‹ La Paroisse de St-Romuald d'Etchemin avant et depuis son érectionChapitre 54 sur 73 · CHAPITRE VINGTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGTIEME

FONDATION DE LA PAROISSE DE NOTRE-DAME DU PERPÉTUEL vSECOURS DE CHARNY.

D'où vient son nom ? — La concession de PHêtrière. — La chute de la Chaudière. — La première messe à N.-D. de Charny par M. Célestin Lemieux. — M. H. Fortier, second desservant. — Construction de l'église. — M. O. Poirier, curé.— Bénédiction de l'église. — Presbytère. — Augmentation des familles.

En terminant cette monographie de la paroisse de St-Romnald d'Etchemin, dans laquelle nous avons été amenés à faire aussi le récit de la fondation de la paroisse de St-Jean-Chrysostôme, nous ne pouvons nous empêcher de faire une courte excursion sur le territoire de cette petite et jolie paroisse, démembrée, depuis 1902, de St- Jean-Chrysostôme et située sur les bords de la Chaudière, aux confins de -la paroisse de St-Romuald d'Etchemin.

Cet endroit portait autrefois le nom très sentimental de " Belles Amours ", à raison sans doute de l'éloignement et de la tranquilité des bords escarpés et pittoresques de la chute de la Chaudière, où les étrangers aimaient, en grand nombre, à faire des promenades agréables. Plus tard, on l'a désigné sous le nom de " Chaudière Curve."

Aujourd'hui la nouvelle paroisse est sous le vocable de " Notre Dame du Perpétuel Secours " auquel on a accolé le nom de " Charny " en souvenir de M. de Charny

Lauzon dont nous avons déjà parlé, (i) qui avait administré les biens de son frère, le grand sénéchal Jean de Lauzon, troisième seigneur de Lauzon, et qui avait été aussi gouverneur intérimaire de Québec.

M. de Charny avait toujours eu beaucoup de piété. Après la mort de sa femme, (2) il se détacha entièrement du monde pour se donner parfaitement à Dieu. (3) Le 24 février 1657, on voit qu'il fut nommé le premier préfet des Congréganistes de Notre-Dame, société religieuse que les Jésuites venaient de fonder à Québec. (4) Le 18 septembre de la même année, il abandonnait son gouvernement intérimaire à M. d'Ailleboust et s'embarquait pour la France avec le Père Poncet .... Rendu dans sa patrie, il s'y fit ordonné prêtre et, le 16 juin 1659, il revenait à Québec sur le vaisseau qui emmenait l'évêque de Laval, le Père Lallemand et les prêtres de Bernières, Jean Torcapel et Philippe Pellerin. . . .Mgr de Laval se l'attacha et le fit officiai puis Grand Vicaire.(5)

D'après les apparences, le nom populaire de la paroisse sera toujours " Notre-Dame de Charny" tout court,

La paroisse nouvelle a peu d'étendue ; elle ne comprend actuellement que les terres situées depuis la Chaudière jusqu'à la propriété de Jean Cantin inclusivement, dans cette concession de YHêtrière, où nous avons vu les Ducas, les Déjadon, les Créquis, commencer des défrichements en 1752 et les Michel Lemieux, les Claude Lemieux, habitants de la Pointe Lévy, prendre des terres en 1766.

Elle est traversée par deux lignes de chemin de fer,

(1) Chapitre III.

(2) Louis Giffard décédée le 30 octobre 1656.

(3) Hist. de l' Hôtel-Dieu p. 109.

(4) Journal des Jésuites p. 206.

(5) Hist. S. L., 1—142.

Tune venant de la Rivière-du-Loup et l'autre venant de Ivévis, qui se réunissent d'abord par une courbe (curve), non loin de l'église nouvelle, et finissent par s'unir complètement, en formant un angle aigu, près du pont de la Chaudière, construit vers 1850 par le Grand-Tronc. Elle est aussi à proximité de cette autre ligne de chemin de fer, passant dans la concession du Saut et devant relier 1' 'Intercolonial et le Grand-Tronc au grand pont du St-Laurent.

