LA MAISON
I. Les hommes vivent dans des maisons, des maisonnettes, des chaumières et des palais. Ceux-ci sont les habitations des rois, des princes et des riches ; le pauvre habite la chaumière et la maisonnette. Quand il est très pauvre, il est condamné à passer sa vie dans une chaumine enfumée.
Les maisons des campagnes sont plus profondes et plus larges que les maisons des villes; celles-ci soat plus élevées. Les premières ont rarement plus d'un étage et souvent elles n'en n'ont pas; les maisons des villes ont un rez-dechaussée et trois, quatre ou cinq étages.
Connais-tu la campagne, George ? As-tu vu des chaumières ? y-a-t-il des chaumières en Amérique ? — Qit est-ce qu 'une chaumière ? — C'est une maison couverte en chaume — Et le chaume? — C'est de la paille. Quelle pauvre couverture n'est-ce pas pour protéger la tête de l'homme et le mettre à l'abri de la pluie, du vent, de la neige et de toutes les intempéries du Ciel ! — La cJiaumiiie est-elle aussi couverte en paille? — Oui, c'est une chétive chaumière la maison du plus pauvre paysan, où il fume d'ordinaire. — Pourquoiy fume-t-il? — Parce que la cheminée est mauvaise, ou qu'il n 'y a pas de cheminée. — kS '// n^y a pas de cheminée la fzmiée doit sortir de la chaumine par les fenêtres. — Et s 'il n 'y a pas de fenêtres? — Elle sortira par la porte, mais il n'y a pas d' habitation sans fenêti^es. — Il y a la misérable chaumine qui n'a qu 'une chambre haute de sept pieds où la porte sert d'entrée et de sortie à l'homme, à la lumière et à la fumie.
" Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée, Sous le faix du fagot aussi bien que des aus, Gémissant et courbé, marchait à pas pesants, Et tâchait de gagner sa chaumnre enfumée. Enfin n'en pouvant plus d'effort et de douleur, Il met bas son fagot, il songe à son malheur."
Voilà l'habitant delà chaumière, au soir d'une
journée de travail, et au soir d'une vie de souffrance. 11 met bas son fagot pour songer à son malheur: quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ? Y a-t-il un plus pauvre que lui sur cette terre ? Que ne peut-il aussi mettre bas le fardeau de l'existence ! Est-il vrai qu'il vaut mieux souffrir que mourir, quand la souffrance n'a d'autre terme que la vie, et qu'il ne reste dans l'âme aucune espérance?
" Pour qui s'épuise à travailler, La mort est un doux oreiller.
Bonnes gens, priez pour sa femme."
Qitest ce qttun oreiller^ monsieur? — Viens avec moi dans cette chambre à coucher. Voistu ce coussin ? C'est l'oreiller. On met la tête sur l'oreiller pour dormir. Tù vois qu'il est enfermé dans une taie blanche. Voilà le traversin, il traverse, il s'étend dans toute la largeur du lit. Voilà le matelas : il est de plumes. Aimestu les matelas de plumes ? — Non, ils sont trop chauds. — Il n'est pas sain de dormir sur les matelas de plumes. Les matelas de crin valent mieux. Les meilleurs sont les matelas de laine! Vois-tu sur le lit cette jolie courtepointe de piqué. Lève la courtepointe et tu verras une couverture de laine. Quand il fait froid, on en met deux sur le lit. Les gens frileux en
mettent quatre et sur leurs pieds, un édredon. — ye hais les édredons. — Tu as bien raison. Quelle figure tu ferais, si tu devais passer les nuits, comme faisait Prosper Mérimée à Prague, en Allemagne en 1854! "Mon lit se compose d'une couverture des couleurs les plus jolies, d'un mètre de long, à la quelle est boutonnée une serviette qui me sert de drap. Quand j'ai mis cela en équilibre sur moi, mon domestique dépose sur le tout un édredon que je passe toutes les nuits à culbuter et à replacer."
Lève la couverture, voilà les draps de lit.
Lève la tête, voilà le ciel-de-lit et voilà les rideaux de lit.
