PHILADELPHIA
pRBSs OF Wm. F. Fell & Co.,
Frinters and EIcctrotypers,
Z320-I224 Sansom St.
Est-îl possible qu'il faille un autre livre que les Causeries pour apprendre aux jeunes Américains à parler et à écrire le français ? Je ne le pensais pas. Cependant, au milieu du concert de louanges que m'ont valu mes livres, il m'est arrivé d'entendre une voix discordante qui disait : — Vos Causeries avec mes Élèves^ et même vos Petites Causeries^ s'adressent à des élèves plus instruits que les nôtres, et ^mîeux renseignés qu'on ne Test dans les écoles sur la littérature des Grecs et des Romains» sur la philosophie de Socrate, de Montaigne ou de Pascal, et sur la critique des grands livres. Quand le journal le plus capable de ce pays, The New York Nation^ a écrit sur le premier de vos livres un article si flatteur pour vous, il a justement fait remarquer qu'il fallait pour l'enseigner des professeurs d*élite. " It must be said, also, that for its successful use, the book requires a teacher of a différent class from the ordinary teacher of French. It gives the heads
for a séries of spirited conversations ; but they
are to be conversations between eager and curious pupils and a cultivated master, who is able to give to their questions answers which shall instruct and satisfy the mind, as well as rneet grammatical requirements. It is only hère and there that we find the teacher of French, who, like Dr. Sauveur, can make his exercises a conférence on the masterpieces of poetry and the drama. For this reason we are less confident than Dr. Sauveur, as to the immédiate practicability of the révolution which his enthusiasm foresees in the method of learning modem languages, though not less persuaded of its desirableness." Ce journal aurait pu ajouter qu'il fallait aussi des élèves d'élite pour l'étude des Causeries,
Je n'ai jamais trouvé juste cette critique, et je dis encore qu'elle est mauvaise. Ma propre expérience et celle des autres prouvent tous les jours- qu'il n'est pas impossible, qu'il n'est pas difficile même de s'entretenir avec les classes de toutes les questions que posent les Causeries. Sait-on le français du reste, quand on n'est pas capable de parler en français de la littérature française, de l'histoire française, de la critique française, de la philosophie française, et de communiquer dans cette langue étrangère ses
pensées et ses sentiments aussi bien que dans la sienne propre ?
C'est donc à mon corps défendant, pour ainsi dire, et afin de complaire à un ami qui me rend de grands services au Collège des Langues, et qui est maître dans notre méthode, M. le professeur A. N. van Daell, que j'ai écrit avec lui le nouveau livre que nous adressons aujourd *hui aux écoles.
Puisqu'on l 'a voulu, La Parole française se gardera donc d'entrer dans la littérature, et causera uniquement des choses qui sont du commerce de la vie ordinaire, modestement et très simplement, je ne dis pas niaisement, comme le font certains livres récemment parus. Le professeur qui écrit n'a pas le droit de manquer de respect pour l'intelligence et le bon sens des élèves, il n'a pas le droit de présenter au public l'image d'une classe vulgaire et vaniteuse, ni non plus d'oublier que sa haute mission est à^éduquer^ c'est à dire, d'élever l'esprit et le cœur de ceux qui le lisent.
Dans La Parole Française nous arrêtons souvent nos élèves pour corriger leur prononciation, et nous le faisons surtout au commencement du livre. C'est dès le premier jour, dès le premier mot, que le professeur doit apprendre
à sa classe à bien prononcer la nouvelle langue, principalement ses voyelles, qui sont nombreuses, inconnues aux Anglais pour la plupart et si claires, si sonores, si belles dans la bouche des Français. On ne parle pas la langue de la France quand on la prononce barbarement et obscurément, puisque c'est la plus claire et la plus harmonieuse des langues.
Quelles sont les personnes qui doivent employer ce nouveau livre? Celles-là qui s'intéressent peu à la littérature et qui étudient le français pour le parler seulement dans la société de tout le monde, pour voyager en France et en Europe, pour aller causer à Paris de ce dont on s'entretient communément tous les jours, là comme ici, comme partout. Le livre peut servir aussi aux élèves qui étudient les Petites Causeries ou les Causeries avec mes Élèves :■ il ajoutera à leur vocabulaire un autre vocabulaire non moins riche que le premier et presque indispensable.