AVANT-PROPOS DU TRADUCTEUR
La Papauté est la réédition du célèbre ouvrage de Dœllinger, paru en 1869, à la veille du concile du Vatican, sous le titre « le Pape et le Concile » par Janus, pseudonyme primitivement adopté par l'auteur, et sous lequel l'ouvrage a été, depuis lors, communément désigné en Allemagne.
L'apparition de « Janus » fit, à cette époque, sensation dans le monde catholique : ses révélations sur l'histoire de la papauté émurent à tel point la conscience religieuse en Allemagne, qu'elles déterminèrent en partie le schisme des vieux catholiques, dans lequel, en 1871, une fraction de l'Église allemande se sépara de Rome (1). Le crédit et l'influence d'un tel livre s'expliquent, tout à la fois, par la valeur scientifique de l'ouvrage lui-même et par l'autorité du nom de Dœllinger.
Le chanoine I. de Dœllinger (1799- 1890) a été le théologien le plus illustre de l'Eglise catholique et l'une des gloires scientifiques de l'Allemagne au xixe siècle. On peut dire, sans exagération, que pendant cinquante ans, de 1840 à 1890, Dœllinger a été le véritable chef, non seulement de la science théologique, mais encore du catholicisme outre-Rhin. Son influence s'est fait particulièrement sentir dans l'orientation religieuse et politique de la Bavière de i85o à 1880.
(1) V. notre article, Le mouvement religieux en Allemagne, Revue des Deux Mondes, Ier décembre 1871.
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Appelé en 182G à l'Université de Munich, comme professeur de l'Histoire de l'Église et du Droit canon (1), il se plaça de bonne heure à la tète d'une phalange d'hommes distingués, qui s'efforçaient d'épurer le christianisme catholique et de lui rendre une force morale capable de contrebalancer le christianisme protestant du nord de l'Allemagne. Au début de sa carrière, l'orthodoxie dogmatique de Dœliinger lavait fait considérer comme ultramontain. Il n'en était rien. En i843, il s'éleva publiquement contre les Jésuites et contre la doctrine de l'infaillibilité papale, et en 1848, au Parlement de Francfort (2), il repoussa celle de la suprématie de TÉglise sur l'Etat. Il y défendit, en outre, la liberté de conscience, l'égalité des confessions, et s'opposa à la rentrée des Jésuites : les Ordres, à ses yeux, n'étaient pas un organisme nécessaire de l'Église ; celle-ci subsistait complètement par elle-même, avec le seul épiscopat et le clergé séculier.
Dœliinger a toujours lutté, à la tribune parlementaire, comme dans sa chaire universitaire ou dans ses livres, contre l'omnipotence du pape et contre l'absorption des Églises nationales par l'Église romaine. Il revendiquait l'indépendance des diverses Églises au nom des anciennes institutions ecclésiastiques : pour lui, l'unité religieuse dépendait, non pas d'une monarchie papale, mais de la cohésion des Églises nationales dans les conciles.
Il se plaçait, pour protester contre l'autocratie de Rome, sur le terrain historique, et c'est par ses travaux dans ce domaine que son nom marquera dans la science.
Dœliinger, en elfet, a renouvelé la science de l'histoire de l'Église, en démontrant que cette histoire, sur laquelle la papauté appuyait ses prétentions, avait été impudemment falsifiée, et que la vérité historique était absolument le con-
(1) Dœliinger entra tout jeune dans l'Eglise (il fut consacré prêtre en 1822), et y conquit rapidement une grande renommée. Il fut nommé à l'Université de Munich la même année où son père, anatomiste célèbre, et fils lui-même d'un médecin distingué, était appelé à cette même Université en qualité de professeur de médecine.
(2) Lorsqu'il y fut envoyé en i848, il était déjà député de l'Université de Munich au Landtag de Bavière.
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traire des affirmations de Rome. La suprématie absolue du pape n'était le résultat, ni d'une tradition apostolique, ni d'un octroi de l'ancienne Eglise, mais dune série de fraudes et de supercheries au moyen âge. que le chrétien ne pouvait accepter comme source d'articles de foi.
