EPILOGUE
Notre tâche est achevée.
Nous voulions raconter l'histoire de ce petit coin de terre situé entre les deux rivières Etchemin et Chaudière, à environ quatre milles de Québec, et devenu la paroisse de St-Romuald d'Etchemin.
Avec les documents que nous avions en mains, nous avons dit comment ce territoire a été organisé et comment il a été d'abord occupé par quelques familles canadiennes, cultivant la terre, auxquelles sont venues s'ajouter dans la suite d'autres familles canadiennes et étrangères qui y ont été attirées par le travail dans les moulins, les chantiers et d'autres industries.
Les familles de la paroisse, — peu nombreuses dans le commencement, comme nous l'avons vu — atteignent aujourd'hui le chiffre d'au delà 750. Nous regrettons beaucoup de n'avoir pu faire connaître l'histoire de chacune de ces familles. Cependant, à part des familles les plus anciennes et les plus importantes dont nous avons parlé plus longuement, nous ne croyons pas avoir omis de mentionner au moins les noms des autres familles.
Desservi pendant cent cinquante ans par les curés de St-Joseph de la pointe de Lévy et pendant vingt-cinq ans par les curés de St-Jean-Chrysostôme, le territoire d'Etchemin a eu son autonomie complète en 1854, alors qu'il fut organisé en paroisse sous le vocable de saint Romuald.
Pendant cette période de deux siècles et quart, nous avons salué avec respect les missionnaires, les curés, les vicaires, les marchands de bois, les hommes de profession et les principaux citoyens qui ont fait leur marque dans Etchemin et y ont donné de beaux exemples de vertus chrétiennes et civiques que leurs successeurs sont invités à imiter.
Le nombre des prêtres, des religieux ou des religieuses qui sont nés à Etchemin n'est pas considérable, comparativement au nombre des familles qui l'habitent.
Il y a eu, quelquefois, comme ailleurs, de grandes excitations dans certaines luttes municipales ou politiques. Il y a eu aussi des désordres, des rixes causés par l'abus des boissons enivrantes. Quelquefois aussi on a entendu parler de chicanes et de procès qui ne doivent pas nous étonner parmi les descendants de ces Normands, à réputation chicanière, qui s'étaient établis sur ce territoire d'Etchemin. Mais il nous est agréable de constater, que notre plume n'a pas eu à faire le récit d'aucun meurtre, ni d'aucun de ces crimes odieux qui défraient la chronique locale pendant toute une génération et qui laissent sur la réputation d'une paroisse des taches ineffaçables.
Nous avons aussi jeté un regard sur le présent.
Au point de vue religieux, la paroisse est parfaitement organisée avec sa belle église, son collège, son couvent et ses écoles catholiques, où se continue l'instruction religieuse commencée dans la chaire de l'église par le curé ; il y a même un monastère de Trappistines où les bonnes religieuses, tout en travaillant à leur propre sanctification, dans la pratique des co7iseils évangéliçues, prient pour ceux qui oublient de prier.
Au point de vue civil, l'organisation municipale se
se perfectionne de pins en pins, aux fins d'améliorer les chemins publics, de donner toutes les commodités nécessitées par le progrès moderne et l'hygiène pufyliqiie, de prévenir les incendies qui pourraient être désastreux au milieu des maisons nombreuses construites en bois et très près les unes des autres, de veiller au maintien du bon ordre et de la paix, et enfin d'appeler sur le sol de la paroisse, des industries nouvelles qui donneront aux familles, les moyens de vivre que l'on trouvait autrefois dans le travail des moulins et des chantiers.
A ce point de vue, la tâche des esprits dirigeants et des hommes d'affaires de la paroisse est de la plus haute importance.
Mais, tout en travaillant à atteindre ce noble but, les citoyens de la paroisse devront aimer à monter souvent sur cette côte où se trouve l'église qui est l'œuvre de leur générosité et de leur zèle religieux, afin d'y entendre la parole de Dieu qui leur fera connaître leurs devoirs envers Dieu et envers le prochain.
