LA PARC KL LK
jourd'hui, ( oinmcnça-t-il ; il doit sonnuyer rht'Z lui cL taille aussi doit bii-n s'ennuyer I Mazureau se redressa sur son outil.
— Pourquoi dis-tu cela?
— Parce que je le sais ! dit Bernard d'un air pincé ; et je le sais sans que personne me l'ait dit.
Le grand-père sentit le reproche.
— l'u es trop jeune pour qu'on te dise tout!
— Je ne suis pourtant pas trop jeune pour travailler, et je vais bien avec vous chez le notaire et chez les marchands. Vous auriez pu me dire que ce vilain gars voulait se marier avec tante Eveline ; je ne l'aurais raconté nulle part, croyezle I
— Mais... qui t'a fait ces contes?
— Personne ne m'a fait de contes. J'ai écouté, voilà tout! Hier soir, ils étaient tous les deux dans le fournil et ils s'embrassaient.
Mazureau ne put cacher sa joie.
— Cela, dit-il, à voix glorieuse, c'est du bonheur pour toi !
Gomme l'enfant gardait un silence maussade, il continua :
— C'est à cause de cela que nous achèterons lu parcelle qui nous touche. Avec Honoré, je suis sur de l'avoir; sans lui, non ! Honoré, il a des champs comme personne n'en possède par ici et sa bourse est longue ! Avec lui nous serons forts, nous achèterons nos anciennes terres des Brûlons et peutêtre d'autres encore...
Le petit gars continua la phrase sur un ton colère :
— Nous achèterons ceci et puis encore cela..., et après, quand nous aurons rassemblé tout ce
qu'il faut, il viendra, lui, et coupera notre bien en deux pour en avoir sa part.
— Il faudra pour cela que je sois mort 1 Bernard répliqua brutalement :
— Eh ! vous mourrez bien !
Jetant loin de lui une peignée de mauvaises herbes qu'il venait d'arracher, il ajouta :
— Ça me dégoûte du travail !
Mazureau remarqua avec une sorte d'orgueil :
— Tu es bâti comme moi et comme ceux de l'ancien temps qui ne voulaient pas partager leurs biens.
Bernard murmurait entre ses dents :
— Un méchant tortu qui ne fait pas la guerre... Pourquoi n'est-il pas à la guerre, celui-ci?
— Chut ! fit Mazureau... Il ne faut pas parler de ce qui ne nous regarde pas... et il ne faut pas mal parler de ce gars-là.
Il cligna de l'œil comme pour raconter un bon tour de marchand.
— Écoute, Bernard ! Il faut voir un peu loin ! Si É véline s'était mariée avec celui de la guerre qui lui parlait, c'est alors qu'il aurait fallu partager et qu'il aurait fallu vendre. Si elle se marie avec le sursitaire...
— Elle ferait mieux de ne pas se marier du tout ! jeta Bernard.
Mais le grand-père secoua la tête.
— Non ! tu parles trop vite ! tu es trop jeune ! Si elle écoute Honoré, nous achèterons toute la parcelle, tous les Brûlons... Bon ! Quand je serai mort, qui te dit que vous partagerez les terres? Cela dépendra des accords ! Honoré a plus de terres qu'il ne lui en faut... Qui te dit qu'il n'ai-
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niera pas mieux de l'argent? D'ici là nous avons le temps d'en gagner, de l'argent... Je veux que vous fassiez un arrangement... Je vous le ferai faire avant de mourir... Honoré y consentira; dès maintenant, je veux le lui faire promettre... Pour se marier, il consentira à tout. Et toi, Bernard, tu seras le maître à la Marnière..., tu auras le pré du village, tu auras les Jauneries et ici, aux Brûlons, tu auras tout ! tu auras tout I
Mazureau, redressé, étendait les doux bras et son geste s'élargissait sur les champs convoités.
Bernard avait les yeux brillants ; il objecta cependant :
— Tante Éveline, est-il bien sûr qu'elle consente à cet arrangement?
Le grand-père eut de la main un petit geste coupant :
— Elle veut toujours ce que je veux ! Bernard se remit à l'ouvrage ; mais son idée
n'était pas à son travail. Ayant arraché machinalement quelques poignées d'herbes, il se retourna pour dire, avec son mauvais rire :
— Elle veut tout ce que vous voulez, tante Éveline? Tout de même, elle a du papier à lettres et im crayon, au fond de sa boîte à fd.
Éveline, en effet, écrivait toujours à Maurice. Elle n'en recevait aucune réponse. Le soldat cependant écrivit deux fois, mais Mazureau se trouva juste à point pour arrêter les lettres.
La première n'était que de deux ou trois lignes.
La seconde était une vraie lettre. Mazureau l'ayant mise en sa poche s'en fut à la mai-
son chercher ses lunettes. Voici ce que disait Maurice :
Ma chère Évelink,
Je t'écris au trot. Nous avons beaucoup combattu depuis six semaines et je n'ai pas eu souvent le goût de barbouiller du papier. Depuis quinze jours d'ailleurs, nos lettres ne devaient pas passer.
J'ai trouvé au cantonnement ta babillarde dernière. Je n'ai pas bien compris ce que tu as voulu me raconter. Tu me fais des reproches que je ne mérite pas. Il est facile de parler quand on est tranquille chez soi et qu'on a les pieds chauds. Quand tu m'écris que tu es malheureuse, tu me fais bien rire 1 II n'y a que les poilus qui sachent ce que c'est que la misère.
Enfin, je vais avoir ma permission.' Inutile de m'écrire maintenant. Je serai au pays à la fin de la semaine. Je compte passer trois jours à Fougeray. J'irai te voir dimanche ; je serai chez toi vers deux heures de l'aprèsmidi.
Mazureau froissa la lettre et la jeta au feu.