Cependant, tout en critiquant la légitimité du pouvoir papal, au nom de l'orthodoxie catholique, de la vérité historique et de la morale chrétienne, Dœllinger n'a pas cherché, comme les Jésuites l'en ont accusé, à refaire l'œuvre de Luther. Il s'est au contraire montré sévère envers le protestantisme 0), il a prétendu maintenir l'unité catholique. Sa guerre à la curie n'avait d'autre but que d'empêcher l'Eglise de dévier de la vraie foi. De là vient l'ardeur avec laquelle il s'opposa aux innovations dogmatiques de l'Immaeulée-Conception et de l'infaillibilité papale. Le jour où, en dépit de ses efforts, le concile du Vatican, par ses dogmes, exigea des chrétiens une abdication de conscience véritablement abusive, et contraignit au schisme une partie de l'Allemagne catholique, Dcellinger put dire avecraison que ce n'était point l'Eglise allemande cpii se séparait de Rome, mais Rome qui se séparait de l'Eglise catholique et du christianisme.
Son attitude suscita » naturellement contre lui toutes les haines de la curie et des Jésuites, et, en 1871, le pape récompensa par l'excommunication les vertus du prêtre et la science trop clairvoyante du théologien (2). Dcellinger ressentit douloureusement dans son cœur de catholique croyant cette censure injuste, mais il refusa de mentir à sa conscience en acceptant le dogme du Vatican. Cependant, le parti ultramontain, sentant bien tout ce qu'il perdait devant l'opinion par le désaveu de son théologien le plus éminent, mit tout en œuvre pour l'amener à se soumettre : les hommes les plus considérables de
(1 ) Du moins dans la première partie de sa vie et de son œuvre, car, plus tard, il est revenu à des jugements moins âpres sur les protestants et a reconnu qu'il avait été injuste envers Luther.
(2) Dans toutes les églises de Munich on prêcha contre celui qu'on appelait <( l'hérétique », lui, l'orthodoxe par excellence ! Et le résultat de ces excitations fut tel que la direction de la police l'avertit officiellement d'avoir à se tenir sur ses gardes et à ne plus sortir qu'accompagné, parce qu'on en voulait à sa vie.
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L'Eglise, cardinaux ou prélats, tentèrent auprès de lui de nombreux essais de conversion. Vains efforts : Dœllinger persista inébranlablement jusqu'à sa mort à repoiisser un dogme qui n'était qu'une hérésie.
Son autorité morale n'en fut d'ailleurs que plus grande : les consolations lui venaient de toutes parts : comblé d'honneurs par les rois Maximilien II et Louis II, conseiller privé de la couronne, président de l'Académie des Sciences en l'emplacement du célèbre chimiste Liebig, il se voyait recherché par les plus grands personnages de l'Europe et honoré des plus illustres amitiés (Gladstone, prince de Hohenlohe, prince-cardinal Schwarzenberg, etc., etc.). Le roi Louis II de Bavière l'engageait à ne pas tenir compte de l'excommunication et à ne pas abandonner sa chaire à l'Université ; mais Dœllinger ne voulut pas devenir un brandon de discorde, en demeurant dans la vie publique, et — de même que jadis, il avait renoncé à la vie parlementaire, — de même qu'il avait à trois reprises repoussé les honneurs épiscopaux (i), il se retira dans sa tour d'ivoire, au milieu de ses livres, suivi dans sa retraite par l'estime universelle.
Il mourut le 10 janvier 1890, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, après avoir reçu des mains de son ami, le professeur Friedrich, les derniers sacrements, impénitent envers le Pape, mais en paix avec sa conscience. Le grand prestige et la notoriété dont il a joui pendant sa vie tiennent autant à la noblesse et à l'élévation de son caractère, qu'à la prodigieuse science qui faisait dire de lui au cardiual d'Andréa que Dœllinger était le plus grand théologien de l'Eglise catholique (2).
(1) En iS45, on voulait l'élever à l'archevêché de Bamberg ; en i85o, à celui de Salzbourg ; en i85i, à celui de Munich.
(2) Ces paroles du C. d'Andréa, prononcées dans une séance de congrégation lors du concile du Vatican, valurent à son auteur une véhémente sortie du cardinal Reisach, le chorège du clan des Jésuites. L'opinion du cardinal d'Andréa était celle de toute la partie de l'épiscopat qui n'était pas inféodée aux Jésuites. Le cardinal Schwarzenberg, en 1869, supplia Dœllinger de se rendre à Rome pendant la durée du concile pour assister les évêques de sa science : des évèques français lui adressèrent la même prière, mais Dœllinger ne crut pas devoir accéder à leur désir.
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Son œuvre scientifique a été considérable ; parmi ses publications les plus connues, nous citerons ; l'Eucharistie dans les trois premiers siècles (1826) ; le dernier volume de l'Histoire de l'Église d'Hortig (1828); Ébauche sur le paradis de Dante par Cornélius (i83o) ; les deux premiers volumes de son Manuel de l'Histoire de l'Église (i833-i838) ; la Religion de Mahomet (i838) ; Une Voix pour la paix (i838) ; le Protestantisme en Bavière (i843); la Réformation, 3 vol. ; n'a pas été continuée (1846-1848) ; Église et État (1848) ; Luther (i85i) ; Hippolyte et Calliste, ou l'Eglise romaine dans la première moitié du 111e siècle, un de ses chefs-d'œuvre de critique historique (i853) ; Considérations sur la question du couronnement impérial, qui contribuèrent essentiellement à empêcher Pie IX de couronner l'empereur Napoléon III (i853) ; contre l'Immaculée-Conception (i854) ; Paganisme et Judaïsme (1867) ; le Christianisme et l'Église à l'époque de leur fondation (1860) ; Église et Eglises ; Papauté et États de l'Eglise (1861) ; conférences sur le même sujet, où il annonce la disparition prochaine des Etats de l'Eglise, et dont Napoléon se faisait envoyer télégraphiquement le texte (1861) ; le Passé et le Présent de la théologie catholique, discours célèbre (i863) ; les Fables des papes au moyen Age (i863) ; Rome et l'Inquisition (1867) ; Janus (1869) ; Considérations pour les évêques du concile ; Lettres du concile ; etc. , etc. Histoire des controverses morales dans l'Église catholique romaine, depuis le xvie siècle, 2 vol. 1889 et 1890. (Pour la bibliographie complète et la biographie de Dœllinger, voir J. Friedrich : I. de Dœllinger, sa vie et ses œuvres, 3 parties. Munich, 1899-1901 ; et L. von Kobell, I. v. Dœllinger, Munich, 1891.)
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« Jaillis » (actuellement « la Papauté ») lorsqu'il parut en 1869, était, de la part de Dœllinger, une réponse anticipée au prochain concile, où les Jésuites projetaient de faire acclamer sans discussion l'infaibillité du pape.
Cette doctrine n'avait été jusqu'alors qu'une opinion théologique (et des plus contestées) dans les siècles passés. Dœllinger. entreprit de la combattre en retraçant l'histoire de cette hypothèse et du même coup celle du développement de la monarchie papale. Il s'adressa directement aux sources mêmes de l'histoire de l'Eglise, et reconstitua à larges traits le tableau de l'évolution des institutions catholiques depuis les premiers siècles. Ce tableau différait profondément de celui qu'on présente dans les séminaires ou que colportent les Jésuites dans le monde. L'histoire de l'Eglise a été systématiquement si bien défigurée depuis le moyen âge jusqu'à nos jours que Dœllinger, après trente ans d'études, avouait que, dans le cas où il publierait une nouvelle édition de son Histoire de l'Eglise, sa conscience l'obligerait à ne pas laisser subsister une seule ligne de l'ancienne publication (i833-i838) (1).
Le droit de suprématie et d'autorité absolue que s'arrogeait le pape ne datait pas des premiers siècles du christianisme. Loin de là, à l'origine, l'évêque de Rome n'était que l'égal des autres évèques, ses collègues, et ne jouissait que d'un droit purement honorifique de primauté ou de prééminence, en sa qualité d'évêque de la ville la plus illustre de l'Empire : il n'était qu'un « primus inter pares ». Ce ne fut qu'à partir du ixe siècle que cette primauté se changea en papauté ou monarchie absolue. La révolution s'effectua assez rapidement, non pas à la suite du libre consentement de l'Eglise, mais comme une conséquence de la plus audacieuse mystification dont l'histoire fasse mention.
En effet, pour justifier de leur droit au gouvernement de l'Église et à la domination universelle, les évèques de Rome
(1) V. p. 33, note 128.
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ont fait, depuis le Ve siècle jusqu'à nos jours, constamment usage de pièces apocryphes et de documents falsifiés ou dénaturés. Ils ont revendiqué leurs privilèges sur le terrain du droit humain positif, comme de vulgaires plaideurs, en exhibant des canons de conciles, des textes des Pères, des décrétales, des donations d'empereurs, des chartes, tout un dossier de titres juridiques, qui n'avait qu'un défaut — celui d'être composé de pièces controuvées et forgées, de faux en écriture, sacrée. « Pareilles, dit Dœllinger (p. ^o), à ces stratifications géologiques, résultant de dépôts successifs, des couches de falsifications et d'altérations se sont déposées lune sur l'autre dans l'Église. »
La suprématie du pape sur la chrétienté doit donc son origine, non à un droit divin transmis par les apôtres ; non à une concession bénévole de l'Église ; non à une tradition constante, mais à une simple procédure, et à une procédure frauduleuse. C'est un procès que le pape a plaidé devant l'ignorance du moyen âge : il a gagné sa cause à une époque où le respect pour les chartes n'avait d'égal que le défaut de critique historique.
