CHAPITRE Vin. «nn
; i<Jiiil
§ 1er, j ne/CIO'
De là passez à la pratique, et examinez le jeu de cet équilibre dos partis dans le passé, dans le pré^^enL et dans les conjonctures de l'avenir.
Le parti de l'anarchie veut dominer, opprimer, expulser la république régulière aux journées de mai et de juin 1848. Tous les partis de l'Assemblée se réunissent à l'instant contre celte faction, la majorité devient unanimité autour du gouvernement.
Le parti de la Montagne, allié au parti socialiste, croit avoir triomphé dans la confusion du suffrage aveugle et dépravé du scrutin de liste au 13 mai. Les républicains exaltés, mais non factieux, les légitimistes, les hommes de 1830, le parti bona})artiste, le parti religieux et le parti de l'extrême droite, se réunissent en une seule majorité invincible, par un intérêt commun pour préserver la société.
Le gouvernement républicain menacé se trouve étayé par toutes les mains.
Supposez maintenant que le parti bonapartiste (s'il existe) marche à une usurpation impériale et tente un symptôme seulement de coup d'Etat ! A l'instant le parti de la Montagne, le parti répubhcain m.odéré, le parti de 1830 et le parti légitimiste s'uniront avec toutes les forces d'opinion et de majorité dont ils disposent pour protéger la République contre une usurpation de souveraineté qui les détrône tous à la fois en détrônant la nation.
Supposez maintenant que les légitimistes unis au parti catholique tentent une restauration par l'Assemblée ou par le suffrage universel! A l'instant le parti de 1830 s'entend avec toules les nuances du parti révolutionnaire et du parti républicain pour barrer b chemin du trône à la légitimité, et pour conserver
dans la République le terrain neutre et les éventualités de la dynastie d'Orléans.
Enfin, supposez que le parti de 1850, nombreux dans l'Assemblée, riche en honneur, fervent de colère, aveuglé de ressentiment, médite par l'élection une résurrection de son trône! Au premier signal, gauche extrême, droite extrême, parti légitimiste^, parti bonapartiste, parti religieux, républicains modérés, républicains irrités, peuple réhabilité parle suffrage universel, ne forment qu'une nation unie contre une faction, et se sauvent eux-mêmes, eux, leur honneur, leur sûreté, leurs espérances, leur présent, leur avenir, en se groupant autour dugouvernement républicain, et en défendant ensemble la République menacée !
Vous le comprenez donc ; tous les éléments d'un équilibre sauveur de la République existent et fonctionnent. 11 n'y a pas môme besoin qu'un gouvernement les remue, ils se remuent d'eux-mêmes. Ils ont pourpoHtique leur nature, ils ontleur intérêt personnel pour tactique, ils ont leur salut commun pour homme d'Etat. Le jeu du gouvernement républicain à l'intérieur est donc bien facile. Il n'a qu'à occuper la place et à porter le défi à chaque parti isolé de le remplacer. 11 est gardé parles antipatl^^es. Elles sont plus durables que les popularités.
Donc de ce côté parfaite sécurité pour la République.
CHAriTRE ÏX.
Quant à l'organisation définitive du gouvernement républicain paisible et régulier, c'est une œuvre successive et de temps. Les dangers à prévenir, les vices à corriger, sont visibles principalement à l'œil de l'homme d'État, dans ceci :
L'action de la presse,
J.es clubs,
Le mode des élections,
Lu durée du pouvoir exécutif.
La presse.^ Il n'y a qu'un remède, à ses erreurs et à ses excès sous un gouvernement libre : riusliiulion de la publicité sincère et universelle par le gouvernement lui-même. Le grand jour de la vérité répandu tous les malins sur toute chose pour combaUre et faire évanouir le faux jour des sophismeset des factions.
Que penseriez-vous d'un gouvernement vivant de lumière, qui laisserait à ses ennemis le monopole des torches et des flambeaux? Vous diriez : il périra dans sa démence. C'est la situation de tous -os gouvernements depuis quarante ans en France. La République doit l'aire, faire ce progrès à la société. i - Cette institution de la pubbcité des faits pard'Etat lie coulera pas plus de deux millions à la République.
Les révolutions coûtent plus cher. Je demande ce progrès depuis dix-huit an^s. C'est la seule loi de lu presse à faire. >
Les clubs .^ C'est l'état sauvage d'atlrouj)ement, de tumulte, de violence matérielle, d'intimidation, de tyrannie du nombre contre la liberté et la sécurii^^ du citoyen isolé. 11 faut les sép.irer [mv une lignt' infranchissable du droit paisible de réunion limitée et d'association régulière des opinions dans mi |)ay^ libre. L'Amérique a su le faire par bon sci)s; l'ouarchie des clubs y a péri par désuétude, en France eii«' doit tomber devant la loi. 11 faut choisir en Ire la République et les cîubs; la société a déjà fait son clmix.
Le scrutin de liste comme mode du suOrage uni- -versel? Je l'ai combattu dès qu'on l'a présenté. Je l'ai nommé de son nom, l'élection des ténèbres.
Le gouvernement provisoire l'avait exclu ; il avait divisé la France en autant de circonscriptions électorales qu'il y a de fois quarante-cinq mille âmes dans les trente-six millions. Chacune de ces circonscriptions assez large poin' que l'éleclion ne fût pas municipale, assez restreinte pour ([ue les électeurs connussent de \iie, de nom ou de renomm('e leur candidat, devait nommer un ropréseniant. lue - fausse vue de ce gouvernement i>l mui loi précipitée
^g LE CONSEILLER DU PEUPLE.
de l'Assemblée constituante ont vicié et aveuglé la souveraineté du peuple, en instituant le vote confus irresponsable et ténébreux du scrutin de liste, où nul ne sait qui il nomme, où l'on vote entre deux feuilles de papier, au lieu de voter entre deux hommes connus. Quand l'heure constitutionnelle de corriger ce mensonge public aura légalement sonné, on rendra sa moralité, sa vérité, sa responsabilité à l'élection et au suffrage universel, en faisant voter le peuple sur des noms réels, et non sur des fantômes anonymes évoqués des clubs par les factions.
Enfin, la durée plus ou moins étendue du pouvoir exécutif et la rééligibilité ou la non rééligibilité du président de la République ?
Question toute de personne, de situation et de circonstance dans deux ans et demie, sur laquelle l'opinion publique serait aussi téméraire de dire non que de dire oui avant le temps, car c'est le temps seul qui prononcera.
Je passe à la situation de la République à l'extérieur.
liivsti: II.