‹ La passé, le présent, l'avenir de la RépubliqueChapitre 23 sur 107 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Mais pendant que ces fatales conséquences de notre faible diplomatie se préparaient, se déroulaient,, s'accomplissaient ainsi en Italie par suite nécessaire de notre inaction en Piémont, cette inaction, cet effacement trop complet de la France en Italie entraînaient d'autres conséquences également fatales en Allemagne et en Hongrie. Vous allez le voir d'un coup d'œil.

Et d'abord, entendons-nous bien : je ne mets pas au nombre de ces conséquences funestes les tentatives démagogiques réprimées à Stuttgard, à Munich, à Berlin, à Vienne, les assassinats punis à Francfort, la dislocation des Etats allemands arrêtée dans ses excès, l'ordre, les constitutions régulières, la discipline des troupes et la sécurité des citoyens rétabhes en Allemagne par la main des armées allemandes ; non^ il n'y a que le génie du mal et de la destruction qui puisse se réjouir du spectacle de ce chaos; l'Aliemagne peut comme nous faire des pas dans sa li-

Lerté, sans faire des chutes dans des déluges de sang ei dans des abîmes d'anarchie. Nous n'avons jamais désiré ces calamités à nos ennemis, à plus forte raison à nos voisins et à nos amis de l'Allemagne. Dieu lui-même ne trouvera pas un brandon ni un souffle du premier cabinet de la République française dans ce commencement d'incendie en Allemagne. Je l'affirme à ceux qui se complaisent à calomnier la politique étrangère de la République, afin de calomnier les hommes qui la dirigeaient.

Mais j'appelle conséquence fatale l'intervention irrégulière de la Russie dans la lutte de la nationalité hongroise, et l'extermination de l'armée hongroise par les armées combinées de l'Autriche et du czar. Je ne prétends pas que la querelle d'une partie de la race hongroise (la race Magyare) contre l'autre partie (la race Slave), et que la lutte de la Hongrie ainsi divisée d'avec elle-même contre l'Autriche fut le moins du monde une cause française ou môme démocratique. Je sais parfaitement qu'il n'en est rien ; que cette guerre était une double ou triple guerre d'un caractère très-étranger à nos débats et il nos révolutions de ce côté-ci du monde occidental; guerre civile entre les Hongrois eux-mêmes pour des querelles historiques d'origine et pour des jalousies de race; guerre fédérale entre les Hongrois et les Autrichiens pour des conditions plus ou moins indépendantes de fédération ou d'intérêts de nationalité à reconquérir. La France, la République, la démocratie n'avaient pas un atome de leur cause pro-

9g LE CONSEILLER DU PEUPLE.

pre engagée dans cette confusion de conflits ; c'est vrai.

Mais il est vrai aussi que l'aiTaiblissement de l'Autriche en Hongrie par le relâchement ou par la riip ture du hen fédéral entre l'Autriche et la nationalité hongroise était une cause heureuse d'indépendance de l'Italie pour deux raisons :

La première, parce que la Hongrie pendant sa lutte héroïque et après ses victoires aurait cessé de recruter de ses renforts les armées autrichiennes en Itahe.

La seconde, parce que la nécessité pour l'Autriche de combattre ou d'observer en Hongrie, était une diversion puissante sur ses derrières qui l'affaiblissait, la paralysait et la disposait, comme vous l'avez vu, à de larges concessions en Lombardie.

Mais l'Autriche voyant que le second gouvernement de la République à Paris ne faisait pas usage de l'armée des Alpes, usage pour lequel le gouvernement provisoire l'avait rassemblée aux portes de Chambérv; aue la France se contentait de négocier de concert avec l'Angleterre, au lieu de porter dans les plaines du Piémont le poids de son armée dans une médiation; l'Autriche, disons-nous, voyant cela, et rassurée sans doute tout bas par l'Angleterre, sa confidente, put tourner toute son attention, toute son énergie militaire et ses principales forces contre la Hongrie, certaine, après sa victoire et ses ven-

geances en Hongrie, de revenir avec la masse deses forces libres, dominer et assujettir en Italie.

Et c'est pour l'aider dans cette œuvre que la Russie, prenant prétexte de sa propre sécurité en Pologne, lui prêta une armée contre les Hongrois.

Les Hongrois, divisés entre eux, ayant à combattre l'armée russe d'un côté, l'armée autrichienne de l'autre, ont mis bas les armes. L'Autriche est redevenue libre de ses mouvements en Italie, et les choses, si changées à notre avantage et si magnifiques 'pournotre diplomatie au mois de mars, d'avril, de mai et de juin 1848, sont redevenues ce qu'elles étaient à peu près avant les événements de Février, avec un mauvais exemple d'intervention russe de plus, en Hongrie, contre les lois de l'équilibre européen ; avec un second exemple d'intervention de plus par nous , à Rome , contre les droits de l'indépendance des peuples ; avec la Hongrie pacifiée dans son sang, et le Piémont diminué dans sa force morale.

Voilà un des résultats de nos fautes en Italie et de notre inaction au moment fixé pour agir.

Mais , soyons justes , il reste cependant au bénéfice de la République , comme résultat définitif de ces deux années , Fintluence de l'émotion de sept ou huit peuples qui se sont levés pour la liberté , et qui ont gardé , avec la confiance de leur force, des institutions en progrès, une constitution très-libérale en Prusse , une constitution fédérative et représentative à Vienne même^ des constitutions démocratiques dans tous les États secon-

daires de rAllemagne, une ébauche et un esprit de reconstruction germanique plus indépendante des fraudes puissances qui pouvaient autrefois entraîner toute la Germanie contre nous , un génie allemand désormais ombrageux et ennemi du génie russe, et nous assurant presque autant d'alliés qu'il y a d'États allemands; il reste une constitution à Naples, à Turin, en Toscane, et bientôt, sans doute, une constitution mixte à Rome même ; il reste , eniin , après beaucoup d'espérances réalisées et beaucoup de déceptions amères pour la République, une alliance libérale forcée entre la France et l'Angleterre unies pour couvrir la sécurité et les progrès de la Turquie, et la paix du continent et des mers aussi assurée qu'avant le 24 février.

C'est la première fois qu'un aussi grand événement qu'une république de trente-six millions d'hommes se sera fait jour et aura pris sa place dans la famille des peuples, sans que la paix de T univers en ait été troublée. Cet horizon suffit pour le moment aux amis de la démocratie et de l'humanité, et doit faire pardonner à Dieu et aux hommes quelques erreurs dans la conduite des affaires extérieures de la Répubhque. Le temps est aux nations; laissons le temps développer des germes de sohde iîrandeur et d'ambition désintéressée dans un sol de paix !

CHAPlTrxE IV.

Page 1