X... 43 ans, marié, docteur en médecine
Antécédents héréditaires. — Mère atteinte de paralysie agitante. Ne présente pas de troubles mentaux.
Antécédents personnels. — À commencé ses études de latin à l’âge de 12 ans. Elève très brillant, a pu franchir plusieurs classes. Termine ses études secondaires en 5 ans. Est allé ensuite à Paris commencer ses études médicales, n’a mis que six ans pour se laire recevoir docteur. Encore a-t-1l été retardé l’avant-dernière année par une fièvre typhoïde.
Contracte la syphilis pendant son séjour à Paris. Le traitement qu'il a suivi pour cette affection a été fort incomplet : 1l ne s'est soigné que pendant un an, en prenant du sirop de Gibert el de liodure de potassium. Les accidents secondaires
(1) Goldsmith. — Congrès de Sarloga, 1885.
(2) Morel-Lavallée. — Annales de psychiâtrie et d'hypnologie. Juin, 1892. |
ayant été très bénins, et aucun accident tertiaire ne se manifestant, X.. abandonna tout traitement.
Il n'aurait Jamais fait d'excès de boisson.
Reçu docteur, il exerça la médecine dans un département du Nord : marié, eut deux enfants indemnes de tout accident syphiltique, sa femme n'a pas été contaminée.
Dix-huit ou vingt ans après avoir contracté la syphilis, X... a commencé à présenter quelques symptômes de lésions cérébrales. Nous ne sommes pas très exactement renseignés sur le mode de début des troubles nerveux ; nous savons seulement que le malade faisait des dépenses exagérées qui le conduisirent. bientôt à la ruine, quoiqu'il gagnât beaucoup d'argent et qu'il possédât une certaine fortune personnelle.
Une attaque, à la suite de laquelle le malade resta paralysé
d'une moitié du corps, fut le premier accident que l’on constata. Cette hémiplégie ne fut pas de longue durée et les symptômes s’amendèrent ; mais il n'en persisla pas moins quelques troubles pour lesquels le malade consulta à Paris plusieurs spécialistes. Le diagnostic de paralysie générale fut posé à ce moment. Suivant les conseils qu'on lui donna, X... abandonna ‘ tout travail et se retira à la campagne. Là, aggravation graduelle de l'état physique et mental : nouvelle. attaque avec paralysie ou plutôt parésie fugitive.
Période de rémission pendant un an environ ; puis, recrudescence de tous les symptômes. Affaiblissement des facultés, délire mégalomanique, ete.
Une crise d’agitation avec tendance à la violence vint enfin compliquer la scène et nécessiter l'internement de X...
Nous résumons suecinctement les symptômes observés chez ce malade. Le diagnostic de paralysie générale s’imposait au moment de l'admission de X..., il s'est encore confirmé dans la Suite.
L'affaiblissement des facullés a fait de rapides progrès ; on
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n'en à pas moins constaté jusqu'aux derniers moments du malade, l'existence d'idées absurdes et incohérentes de r1chesse, de grandeur et de satisfaction personnelle alternant avec des idées hypocondriaques. Mobilité extrême des idées : aû cours d'une même conversation, X... passe brusquement de é la gaieté la plus franche à une profonde tristesse. Irritabilité | extrême ; parfois, sans aucun molif, entre dans de violentes colères, bouscule, frappe même les autres malades.
Signes somaliques ordinaires de la paralysie générale Inégalité pupillaire, tremblement de la langue et des mains ; parole trainante, embarrassée, écriture caractéristique, …. ele. enfin, gâtisme complet.
L'élat général déjà médiocre, au lieu de s'améliorer, empire de jour en Jour. Retiré par sa famille un an environ après son admission, X... meurt un mois après sa sortie.
Sa maladie a duré de 4 à 5 ans.
Cette observation, jointe aux cinq autres déjà publiées par les docteurs Morel-Lavallée et Bélières dans leur ouvrage « Syphilis el paralysie générale » tendrait à prouver qu'il existe, en effet, des syphilis à virulence spéciale.
Ces observations seraient plus probantes encore si on pouvail leur adjomdre celle de la fille Marthe Z... (1) qui contamina les six malades cités plus haut. Malheureusement nous n'avons pu nous procurer de renseignements à son sujet.
Cette théorie des virulences spéciales paraît s'appliquer
(1) Nous ferons remarquer, en outre, que le D° X... était un surmené. Ses études secondaires et supérieures si rapides, sa clientèle plus tard, ont dû le fatiguer considérablement. Les cinq autres malades contaminés par Marthe Z..., étaient des étudiants, probablement des surmenés aussi, Or, comme nous le verrons, la fatigue tant intellectuelle que physique joue un rôle considérable dans l’étiologie de la folie paralytique.