufschlûsse ûber das Papstliche Archiv herausgegebenvon D"^ G. Sturm; aus dem Dânischen ûbevsetzt von D' Loweîifeld. Berlin, 1880.
2. M. L. Delisle, dans les Lettres médites dLinocent III, a. fourni
Indépendamment de ce qui regarde la date, les registres offrent des incorrections qui ne sauraient être reproduites dans une édition définitive. Nous voulons parler des lacunes que présente le texte des registres. Le plus souvent, en effet, les lettres transcrites sur les registres, loin de reproduire les actes originaux-, n'en étaient que l'abrégé. On ne copiait guère que les parties importantes du texte. Pour peu que la pièce à transcrire offrît des passages identiques à ceux d'une lettre déjà enregistrée, on se bornait à en rappeler les premiers termes accompagnés de l'indication ut supra. Si le passage était, non pas identique, mais analogue, on ajoutait à cette indication les mots m fere eundem moduin. Malheureusement il arrive, pour les passages ainsi omis, de même que pour les dates, que l'indication ut supra se rapporte rarement aux lettres immédiatement antérieures. A l'égard des préambules, dispositifs, clauses, et généralement de toutes les formules insérées dans le corps de l'acte, le scribe, les supposant connues, se contentait habituellement d'en reproduire le premier mot et le dernier, séparés l'un de l'autre par le signe et cœtera ou le terme usque^. Inutile de faire re-
plusieurs preuves de l'inexactitude des dates fixées par Potthast. Ajoutons que le savant allemand n'a pas mentionné toutes les lettres d'Innocent III qui étaient imprimées avant la publication de son travail. C'est ainsi qu'on ne trouve pas dans son ouvrage une bulle de ce pape que M. l'abbé Chauffier avait découverte dans le onds du chapitre de Vannes et qu'il a publiée dans la Bibliothèque de l'École des Chartes de Tannée 1872.
1. Voir, comme spécimen de ces abré-viations, les lettres 2 et 4 dont M. L. Delisle a donné le texte dans les Lettres inédites cV Innocent III.
marquer qu'en rétablissant ces formules et en les distinguant selon la nature des actes auxquels elles se rapportent, on aurait uivformulaire à peu près complet de la chancellerie pontificale à cette époque. Ajoutons que, dans leur propension à tout abréger, les scribes omettaient parfois des déclarations importantes. L'un d'eux, transcrivant une lettre de privilège où étaient désignées un certain nombre d'églises avec leurs dépendances, se borne à en nommer quelques-unes, après quoi il écrit : et plures alias qiias brevitatis causa prêter mit to^. L'on voit, d'après ces remarques, que, sans offrir de graves difficultés, la reconstitution du texte des registres dans son intégrité exige du moins des soins très minutieux. Terminons en disant que ces abréviations sans règle, ces renvois défectueux, ces dates mal indiquées, ces lettres enregistrées hors de leur place, tout cet apparent désordre des registres, en un mot, ne doit pas être imputé, comme le paraît croire Baluze -, à la négligence accidentelle de quelques scribes. A la vérité, les registres dinnocent 111, tels que nous les connaissons, ne sont pas tous originaux. Les livres XIII, XIV et XV, en particulier, semblent être une copie de la fin du xv"^ siècle ^. Selon M. L. Delisle, il y a lieu de penser que le livre II n'est également qu'une copie *.