Certes, si les papes n'avaient eu à leur disposition pour établir leur droit à la puissance suprême que de simples chartes ou des textes de législation canonique, la vertu de ces documents écrits n'aurait pas été suffisante pour mener à bien la grande révolution qui transforma les institutions fédératives de l'Église en monarchie absolue. Il a fallu le concours d'autres facteurs.
En premier lieu, l'aide du pouvoir temporel. De tout temps, Konie a eu l'art d'employer à ses desseins les chefs des peuples. Au moyen âge, plus encore que de nos jours, elle a su décider les princes ambitieux ou faibles d'esprit à remplir le rôle de porte-glaive : pendant des siècles, les rois ont mis leurs soldats au service de celui qui se disait le successeur de saint Pierre : archers et bûchers ont été, en général, les arguments décisifs par lesquels Rome démontrait son bon droit, et la contrainte temporelle a eu tout autant de part à son succès que la crédulité religieuse.
En second lieu, à la contrainte exercée par le bras séculier s'ajouta la complicité inconsciente des peuples, qui, en présence du morcellement et de l'anarchie de la féodalité, pous-
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saicnt à la formation d'un pouvoir unitaire et centralisateur : on croyait alors que l'unité spirituelle était la condition nécessaire de l'unité politique — idée orientale, propagée par le christianisme, et dont, au moyen âge, quatre siècles de terreur n'ont réussi qu'à démontrer l'inanité chez les peuples européens. L'uniformité intellectuelle ne peut se produire que dans un troupeau de brutes passives : on ne saurait la concevoir dans une société politique de civilisés, puisque la civilisation est la résultante des diversités intellectuelles et de la concurrence des variétés morales. Mais, quoique fausse, cette idée vint faire obstacle, du xie au xvr siècle, au développement du principe des nationalités apporté jadis par les Barbares, et particulièrement dans les pays latins, où dominaient les souvenirs de la Rome impériale, on rêva de la reconstitution d'un empire césaro-chrétien, sous le pape successeur de César et du Christ. Ces deux éléments réunis — coercition temporelle et rêve d'unification spirituelle — groupés autour d'un Titre de Droit, assurèrent le triomphe du Saint-Siège ; on ne discuta pas l'authenticité du titre : le document fictif invoqué par le pape devint la justification et la base de la révolution religieuse. A cet égard, Dœllinger a peut-être raison de présumer que, sans les faux documents, la genèse de la papauté eût probablement été impossible (i).
(i) Cette hypothèse est en contradiction avec l'opinion courante. C'est presque un lieu commun en Angleterre et en Allemagne que de considérer le césarisme, tant en religion qu'en politique, comme le fruit spontané du génie propre des races latines. « Avec ou sans pseudo-Isidore, et quelles qu'eussent été \e> circonstances, répète-t-on, l'évèquc de Rome fût devenu quand même le Pontifex Maximus, et les institutions de l'ancienne Eglise se seraient transformées à son profit, en vertu de l'instinct inné chez les Latins à concevoir l'Etat sous forme de la centralisation et la religion comme une fonction collective. L'esprit individualiste, qui distingue les Anglo-Saxons, fait défaut aux peuples latins, en particulier aux Français. » Cette philosophie de l'histoire est contestable. En premier lieu, les Français ne sont pas des Latins, mais un peuple de culture latine ; secondement, le « génie latin » est si loin d'être réfractaire à l'individualisme, que c'est lui qui a introduit ce principe dans le monde ancien, en émancipant l'individu et en faisant de lui le centre et l'objet direct du Droit. Enfin, le caractère distinctif du monde germanique, manifesté par ses institutions, est précisément la subordination de l'individu à la collectivité. Voyez à l'appendice C quelques mots sur cette question.
