‹ La parole Française (volume 2)Chapitre 22 sur 38 · Les deux autres animaux criaient-ils · texte numérisé non relu

Les deux autres animaux criaient-ils

Comprenaient-ils pourquoi le pourceau criait? Etaient-ils étonnés qu* il criât? Pourquoi étaientils étonnés? Eussent-ils été étonnés s'ils avaient mieux compris leur commune situation?

N'y avait-il pour eux nul mal à craindre? Leur silence et leur étonnement étaient-ils preuve de bonté, de résignation philosophique ou de bêtise?

Est-ce que l'homme trouvait bon que le pourceau se plaignît ? L'homme est un barbare, n'est-ce pas, et un égoiste ? N'est-ce pas le moins que puisse faire la victime que de se plaindre et de crier ?

Que dit le charretier {charton est un vieux mot inusité aujourd'hui) au porc ? celui-ci n'avait-il pas beaucoup à se plaindre ? — Se

tenaît-îl tranquille ? — Il ne se tenait pas coi, — Coi est le synonyme de tranquille. — Tiens-toi coi, George, et écoute quand je parle. Tu n'as pas raison de ne pas te tenir coi, mais dom pourceau avait bonne raison de se démener et de faire du bruit.

7. Est-il vrai que les deux autres animaux soient plus honnêtes que le porc? — Ils sont plus bêtes. — Celui-ci est-il disposé à prçndre d'eux une leçon de savoir vivre ? Le mouton est-il sage parce qu'il n'a pas dit un seul mot ? — Le porc dit quil est un sot. — Es-tu de l'avis du porc ou de l'avis du charretier? — y e suis de T avis du porc.

Le porc sait-il son affaire ? — ye ne comprends pas. — Voici des expressions synonymes : connait-il sa situation ? sait-il le sort qui l'attend ? sait-il ce qui lui est réservé. — // sait son affaire. — Et le mouton ? — Non. — S'il savait son affaire que ferait- il ? — Il ferait comme le porc. — Quoi ? — // crierait. — Fort ? — De toutes ses forces. — Oui, de tout son gosier, sur la plus haute note de sa voix, du haut de son gosier. Et comment crierait la chèvre si elle était moins bête et moins aveugle ? — Elle crierait du haut de sa tête. — Qu'est-ce que la chèvre pense qu'on veut lui faire quand elle arrivera à la foire ? Et le mouton ? Décharger l'une de son lait, et l'autre

de sa laine est-ce leur faire du mal ou leur rendre service? Dans la pensée qu'ont les deux sottes bêtes, ne devraient-elles pas chanter en rhonneur du charretier et célébrer sa bonté ? Après tout qui sait ? Les deux bêtes ont peut-être raison de croire, la chèvre qu'on va la traire à la foire, et le mouton qu'on va le tondre. Et pourquoi le porc ne croirait-il pas aussi qu'on va le traire ou le tondre ? — Impossible, monsieur^ on ne tond ni ne trait les porcs, — S'ils ne donnent ni lait ni laine, à quoi donc sont-ils bons ? — Ils sont bons à manger. — Dom pourceau le savait; aussi dans son cœur, il pleure sa maison, sa douce maison et le toit qui l 'a protégé tout l'hiver contre la pluie, le vent et la gelée. Adieu !

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