Non loin de l'église de Notre-Dame de Charny (à environ 10 arpents), sur un terrain appartenant encore à la paroisse de St-Romuàld d'Etchemin, se trouve la célèbre chute de la Chaudière dont nous avons déjà donné une description, dans les temps primitifs, (1) et au sujet de laquelle il nous plaît de citer encore l'histoire de la seigneurie de Lauzon. (2)

" Ce n'est ni le volume d'eau qui s'y jette, ni la hauteur d'où elle s'abat qui a rendu la chute de la Chaudière célèbre. Elle n'est pas de moitié aussi haute que celle de Montmorency et il s'en faut que la masse de ses eaux soit aussi considérable. Si au printemps, à la fonte des neiges, elle prend des proportions grandioses, au milieu de la saison d'été, son lit se dessèche et elle n'est plus qu'une cascatelle pittoresque.

" Ce qui en fait le charme principal, c'est la beauté du paysage qui l'encadre, c'est la forme gracieuse de ses colonnes d'eau, c'est l'aspect étrange des rochers contre lesquels elle vient se briser, c'est la solitude et le calme décors au milieu desquels elle roule ses flots tourmentés. Rien de plus pittoresque que cette nature agreste, rien de saisissant comme le contraste de cette tranquilité et de

(1) Chapitre I.

(2) Introduction XXIV-XXV.

cette paix parfaite à côte de cette clameur assourdissante.

" Le grandiose spectacle de la chute Montmorency étonne et surprend l'oeil, la nature attrayante du saut de la Chaudière le réjouit, ..."

Aujourd'hui l'industrie électrique est venue s'emparer de cette force superbe d'énergie, en construisant une immense chaussée sur le haut de la chute ; cependant, comme il n'y a encore du côté est, ni maisons ni usines, la tranquilité des lieux environnants est toujours la même et rien ne semble gâter le tableau.

" La chute de la rivière Chaudière, si peu visitée aujourd'hui, était autrefois fort recherchée des touristes. Plusieurs en ont laissé de belles descriptions dans le récit de leurs voyages. L'explorateur anglais Isaac Weld s'y rendit en 1796, et il ne peut taire le plaisir qu'il eut à contempler cette belle scène de la nature. Avant lui, madame Frances Brooke, célèbre romancière qui vécut plusieurs années en Canada, peu de temps après la cession du pays à l'Angleterre, en avait parlé en termes pleins d'admiration, dans son roman à^Emely Montagne et dans l'histoire de Lady Jnlia Mandeville.

" Au mois d'août 1807, un autre voyageur anglais, John Lambert, y allait à son tour en compagnie de M. Hawdon, garde magasin général du département des sauvages, et du lieutenant Burke du iooème régiment. Il déclare que le spectacle qu'il y vit était plus beau encore que celui de la chute Montmorency. C'est lui qui raconte que les bois qui environnaient la chute étaient tellement épais qu'un capitaine de vaisseau s'y égara un jour. Le malheureux avait erré en vain à travers la solitude dans l'espoir de rejoindre ses compagnons. Il était mort de faim et d'épuisement. Son

cadavre fut retrouvé deux mois après, à près de deux milles du sentier, (i)

" En 1822, le touriste Hodgson visitait la Chaudière et s'émerveillait de sa beauté, même après avoir vu le Niagara.

" On voit de cette cataracte une très jolie gravure prise d'une esquisse qu'en fit le fameux dessinateur anglais, W. H. Bartlett. (2)

" On en trouve aussi un dessin à la sepia dans les oeuvres de George Heriot."(3)

Ce dernier dessin est en la possession de M. Jos. Edmond Roy, l'auteur de l'histoire de la seigneurie de Lauzon.

Mais comment est-on parvenu à obtenir l'érection de la paroisse de Notre-Dame de Charny ?

La population de VHêtrière ou de Chaudière Cîtrve appartenait à la paroisse de St-Jean-Chrysostôme, et les familles qui en majorité y cultivaient la terre, prenaient volontiers le chemin de l'église de St-Jean, avec leurs chevaux et voitures, et franchissaient une distance d'environ cinq milles, soit par le chemin de l'Hétrière et de Taniata, soit par le chemin qui longe la rivière et par la route de Beaulien. Les résidants qui n'avaient point de voitures faisaient un trajet plus court en prenant, à pied, la ligne de V Intercolonial ; quelque fois ils avaient l'usage d'un char à bras (hand-car).

Mais avec le temps, par suite des travaux qui augmentaient de plus en plus dans les hangards (sheds) de /' Intercolonial, la population s'était accrue, et grand nombre de personnes, surtout parmi les femmes et les

(1) Travels through Lower-Canada, etc., I — 419-428.

(2) Canadian Scenery de Willis, I, 121.

(3) Hist. S. L., loco citato.

enfants, se trouvaient dans la quasi impossibilité de remplir leurs devoirs religieux.

Le pieux et zélé M. Auclair, curé de St-Jean Chrysostôme, comprenant la position de ces familles qui n'avaient point de voitures pour se rendre à l'église, venait souvent, le dimanche après-midi, à l'école de l'endroit, faire le catéchisme aux enfants et donner des exercices de dévotion.

Cédant aux instances réitérées des familles de Chaudière Curve qui ne cultivaient point la terre, et un peu contre les désirs des paroissiens de St-Jean Chrysostôme naturellement opposés à un démembrement, Sa Grandeur Mgr l'archevêque de Québec permit l'installation d'une chapelle temporaire dans l'ancienne salle à diner de la gare de V Intercolouial et chargea M. Célestin Lemieux, du collège de Lévis, d'aller y faire les offices, le dimanche, et y donner des instructions.

M. Lemieux recevait sa lettre de desservant, le 27 juin 1902, et deux jours après, le 29 juin, fête de St- Pierre et St-Paul, grâce au travail généreux des citoyens de l'endroit, il pouvait dire la messe dans le local improvisé et bien trop étroit pour contenir toute la population.

Il fut alors question de placer la nouvelle mission sous le vocable de St- Célestin, patron du premier desservant, mais les citoyens ayant manifesté le désir d'être mis sous la protection de la Ste-Vierge, vu qu'ils étaient continuellement exposés à des dangers dans leurs travaux sur les chemins de fer, on la plaça, sous le vocable de Notre-Dame du Perpétuel Secours, comme nous l'avons dit, avec le titre civil de Charny.

M. Célestin Lemieux d'ailleurs ne devait rester à Charny que peu de temps. Il devait retourner à son

cher collège de Lévis, où il a fait beaucoup de bien depuis qu'il est prêtre.

Le 20 juillet 1902, M. Hilaire Fortier, un autre prêtre du collège de Lévis, allait prendre charge de cette desserte où il devait, pendant un an, se dévouer avec zèle et courage à tous les travaux nécessaires pour organiser la nouvelle paroisse. M. Hilaire Fortier est né à Ste- Claire, le 2 mars 1865, et il est prêtre depuis le 20 mai

Le 19 février 1903, Mgr. H. Têtu, aumônier de l'archevêché de Québec, député par Sa Grandeur Monseigneur l'archevêque de Québec, présidait une assemblée des paroissiens de Notre-Dame de Charny, pour y vérifier les allégués d'une requête, en date du 9 janvier précédent, demandant une érection canonique de la nouvelle paroisse.

Le décret canonique porte la date du 2 mars 1903, et celui de l'érection civile, la date du 29 juin 1903.

Le premier acte inscrit dans les registres est l'acte de baptême de Joseph Désiré Patrice, un enfant de Adélard Deniers ; il est daté du 22 mars 1903.

Le 12 juillet 1903, la paroisse faisait sa première élection de marguilliers, comme suit : MM. Ferdinand Deniers père, Jean Cantin. Edouard Fontaine, marguilliers du banc d'oeuvre et MM. Pierre Morneau, J.-Bte. Lemieux, Gabriel Lemieux, Joseph Fontaine, Georges Fontaine, anciens marguilliers.

Depuis l'érection canonique et civile de la paroisse de Notre-Dame du Perpétuel Secours de Charny, M, Hilaire Fortier, le second desservant, en était devenu effectivement le premier curé, sans avoir reçu aucune nomination officielle.

Dans la même année, la municipalité rurale ainsi

que la commission des écoles furent organisées dans la paroisse de N.-D. de Charny.