3. Me permette z-zwus de me laver les mains ^ monsieur.- — Oui, voilà le lavabo. Y a-t-il de l'eau dans le pot à l'eau ? Verse la dans la cuvette. — y aime ce savon. — C'est le savon de Marseille, vous l'appelez en Amérique, savon de Castille. Il n'y en a pas de meilleur. Quand tu te feras la barbe, emploie le savon de Marseille. Voilà un miroir, si tu veu:?^ te mirer. — Et cela, monsieur? — C'est une toilette. Nous avons pénétré dans la chambre d'une dame. Vois-tu sur la toilette, une grande glace?— C^i"/ un miroir. — Un miroir de grande dimension se nomme glace.
4. Les maisons de Fra7ice sont-elles comme les nôtres? — -À peu près, mademoiselle. Voici une maison de Paris très ordinaire, elle a mille mètres carrés. C'est bien peu d'espace pour tout ce que le propriétaire y a mis ; aussi elle monte très haut. Elle a un rez-de-chausée, un entresol quatre étages et des combles où sont les mansardes. Ici vous diriez que la maison a cinq étages, car vous nommez le rez-de-chaussée premier étage. Que de monde dans cette maison ! Au rez-de-chaussée, cinq boutiques et près de la porte cochère, la loge du portier ; à chacun des quatre étages trois appartements. — Qu'est ce qu'un appartement? — C'est un logement composé de plusieurs pièces. Eh bien ! deux de ces appartements dont l'un à droite, l'autre à gauche de la porte cochère se composent chacun, d'une antichambre, d'une salle à manger, d'un salon, de deux chambres à coucher pour les maîtres, d'un cabinet de travail, d'une chambre de domestique et d'une cuisine. — L'antichambj^e, est elle à côté du salon? — Non, elle donne dans la salle à manger, laquelle donne dans le salon. Du salon, on peut aussi passer dans une chambre à coucher, à côté de laquelle est le cabinet d'étude. — Où est la cuisine f — Elle donne dans la salle à manger.
Le troisième appartement est situé au dessus des écuries, il est plus petit que les deux autres. Il n'a ni salon ni cabinet de travail. — Il y a des écuries dans cette maison ? — Il y en a deux avec cinq, six ou sept chevaux, et deux ou trois remises pour les voitures.
5. Qid occupe r entresoif — Il dépend des boutiques. Au bout de celles-ci, il y a des arrièreboutiques. — Et les mansardes! — Elles appartiennent aux locataires des appartements inférieurs.— Combien de personnes ya-t-il dans une maison co7nme celle-là. — Un très grand nombre assurément, puisque nous pouvons compter, sans parler des boutiques, douze appartements. Voilà douze familles dans une maison avec leurs domestiques. Si ces familles sont composées chacune de sept personnes, il y a aux appartements quatre-vingt-quatre personnes. Le roi Priam eût pu vivre dans cette maison avec toute sa famille.
ye voudrais bien voir îin des salons^ monsieur. — Venez, madame, montons ce grand escalier! Il est un peu raide, tenez-vous à la rampe, je vous en prie. Nous y voilà. — Ce salon est parfumé!— Oui, c'est le parfum de ces roses, que vous voyez là, sur le piano. — Et voilà des fleurs -blanches. — Sur la tablette de la cheminée; ce
sont des muguets que vous nommez bien mieux que nous d'un nom qui est aussi beau qu'elles, les lis de la vallée. — Venez vous asseoir, madame, sur ce sofa, ou dans ce fauteuil.
6. Aimez-vous le bleu? Tous les meubles sont recouverts de velours bleu. Vous savez que c'était la couleur de Madame de Rambouillet. — Ce tapis de pied est magnifique. — Et excellent, c'est le tapis de Turquie. — Voilà quelques livres sw des tablettes. — Ouvrez celui-ci, c'est le La Fontaine, illustré par Doré. — Je le con7iais. — Et celui-là. Le langage des fleurs. — Ah l voilà le muguet ce ''Le retour du. bonheu7^'" ; la germaiidrée ''Plus je vous vois, phcs je vous ai77te\ — N'est-ce pas le plus beau des emblèmes ? Et le nias: " Prem^ière émotion d'arnourl' Oest la plus douce.
Voilà un lustre qui descend du plafond. N'admirez-vous pas ce plafond peint à fresque? — Si, mais j'admire encore phcs cette Vénus de Milo sur ta tablette de la chemiiiée. — Cette tablette est bien garnie. Voyez-vous les candélabres, près de la pendule et ces deux vases de Sèvre. Voyez-vous P heure, monsieur? — Oui, madame, il faut nous dire adieu.