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L'énumération des falsifications du droit canonique et de l'histoire de l'Église est la partie capitale de ce livre (i) : c'est un simple inventaire des fraudes de Rome, mais son laconisme est plus éloquent que la plus virulente philippique. Aussi Janus fit-il scandale. La démonstration qu'il étalait des altérations et des mensonges pieux était un fâcheux accident pour la réputation d'une institution qui se proclamait l'incarnation de la vérité et de la morale. Et cette démonstration était faite par le chrétien le plus orthodoxe et le plus savant de l'Église !
A Home, on en fut atterré : les évèques du futur concile, émus des révélations historiques de Dœllinger, allaient-ils hésiter à décréter que les papes avaient toujours été souverains et toujours infaillibles? La campagne des Jésuites allait-elle échouer au port ? Il était urgent de parer au danger. On mit aussitôt Janus à l'index : défense fut faite aux évêques d'en prendre connaissance, et, à côté de ce moyen simpliste, qui ne pouvait être qu'un palliatif provisoire, on chercha à atténuer l'effet produit par ce livre sur les catholiques, en mettant à prix sa réfutation. Mais la plume des Jésuites elle-même, ou celle de leurs élèves, comme Hergenrœther, Scheeben et autres, fut impuissante à effacer l'impression profonde causée dans les milieux catholiques allemands par cette histoire des mensonges de l'évêque de Rome. Si, au concile, grâce à la pusillani-
(i) Nous signalerons à ce propos, parmi les pages les plus instructives, celles où Dœllinger met en lumière les falsifications du 6e canon de Nicée ; du passage de Cyprien sur la primauté ; du Livre des Papes ; les fables du baptême de Constantin ; de sa donation et de celles des Carolingiens, 20-3o ; les falsifications du pseudo-Isidore ; des Grégoriens ; de Gratien ; de saint Augustin ; du pseudo- Symmaque, etc.. 3i-54 ; du pseudo-Cyrille et de saint Thomas d'Aquin, 1 16-122 ; du décret d'Union avec les Grecs, i5a ; de la bulle Pastor /Eternus, i64 ; du décret aux Arméniens, i85 ; de l'histoire, 127-182 ; 197-201 ; 266 ; du bréviaire et martyrologe romains, 199 ; les lettres de la Vierge 200, et autres inventions des Jésuites. 224-227; des manuels de théologie et des catéchismes modernes, 219 ; et enfin, à l'appendice, l'inauthenticité des fameux canons de Sardique. La plupart des documents canoniques, invoqués par les papes, pour justifier leur droit au gouvernement de l'Église, sont des titres apocryphes ou falsifiés.
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mité des évêques, on parvint à étouffer l'opposition, il n'en fut pas de même dans le grand public : le livre de Dœllinger a laissé dans l'Église allemande des traces ineffaçables.
En France, nous en avons publié une première traduction en 1869 ; mais elle parut peu de temps avant l'ouverture du concile, trop tard pour exercer une action sur la partie de l'épiscopat gallican, qui, derrière Mgr Dupanloup, projetait de s'opposer à la proclamation de l'infaillibililté du pape. Nous avons pensé faire œuvre utile en rappelant aujourd'hui à la vie ce livre destiné aux catholiques qui estiment que l'on peut être chrétien sans abdiquer entièrement sa conscience et son jugement. Leur nombre est heureusement plus grand en France que ne le laisserait supposer la clameur intéressée des Jésuites et des politiciens : cent qui se taisent, dit le proverbe, font moins de bruit que dix qui crient. Nous avons d'ailleurs été sollicité de plusieurs côtés de publier à nouveau cet ouvrage célèbre. Les questions dont il traite n'ont malheureusement rien perdu de leur intérêt d'actualité : plus que jamais, l'Église se voit absorbée par la papauté ; plus que jamais la papauté se dresse menaçante devant le monde moderne. La science d'un chrétien fervent, comme Dœllinger, est le guide le plus sur pour apprécier la valeur morale et historique des revendications du pape.
Nous avons suivi, dans cette nouvelle traduction, la seconde édition de Janus, c'est-à-dire celle qui a maintenant pour titre La papauté. Cette dernière édition allemande a été entreprise, au début, sous les yeux et sous la direction de Dœllinger, alors fort âgé, et continuée après sa mort, par son ami et collaborateur, le professeur J. Friedrich, le savant théologien de l'Université de Munich. Elle se distingue de la première par une meilleure disposition des matières, d'après l'ordre chronologique, par l'indication des sources et des textes, qui était insuffisante dans le Janus de 1869, et par l'addition (ch. IV) de quelques pages empruntées à d'autres publications de Dœllinger. Nous avons cherché à rendre dans son intégrité le texte de Dœllinger, sacrifiant, peut-être par un excèsde scrupule, laforme littéraire et les paraphrases à la fidélité. Nous ne nous sommes permis de retranchements et d abréviations que dans les notes.