En même temps, on n'oubliait pas la grande affaire de la construction d'une église et du choix d'un terrain pour un cimetière. Deux respectables citoyens de la nouvelle paroisse, MM. Jean-Baptiste Lemieux et Pierre Fontaine avaient généreusement cédé à la fabrique les terrains nécessaires, moyennant une légère redevance facile à rencontrer pour cette même fabrique. L'église et le presbytère furent construits sur le terrain venant de M. J.-Bte Lemieux et mesurant 60,250 pieds en superficie. Le cimetière a été organisé sur le terrain de M. Fontaine et mesurant 45,000 en superficie. (1)

L'église qui est en pierres et en briques d'Ecosse fut commencée au printemps de 1903, sous la direction de M. Joseph St-Hilaire, de St-Romuald. Elle a une longueur de 85 pieds sur une largeur de 55 pieds, et elle est susceptible d'agrandissement avec le temps.

La première pierre de l'église fut bénie le 7 juin 1903, par Mgr H. Têtu, aumônier de l'archevêché, à la générosité duquel l'église doit beaucoup de ses ornements, et le sermon fut donné par le Révérend Père Tamisier, S. J.

Les murs avançaient rapidement sur cette petite élévation où l'église apparait aujourd'hui dans toute sa beauté, et déjà on allait mettre le comble sur ces murs, quand M. H. Fortier, le pieux et digne curé de Notre- Dame du Perpétuel-Secours de Charny, fut appelé par son archevêque, à se consacrer complètement à l'œuvre du Collège de Lévis où il devait rendre de grands services.

(1) Voir archives de N.-D. de Charny.

Ses paroissiens qui avaient apprécié ses qualités ne . le virent pas partir sans regret.

Il était remplacé, le 29 juillet 1903, par M. Orner Poirier, originaire de St- Joseph de la Beauce, et né le 25 octobre 1866. Depuis son ordination, le 19 mai 1894, il avait été professeur au collège de Lévis, et vicaire à Notre-Dame de Lévis. M. Poirier se mit à l'œuvre immédiatement pour mener à bonne fin les travaux de l'église commencés par son prédécesseur.

Doué d'un caractère vif et entreprenant, et plein de zèle pour le progrès de sa chère paroisse, il ne devait pas avoir peur de faire des appels chaleureux à la générosité de ses paroissiens et autres, pour solder les dépenses considérables qu'il avait à rencontrer.

Il continua à dire la messe dans la chapelle temporaire de la gare de l'Intercolonial et il logea dans une maison non loin de la gare.

Enfin, le 15 novembre 1903, eut lieu la bénédiction de la nouvelle église. Ce fut un jour de joie extraordinaire pour les paroissiens. Sa Grandeur Mgr l'Archevêque de Québec qui avait suivi avec grand intérêt les progrès de cette nouvelle mission, maintenant érigée en paroisse, voulut s'y rendre en personne pour faire cette bénédiction et y célébrer une grand'messe pontificale. Le sermon fut donné par M. C. E. Carrier, ancien supérieur du collège de Lévis.

Les pavillons en grand nombre flottaient an vent et le corps de musique de St-Romuald faisait retentir les airs des plus beaux morceaux de son répertoire.

Le curé Poirier dût ensuite travailler à la construction d'un presbytère qui fut placé à l'est de l'église. Les travaux commencèrent de bonne heure au printemps de 1904. Bâti en briques d'Ecosse, comme l'église, ce pres-

bytère, très élégant à l'extérieur et très comfortable à l'intérieur, a toutes les allures d'un joli cottage.

Cette jeune paroisse de Notre-Dame du Perpétuel Secours de Charny grandira vite, si l'on en juge par les apparences.

En 1903, sa population ne comptait que 437 catholiques avec 8 protestants. En 1905 elle était de 596 catholiques avec 9 protestants. En cette année 1906, on nous assure que la population comptera au delà de 800 âmes.

Les travaux sur les chemins de fer du Grand Tronc, de l'Intercolonial et de la nouvelle ligne conduisant au grand pont en construction sur le St-Laurent devront attirer un grand nombre de nouvelles familles dans la nouvelle paroisse et contribuer à la faire marcher dans la voie du progrès.

Qui sait ? Peut-être qu'avant longtemps, la ligne des tramways du comté de Lévis se rendra dans la paroisse de N.-D. de Charny, jettera un pont sur la Chaudière, en face de la chute, construira un parc dans les environs et créera, dans cette contrée vraiment pittoresque, des attractions qui la feront rivaliser avec la région du saut Montmorency.

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