‹ La paralysie générale dans l'ArméeChapitre 6 sur 29 · Bull. Leçon* sur les maladies mentales · texte numérisé non relu

Bull. Leçon* sur les maladies mentales

tellectuelles et de 61,3 professions manuelles. A ce propos Marcé ajoutait : « Ainsi les professions intellectuelles moins nombreuses clans les hôpitaux que les professions manuelles, donnent le chiffre de quinze pour cent dans le cas de délire non paralytique, et une proporlion plus grande du double dans le cas de paralysie générale. Celte prédilection si marquée trouve sa raison dans la fatigue cérébrale, plus fréquente chez les gens à profession libérale. Mais la congestion cérébrale n'est pas occasionnée que par le travail intellectuel et des causes purement physiques produisent le même résultat. A côté des carrières libérales qui fournissent un si grand contingent à la paralysie générale, nous devons en citer d'autres qui produisent des congestions cérébrales fréquentes, et qui quoique d'ordre absolument différent, conduisent au même résultat. On nous a certainement deviné, nous voulons parler des chauffeurs et cuisiniers, tous individus exposés à des réverbérations de foyers ardents et soumis à des congestions perpétuelles. Nous sommes loin ici des professions exigeant un travail assidu et sérieux de l'esprit, mais comme elles ces derniers métiers aboutissent à l'hyperhémie cérébrale, et à la congestion vasculaire encéphalique. La même lésion reconnaît souvent des points de départ différents, le même effet est produit par des causes différentes, ce qui fait que nous voyons tomber dans la même « ornière pathologique » l'homme instruit et savant, et le cuisinier qui souvent à ce point de vue laisse à désirer.

Un autre point sur lequel tous les auteurs sont absolument unanimes est la fréquence évidente de cette maladie

chez les militaires. Quand nous disons militaire, nous désignons par ce mot les gens qui font de la carrière des armes leur occupation habituelle, et non ceux qui y passent une, trois, cinq années de leur vie. Calmeil à ce propos écrivait en 1826 : « De (1) toutes les professions celle des armes exerce l'influence la moins douteuse et la plus funeste. Un grani nombre de militaires de l'ancienne année meurent frappés de paralysie générale et cette maladie atteint également tous les grades. On voit dans la même infirmerie des officiers supérieurs et de simples soldats ». Doutrebente, après avoir à ce sujet cité Esquirol, Bayle, Foville et Calmeil, se demande la raison de cette préférence marquée pour les militaires : « Mais (2) à quoi attribuer la fréquence de la paralysie générale chez les militaires? Cela tient, selon nous, à ce que cette maladie a été surtout observée et décrite à la maison de Charenton, où les militaires forment une grande partie de la population ». On le voit, ce dernier auteur ne croit guère à cette prédominance de la maladie clans l'armée ; en effet, il ajoute un peu plus loin comme preuve à l'appui de son affirmation : «. Dans les autres établissements qui, comme Charenton, n'ont pas traité avec l'État pour donner assistance aux militaires, gendarmes, douaniers etc., on trouve à peine quelques militaires au milieu d'une nombreuse population d'aliénés et de paralytiques ». Nous comprenons fort bien la restriction faite par cet

1. Calmeil :De la paralysie considérée chez les aliénés, 182G.

2. Doutrebente : Recherches sur la paralysie générale progressive, Thèse de Paris, 1870.

aliéniste, mais à notre tour nous lui répondrons que puisqu'il y a un asile spécialement affecté aux militaires, nous ne voyons nullement pour ces derniers la nécessite de choisir un asile autre que celui qui leur est imposé, par suite rien d'étonnant à ce que les asiles autres que Charenton ne regorgent pas d'anciens soldats.

Les nombreuses observations de Calmeil portent indifféremment sur des soldats ou des officiers, tous les errades y sont à peu près représentés également. Les conditions différentes de notre nouvelle armée nous doivent à l'avance faire supposer que le recrutement des paralytiques généraux doit se faire d'une façon absolument différente aujourd'hui que le vieux militaire n'existe plus. L'officier est à peu près le seul qui reste longtemps dans l'armée et à côté de lui plus rarement le sous-officier rengagé. Si le métier des armes, si la vie militaire prédispose à la paralysie générale, nous devrons en trouver les victimes à peu près uniquement chez ceux qui vivent longtemps de cette existence, par conséquent chez les officiers. Laissons la parole à une voix autorisée entre toutes en question militaire. Dans son remarquable article sur la morbidité militaire (1), M. Colin, après nous avoir donné une statistique sur l'aliéna Lion mentale dans l'armée, nous montre la prédominance de ses atteintes parmi les officiers. Alors que sur 34,300 sous-officiers il n'y a que 0,61 pour 1000 d'aliénés, sur 385,300 hommes de troupe 0,34 pour 1000, nous tombons pour 24,000 officiers dans le chiffre

1. Colin: Dictionnaire encyclopédique des Sciences Médicales, Art. Morbidité. Militaire.

comparativement énorme de 1,31 pour 1000. Or, comment expliquer cette prédominance chez les derniers. Nous laissons à ce judicieux observateur l'interprétation de ce résultat «t Chargé depuis de longues années, écrit toujours M. Colin, d'un service dans lequel passe un grand nombre de malades atteints de cette affection, j'ai pu d'après mes observations établir que la paralysie générale représente au moins les trois quarts des cas d'aliénation chez les officiers ». Tout le monde sait, et en comprendre les diverses raisons est chose facile, que l'aliénation mentale est fréquente dans l'armée et la marine, mais ce que l'on sait beaucoup moins c'est que la paralysie générale frappe si cruellement l'officier, et qu'il a beaucoup plus de chances de devenir paralytique que simplement aliéné et vésanique.

Il est bien entendu que nous ne discuterons pas ici les raisons plus grandes de cette fréquence dans l'armée ; nous nous réservons, et ajuste titre, de discuter cette question dans un chapitre spécial.

Page 1