‹ La papauté au Moyen ÂgeChapitre 81 sur 227 · Ep. VIII, 28. Cf. Ep. V · texte numérisé non relu

Ep. VIII, 28. Cf. Ep. V

Pour compléter les considérations que nous venons d'exposer, nous aurions à retracer, dans ses incidents et ses progrès, la lutte persévérante soutenue par Grégoire pour établir, à l'égard des pouvoirs temporels et de l'Eglise, cette entière souveraineté du Saint-Siège, qui lui semblait le fondement nécessaire de l'ordre social. Mais cette partie de la vie de Grégoire, de beaucoup la plus connue, offre peu de points sur lesquels ait lieu de s'excercer la critique. A cette partie se sont attachés en effet la généralité des écrivains. En France, où l'on s'est toujours préoccupé des rapports de l'Eglise et de l'Etat, les historiens de Grégoire ont abordé de préférence le récit de ses luttes avec les princes \ Il suffit parmi nous de rappeler le nom de ce pontife, pour qu'aussitôt se représente à l'esprit cette scène de Canossa où, dans la personne de Henri lY, pa-

1. C'est ce sujet, déjà si souvent abordé, qui a été traité de nouveau par M. Langeron dans un livre intitulé : Grégoire VU ou les Origines de rVltraniontaJiisme, Paris, 1870, in-S».

rurent s'humilier tous les rois. Quant aux rapports de Grégoire avec FEglise, dont Tétude avait été plus ordinairement négligée, ils ont été en Allemagne, depuis quelques années, l'objet de divers travaux, parmi lesquels nous mentionnerons les ouvrages, déjà cités, de Dollinger et de Giesebrecht'. Dans le Pape et le Concile, Dollinger a eu principalement pour but de signaler les empiétements du Saint- Siège sur rËgiise; et, bien que, dans cet ouvrage, il embrasse l'histoire de la papauté depuis ses origines jusqu'à nos jours, il a néanmoins réservé une place importante aux faits contemporains de Grégoire. Un défaut de ce livre, composé d'ailleurs avec soin sur les documents originaux, c'est de n'avoir pas tenu un compte suffisant des convictions de ce pape, et de l'avoir montré obéissant trop souvent, dans ses relations avec le clergé, à un désir intéressé de domination. Quanta Giesebrecht, auquel ce dernier reproche ne saurait être adressé, il s'est exclusivement borné aux temps qui nous occupent, et a étudié l'action de Grégoire sur l'Eglise, non seulement pendant son pontificat, mais à l'époque où, sous

1. Nous pouvons indiquer un troisième ouvrage que nous avons eu entre les mains et inspiré de celui de Giesebrecht (Meltzer, Papst Gregors VU Gczetzgehung und Bedrehimg'ni in Betveff der Bischofswahlen. Lipsia, in-8°, 1869). Mais la méthode adoptée dans cet ouvrage est défectueuse, en ce que l'auteur s'est attaché à suivre, selon les rigueurs d'un ordre purement chronologique, les rapports de Grégoire avec l'Eglise, ce qui ôte à cet écrit toute portée philoso|»hique.

le nom d'IIildebrand, il jouait un rôle déjà prépondérant. Si rccommandable à tous égards que puisse être ce travail, il est toutefois incomplot. L'auteur s'est proposé surtout de fixer la législation dont ce pape avait pu être le promoteur, s'attachant plus aux canons promulgués par lui dans les synodes qu'aux indications tirées de sa correspondance. Or, avec les tendances de caractère qui distinguaient Grégoire, l'homme, non moins que le législateur, dut influer sur l'Eglise. Au nombre des faits que, par suite de la méthode qu'il s'était imposée, Giesebrecht a dû nécessairement passer sous silence ou tout au moins montrer incomplètement, il en est un d'assez grande importance que, de son côté, Dollinger a négligé. Nous voulons parler de l'intervention de Grégoire dans l'élection des évêques.

Quelque autorité que Grégoire possédât sur l'Eglise, en déplaçant, en suspendant ou en déposant les évêques, il comprit que cette autorité serait plus solidement assise, si l'on n'appelait d'abord à l'épiscopat que des hommes dévoués au siège apostolique. De là, dans la nomination des évêques, une intervention qui, hâtons-nous de le dire, n'avait rien de régulier, mais qui, tout en étant bien plutôt l'effet du caractère dominateur de Grégoire que celui d'un système arrêté, n'en a pas moins exercé une influence considérable sur le régime ultérieur de l'Eglise. A s'en tenir à des déclarations répétées plusieurs fois dans ses lettres, Grégoire aurait été dis-

posé à respecterles traditions qui laissaient au clergé et au peuple la liberté de nommer leur évèque. Mais ce n'est là qu'une apparence. Il n'entend pas qu'on choisisse un évêque dont la personne ou le nom lui sérail totalement inconnu*. Il veut, d'ailleurs, qu'on n'élise à Tépiscopat qu'une personne capable (idonea), se réservant, si la capacité de Félu ne lui paraît pas suffisante, de casser l'élection'. Giesebrecht cite un canon promulgué par Grégoire dans le synode de 1080, aux termes duquel le clergé et le peuple devaient, en présence d'un délégué soit du siège apostolique, soit du siège métropolitain, pourvoir par l'élection aux évèchés vacants; l'élection devait ensuite être approuvée de l'un ou l'autre de ces deux sièges^. A ne regarder que la législation formulée par Grégoire, la remarque est exacte; mais, en fait, l'intervention qu'à des titres divers ce pape a toujours soin de susciter est celle du siège apostolique^; et c'est devant ses légats qu'il veut, en définitive, que se fasse ^élection^

Ces légats ne se contentaient pas d'assurer le calme et la régularité des élections ; ils en dirigeaient l'esprit^ « Depuis que nous savons votre Eglise

\. Ep. III, 10.

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