LES INCURSIONS DES IROQUOIS
On sait par l'histoire du Canada comment les Iroquois, ces sauvages féroces, étaient animés d'une haine implacable contre les Hurons qui étaient les amis des Français, et comment ils venaient les poursuivre jusqu'à Québec, l'isle d'Orléans et même jusqu'à Tadousac.
Pendant un demi-siècle et plus, jusqu'à la paix qui fut signée à Montréal en 1701, entre eux et les autres nations sauvages, en présence du gouverneur Callières, (1) on eut à les redouter.
En 1652, aux environs de Québec, sur la côte Lauzon et ailleurs, tout était dans la consternation. Les Iroquois étaient partout, et les annales du temps notent chaque jour les alertes et la vie d'angoisses des pauvres colons. Ces sauvages dressaient leurs embûches avec une indicible patience ; perchés dans la tête des arbres, ils vivaient pendant de longs jours avec un épi de bléd'Inde, un peu de mousse et de feuilles.
" La façon que tiennent les Iroquois dans leurs guerres, dit une relation des Jésuites, est si cachée dans leurs approches, si subite dans leur exécution et si prompte dans leur retraite que l'on n'a pu savoir leur venue. Ils viennent en renards, dans les bois qui les cachent, et qui leur servent de fort inexpugnable. Ils attaquent en lions et comme ils surprennent lorsqu'on y pense le moins, ils ne trouvent pas de résistance, ils fuient en oiseaux disparaissant plutôt qu'ils ne paraissent " (2) Nous avons déjà dit comment un frère Jésuite qui allait voir à ses rets près de la Chaudière, vit disparaître ses deux compagnons algonquins qui furent entraînés dans les bois. Le 5 mai 1652, on eut apercevance des Iroquois à la côte Lauzon ; mais ils disparurent.. Le 6 mai 1657, les Iroquois tuent à Pierre Mi ville une vache sur la grève, près de son logis à la côte Lauzon et aussi un cochon. Miville tira sur eux un pierrier, sans effets. Il y avait 40 Iroquois cabanes en quatre cabanes vis-à-
(1) I3ième gouverneur de Québec (1698- 1703)
(2) Citation dans l'hist. S. L. I— 73.
vis de Sillery, de l'autre bord du fleuve, c'est-à-dire à Etchemin. (i)
Elle était vraiment rude la tâche des pionniers courageux d' Etchemin et de la côte Lauzon en général. A l'isolement, aux rudes hivers, à toutes les misères des commencements d'une vie de défricheurs dont nous avons parlé, venaient se joindre encore les alertes continuelles que donnaient les sauvages. C'est avec le fusil en bandoulière, que le colon promenait la charrue à travers les troncs d'arbres calcinés. Les femmes faisaient le guet et donnaient l'alarme. C'est alors que le fusil avait son importance ; quelques colons comme Pierre Miville avait des pierrier s en batterie. (2)
En 1684, le gouverneur de la Barre (3) eut à faire face à une nouvelle invasion des barbares. Dans la campagne qu'il entreprit avec succès contre ces tribus guerrières, on voit que la seigneurie de Lauzon fournit une compagnie de cinquante neuf soldats qui était commandée par M. Dumont, capitaine de la côte, son lieutenant le Sieur Vincelot et trois sergents. Ce M. Dumont était le fils d'Eustache Lambert que nous connaissons. Nous avons déjà dit que ce M. Lambert-Dumont périt en mer quelques années après (1691).
20 Un village Abénaouis à la Chaudière.
La nation Abénaquise, nous l'avons déjà dit, habitait primitivement le territoire qui forme aujourd'hui l'état du Maine, dans la république américaine ; de toutes les tribus aborigènes, elle était la plus fidèle et la plus brave alliée des Français. Resserrés de plus en
(1) Voir Journal des Jésuites, pages 156-167-209.
(2) Hist, S. L. I— 179.
(3) ioème gouverneur de Québec. (1682-1685).
plus sur leurs territoires de chasse aux bords de la rivière Kennébec, pressés à la fois par les Anglais et les Iroquois, les Abénaquis désiraient, depuis 1676, venir s'établir à Sillery, avec les restes des familles Algonquines et Huronnes.
Le gouverneur Frontenac saisit cette occasion pour se les attacher plus étroitement, en vue des guerres contre les Iroquois, et leur permit de s'étendre sur le territoire situé au sud du St-Laurent, depuis la Chaudière jusqu'au Richelieu, surtout sur les rivières Bécancour et St-François. (1680).
Le 1er juillet 1683, le gouverneur accorda aux Jésuites qui avaient déjà attiré 500 ou 600 Abénaquis à Sillery, deux lieues de terre de front sur pareille profondeur, aux environs du saut de la Chaudière, avec les îlots qui se trouvaient dans la rivière. Un peu en bas du saut et à quelque distance du bassin, deux ruisseaux, venant, l'un de St-Nicolas et l'autre, venant de St-Jean- Chrysostôme, se jettent dans la rivière Chaudière. C'est à l'embouchure du ruisseau du côté de St-Nicolas, que le père Bigot, S. J. établit la bourgade Abénaquise. Et de là les Abénaquis se répandirent, pour faire la chasse, sur les terrains alors inoccupés en arrière d'Etchemin et de Lévis, et où l'on voit aujourd'hui trois villages qui ont gardé la mémoire du passage de ces sauvages : les villages de Taniata, de Sarosto et de Arlaca.
En arrière d'Etchemin, il y avait des prairies naturelles le long du ruisseau que l'on a toujours appelé le ruisseau des grandes prairies, comme il y en avait aussi à St-Nicolas. Les femmes Abénaquises venaient y semer le maïs ou blé-d'Inde, qui formait, avec la chasse, la principale nourriture de la nation. Vu que la mission placée par le Père Bigot, sous le vocable de St-François de Sales,
se trouvait du côté ouest de la Chaudière, en dehors d'Etchemin, nous n'en dirons point davantage ; mais nous invitons le lecteur à en lire les intéressants détails, au chapitre trentième du premier volume de l'histoire de la seigneurie de Lauzon. (i) Le lecteur verra comment ils y ont vécu jusqu'en 1700, époque où ils allèrent s'établir, les uns à Bécancour, et les autres, le long de la rivière Chaudière, à St-Joseph et à St-François de la Beauce.