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quin'étaient pas indispensables pour justifier les accusations de Dœllinger : dans ces notes . nous avons pensé , en effet . pouvoir diminuer l'étendue de certains longs documents, dont l'ouvrage allemand donne le texte in extenso, et de plusieurs discussions théologiques, sans nuire à l'œuvre classique de Dœllinger. C'est ainsi que nous avons supprimé, comme n'offrant pas grand intérêt pour le public français (et sur le conseil même du professeur Friedrich) tout ce qui avait trait à la polémique contre le cardinal Hergenrœther. auteur de l'Anti-Janus. De même nous avons cru nécessaire de remplacer pour les lecteurs français, l'avant-propos de l'édition allemande par quelques indications sommaires sur La Papauté, et par la notice biographique sur Dœllinger. dont nous devons les matériaux à l'obligeante communication du professeur Friedrich.
En appendice, nous avons ajouté un fragment important qui complète l'œuvre de Dœllinger sur les faux documents canoniques : c'est le résumé d'une étude récente du professeur Friedrich établissant l'inauthenticité des canons de Sardique. cette assise fondamentale de la domination romaine. De sorte qu'il est permis aujourd'hui de dire, avec l'auteur de l'Avant-Propos allemand, que « l'édifice entier de la puissance papale repose sur la ruse, la tromperie, la contrainte et la violence ; et, que les matériaux de cet édifice ont été empruntés à une mine de falsifî* cations et de fraudes, s'étendant. depuis le cinquième, à travers tous les siècles jusqu'à nous » .
Encore un mot : Janus ou la Papauté est essentiellement l'œuvre de Dœllinger. Il n'est que juste cependant de mentionner, à côté de lui, ses deux savants collaborateurs, auxquels il fait allusion dans sa préface de Janus : le professeur J. Huber. auteur de la Papauté et l'P^tat, des Jésuites, etc., qui participa intimement à la rédaction de Janus. et le professeur J. Friedrich, auteur des notes de La Papauté (i).
(i) Le professeur J.Friedrich estl auteur de nombreux ouvrages sur l'histoire de l'Eglise, parmi lesquels nous citerons :
Kirchengeschichte Deutschlands, :> vol ; — Drei unedirle Concilien aus der Merovingerzeit (se trouve aussi dans les Monumenta Germaniir historica, Concilia) ; — Documenta ad illuslrandum Concilium Vaticanum, 3 parties ; — Tagebuch vom Concil. -ir éd. 1878; — Geschichte des Vatikan. Gonzils.
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Lorsque, dans les pages qui suivent, nous avons cru devoir ajouter quelques lignes personnelles, nous avons indiqué ces additions par des crochets ou par nos initiales.
A. Giraud-Teulox,
3 vol. ; — Ueber den authcntischcn Text der IV Sitzung des Concils von Constanz, dans les Mûnch. akad. Sitzungsberichtc, 1S71 : — Zur adtesten Geschichte des Primats in der Kirche, 1879; — Ueber die Unechtheil der Decretale de recipiendis et non recipiendis libris des P. Gelasius I, Sitzungsbericbte, 1888 :
— Die Konstantinische Shenkung, 1889 ; — Zur Entstehung des liber diurnus, Sitzungsberichte, 1890 ; — Ueber die Sammlung der Kirche von Thessalonich und dasprepstliche Vikariat fur Illyrikum, Sitzungsberichte, 1891;
— Das angeblich Elogium Liberii, Sitzungsberichte, 1891 ; — Ignaz von Dœllinger, sein Leben , 3 parties; — Ein Brief des Anastasius an Bisch. Gauderich von Velletri ueber die Abfassung der Vita cum translatione S. démentis. Eine neue Quelle zur Cyrillus und Methodiusfrage, Sitzunsberichtc, 1892 ; — Ueber die Canones der Montanisten bei Hieronymus (auf Giund einer ungedruckten Quelle), Sitzungsberichte, iSg5 : — Der Geschichtliche Heilige Georg, Sitzungsberichtc, 1899 ; — Die Unaechtheit der Canones von Sardica, I part., Sitzungsberichte, 1901 ; IT part.. Sitzungsberichte, 1902.