C'est à l'église en effet, — et non dans les grands journaux quotidiens, — qu'ils apprendront à se mettre en garde contre les habitudes de l'intempérance qui cause tant de désordres dans les familles, contre les excès de ce luxe américain qui envahit de plus en plus nos paroisses et qui fait oublier de régler les dépenses sur le revenu, contre les dangers d'un certain nombre de sociétés philanthropiques qui sont vraiment les filles de la francmaçonnerie condamnés par l'Eglise, et contre toutes les occasions de perdition devenues si nombreuses aujourd'hui, à raison des facilités de communication.
C'est à l'église en un mot, que les paroissiens connaîtront les vertus de charité, de sobriété, de pureté,
d'honnêteté et de franchise qu'ils doivent pratiquer, comme chrétiens et comme citoyens.
Ce qui fait la beauté et la grandeur d'une famille, c'est la fidèle observance des lois contenues dans le décalogue et le saint évangile.
Or une paroisse n'est pas autre chose qu'une grande famille dont le pasteur, représentant l'église catholique, est le père. Si la loi promulguée par le Christ est mise en pratique, la paroisse y trouvera la source de son bonheur, de sa force et de sa grandeur.
La fertilité des terres d'une paroisse peut augmenter les richesses de ceux qui en sont les propriétaires ; mais ce n'est pas à V abondance des gerbes et des produits agricoles que l'on mesure le vrai mérite d'une paroisse.
Le grand nombre des 7tsines à hautes cheminées ou des manufactures d'un village peut donner l'abondance dans les familles ouvrières, mais ne sera jamais la source principale de sa vraie grandeur.
Le site enchanteur d^une paroisse pourra charmer le voyageur ou le touriste, mais n'imposera pas le respect et la confiance que les habitants n'inspirent pas, par la sagesse de leur conduite.
Les vrais éléments qui constituent la grandeur d'une paroisse sont les suivants :
i° La docilité respectueuse des paroissiens envers le pasteur qui est chargé de la direction morale et religieuse de la paroisse, comme le pilote est chargé de la conduite d'un navire sur les eaux de notre beau fleuve.
2° h& probité reconmteàes habitants dont la parole donnée vaut un contrat. Heureuse la paroisse où on peut dire : " Ici vous pouvez être tranquille dans vos ventes et vos achats ; tout le monde est honnête."
3° La moralité générale et publique de tous. C'est là un des plus beaux fleurons de la couronne d'une paroisse et qui lui donne au dehors une réputation enviable. Pour cela, les pères de familles et les autorités civiles doivent venir en aide au curé et éloigner toutes les causes d'immoralité, comme la vente des boissons enivrantes, l'entrée des romans ou des journaux corrupteurs, la présence des personnages ou des lieux dangereux ou suspects.
4° La surveillance de V enfance et de la jeunesse, soit à l'école, soit dans la famille, soit dehors. Rien de plus honorable pour une paroisse quand la jeunesse y grandit dans le travail et la vertu et non dans la dissipation et l'esprit de révolte contre les parents !
5° \S esprit de charité chrétienne qui n'attaque pas la réputation du prochain, qui rend les gens complaisants, serviables, généreux les uns envers les autres, compatissants envers les pauvres et les éloigne des chicanes et des procès, (i)
6° La généreuse émulation qui pousse les citoyens à contribuer, suivant leur moyens, aux grandes œuvres de la paroisse, comme l'église, le couvent, le collège, les écoles, les institutions d'utilité publique. Cette émulation, si elle est bien comprise, fera aussi prendre à tous, les moyens de veiller à la santé générale, par l'éloignement de toute nuisance publique, et par l'entretien convenable des maisons, des cours, des égouts, etc.
C'est avec ce petit sermon, que nous prenons congé de la chère et belle paroisse de St-Romuald d'Etchemin, dont nous avons fait passer devant nos yetix et notre cœur, l'histoire vraiment instructive.
(i) Voir De Verdeney, plans oratoires, pages 545, 546.
Nous lui souhaitons, dans l'avenir, bonheur et succès, dans la voie du progrès chrétien, conformément aux enseignements de Notre Mère la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine.