‹ La parole françaiseChapitre 15 sur 52 · LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE

I . Le sixième jour Dieu créa Adam et Eve. Il les plaça dans un endroit délicieux nommé Paradis et les unit par le mariage. Il leur dit:

multipliez. La Bible raconte cette grande histoire, et aussi le poète anglais Milton dans un livre sublime.

Vous voyez qu* Adam fut le premier homme, le premier mari et le premier père, et Eve la première femme, la première épouse et la première jnère. Les premiers ils reçurent les faveurs, les grâces et les bénédictions du Créateur ; les premiers aussi ils désobéirent au Créateur, ils mangèrent du fruit de V arbre défendu, désobéissance fatale, cause de nos misères.

C'est le péché originel qui condamna Adam et toute sa race au travail pénible, aux souffrances, à la maladie, et à la mort.

Caïn et Abel sont les enfants de nos premiers parents, leurs enfants mâles, leurs fils. Caïn tua son frère Abel. Voilà un second péché, un crime abominable et révoltant qui crie vengeance au ciel.

Avez-vous lu la Bible, madame ? — ^e l'ailue.--^

Et le Paradis perdu de Milton ? — Je Vai eu aussi. — Et la mythologie ? Connaissez-vous la mythologie? la religion des payens,rhistoire des dieux de la Grèce? — Je la connais un peu, — Saturne, Jupiter, Mars, Junon, Vénus? — Oui, — Connaissez-vous Anchise et Enée et Ascagne ? — Oui, — Saturne est le père de Jupiter, lequel fut le père de Vénus, laquelle fut la mère d*Enée, lequel fut le père d' Ascagne. Saturne, père de Jupiter, est grand-père de Vénus, bisaïeul d*Enée, trisaïeul d' Ascagne.

2. George, qui est la mère du prince de Galles? — Cest Victoria, — La reine d'Angleterre. Qui fut le père du prince de Galles ? — Le prince Albert, — Est-ce que le prince de Galles est marié? — // est marié, — Qui est sa femme ou son épouse? On dit en français femme et épouse. Ne dites pas, monsieur : m^m épouse vous fait ses compliments. Cela est prétentieux et ridicule. Ne dites pas non plus madame ma femme. Cela aussi fait rire. Dites simplement Tna femme, — Mais épouse est synonyme de femme. — Oui, dans le grand style:

Tauguste épouse de Sa Majesté Louis XIV.

Cependant dites : Andromaque, Tépouse d'Hector, fut désespérée de la mort de son glorieux époux, le brave guerrier qui fut pendant

LA ï>AÎlOLÊ FRANÇAISE. SS

dix ans la terreur des Grecs, devant la fameuse ville d' Ilion,la cité du roi Priam.

3. Revenons au prince de Galles, George. At-il des enfants ? — // en a. — Des fils et des filles? — Oui, — Combien en a-t-il? — Je ne sais pas combien il en a. — Priam, père d' Hector, avait cinquante fils. Le prince de Galles a-t-il plus de fils, moins de fils ou autant de fils que Priam ? — Je ne connais pas le nombre de ses fils, mais je suis sûr qu'il a moins de fils que le roi d'Ilion, — Oui, mon ami, la famille de Priam était extraordinairement nombreuse. Il avait reçu la bénédiction de Jacob. — Plaît-il, monsieur ? — La bénédiction de Jacob signifie une nombreuse famille. Suppose, George, que chacun des fils de Priam soit père aussi de cinquante fils, combien de petits-fils aura Priam ? — // en aura deux mille cinq cents, — ^Tu calcules promptement. Et si chacun des petits-fils de Priam est père de cinquante fils, combien d'arrièrepetits-fils aura Priam ? Tu comprends que les arrière-petits-fils sont les fils des petits-fils. — ye comprends, mais l'opération est difficile. Permettez moi de prendre la craie et défaire m^ multiplication ati tableau, — Fais, et fais bien, car l'opération est grave. — J'ai fini, — Lis le produit de ta multiplication. — J' hésite. — La

quantité est prodigieuse ? — Incroyable. — Prends courage et lis la quantité des arrière-petits-fils de Priam. — Cent vingt cinq mille,

doux rêve, vaste espérance de Priam, tu ne fus pas réalisée ! Achille, Ménélas, Agamemnon, Ulysse, T horrible guerre a détruit tes fils, tes petits-fils et toute ta race. Un jour le plus heureux des pères, tu ftis à la fin le plus infortuné des hommes.

4. Mademoiselle, avez-vous une nombreuse famille ? — Je ne suis pas mariée^ monsieur, — ^Je le sais. Avez-vous de nombreux parents ? — J' ai mon père et ma mère, — C est bien. Notre père et notre mère sont nos parents. C* est la première et principale signification de parents. Mais le mot a .une signification plus étendue. Avez-vous une nombreuse parenté ? — Pas très nombreuse.

Voici mes parents : Mon père, mxi mère, un grand-père^ une grand' mère. Dites-vous grand' m^re ? — Certes ; continuez. — Un frère. — Monsieur votre père a-t-il plusieurs filles? — Il en a trois, — Vous avez donc un frère et deux sœurs. — Et mon frère est marié, — Sa femme est votre belle-sœur. Elle est la bru de vos parents. Vos sœurs sont-elles aussi mariées ? — Une d^ elles est mariée. Vautre a été mxiriée. —

Elle est veuve. Le mari de votre sœur estvotre beau-frère. Il est le gendre ou le beaufils de vos parents. Gendre et bru sont les termes propres; on dit par abus, beau-fils et belle-fille. Proprement ces derniers signifient autre chose. — Quoi, monsieur? — Paul a perdu son père, n'est-ce pas? — Oui, et sa mère est mariée, — Remariée, mademoiselle. Eh bien, Paul est le beau-fils du second mari de sa mère, et la sœur de Paul est sa belle-fille. Le mari de la mère de Paul est le beau-père de Paul.

Votre fi'ère a-t-il des enfants, mademoiselle ? — // a un fils. — Et votre sœur mariée ? — Elle a une fille. — Et l'autre ? — Elle n'a pas d'enfants. — ^Vous avez donc un neveu et une nièce.

Votre neveu est le cousin de votre nièce, et elle est la cousine de votre neveu. Comprenez- vous ? — Oui, — Et vous êtes la tante de votre neveu et de votre nièce. — Oui, — Votre beau-frère est Toncle de votre neveu. — Je comprends,

5. Vous m'avez dit que vous aviez un grandpère et une grand' mère. — Oui, — Le père de votre père ? — Non, c'est le père de m.a m^re, — C'est donc votre grand-père maternel. Vous avez perdu votre grand-père paternel. — Oui, et t'ai encore perdu ma grand^mère paternelle, — A-t-elle des Tères et des sœurs ? — Un frère vi-

vaut, et une sœur vivante. — Le premier est votre grand-oncle, et la seconde est votre grand' tante. Vous êtes leur petite-nièce.

Et les enfants de mes cousins^ monsieur ? — Ils sont vos cousins au second degré. Si vous voulez les distinguer, nommez les premiers cousins germains et les seconds cousins issus de germains. Il y a un grand vocabulaire pour la parenté, n'est-ce pas? — Ouiy et il reste encore quelque chose, la marâtre. — Ce nom est désagréable. Nous nommons belle-mère la femme qui a épousé notre père en secondes noces. — Et les frères et les sœurs de Paul y qui ne sont pas les enfants de son père? — Ce sont ses demifrères et ses demi-sœurs.

George as-tu compris, qu'Adam fut le premier homme ? — Je l'ai compris. — Adam n'existe plus. — Non. — Il exista au commencement du monde. Remarques-tu la différence entre il existe et il exista? — Je la remarque. — Fus-tu intéressé et attentif, quand je parlai des animaux ? — Je fus attentif. — Vous fûtes toutes attentives, mesdames, au récit de l'histoire du mulet de Thaïes ? — Oui. — Prononcez nous fûmes attentives. Prononcez u long, plus long que dans turlututu. La première syllabe est longue à la première et à la deuxième personne du plu-

rîel du prétérit nous fûmes, vous fûtes ; nous parlâmes, vous parlâtes; nous finîmes, vous finîtes ; nous reçûmes, vous reçûtes.

Toute la classe, prononcez avec moi le prétérit du verbe auxiliaire être, — Je fus, tufus.ilfuty elle fut y on fut, nous fûmes, vous fûtes, ils furent, — Et le prétérit de parler. — Je parlai, tu parlas, il parla, elle parla, on parla, nous parlâmes, vous parlâtes, ils parlèrent^ elles parlèrent, — Et le prétérit du verbe voir sous forme interrogative. — Vis'je, vis'tu, vit-il, vit-elle, vit-on, vîmes-nous, vîtes-vous,virent-ils,virent-elles, — Mesdames, vîtesvous jamais une famille aussi nombreuse que celle de Priam ? — Nous n'en vîmes jamais d aussi nombreuse,

6. Quelle heure est-il, monsieur? tirez votre montre de votre poche, et dites -moi où est la grande aiguille. — Elle est sur le chijfre 9. — Et la petite? — Elle est sur 11, — Pas précisément. — Non, — Presque. — Oui, — Il est donc onze heures moins un quart. Il me reste le temps nécessaire pour réparer une omission. Je n'ai pas nommé toute la parenté. — Non^je ne sais pas comment nommer le fils de mon cousin germain, — C'est votre neveu à la mode de Bretagne. — Cest drôle, — En Bretagne on appelle neveu ej: nièce le fils et la fille du cousin. La fille de

votre cousin est votre nièce à la mode de Bretagne. — Et moi? — Vous, vous êtes leur tante à la mode de Bretagne, et votre frère est leur oncle à la mode de Bretagne^

Êtes-vous chrétienne, madame? — Oui, grâce à Dieu. — Avez-vous présenté au baptême Tun ou l'autre de vos neveux? — J'en ai présenté deux. — Ils sont vos filleuls, vous êtes leur marraine. Celui qui a présenté avec vous vos filleuls au baptême est leur parrain. Vous êtes sa commère, il est votre compère. Cette parenté est une parenté religieuse. Il est onze heures précises. Adieu.

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