‹ La passé, le présent, l'avenir de la RépubliqueChapitre 38 sur 107 · SI · texte numérisé non relu

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Faiine pour le peuple ? Vous le comprendrez tout aussi aisément.

Le prix d'une chose est proportionné à ce qu'elle coûte. Les terres, grevées seules dans ce système

Hm LE CONSEILLER DU PELTLE.

d'un impôt unique et écrasant, deyiendraient une de ces deux choses en peu d'années : ou stériles et in-icultes, ou exorbitamment chères et privilégiées.

Incultes, stériles?

Si l'impôt unique dont elles seraient écrasées ne donnait plus de bénéfice à ceux qui les cultivent ou qui les possèdent, on ferait venir, comme à Home jadis, son blé, son huile, son bétail, son chanvre, de l'étranger, de l'Egypte, de la Crimée, de la Sicile. Le sol français tomberait en jachère; la population diminuerait et se raréfierait.

Chères et privilégiées?

Le prix d'une chose est proportionné à ce qu'elle coûte. Les terres, grevées seules de l'impôt unique, deviendraient énormément coûteuses à posséder; il faudrait des capitaux et des avances considérables à ceux qui oseraient acquérir et posséder la terre. Elle ne serait plus accessible qu'aux riches. La petite propriété périrait ; avec la petite propriété périrait la démocratie, car les grands capitalistes possédant seuls les terres, et la possession exclusive des terres, dont tout le monde a besoin comme source de tout, exerçant un patronage immense sur le pays, ces grands propriétaires du sol deviendraient bientôt monopole et aristocratie de territoire et d'argent. La moitié de la France tomberait^ en un demi-siècle, dans le prolétariat.

Voilà les trois principaux résultats de l'impôt unique ! Que le peuple s'en garde s'il veut rester peuple et ne pas redevenir serf par une autre voie !

LE CONSEILLER DU lEUPLE. 163

§ IV

Un publiciste qui pousse la spéculation jusqu'à l'extrême, un radical du bon sens qui ne laisse jamais arrêter son idée juste par aucun fait, ni son impatience de vérité par aucun temps, M. de Girardin vous dit : « Abolissez presque tous les impôts et éta- » blissez à la place une assurance générale par l'Etat » de tous les capitaux des citoyens. Le prix , payé » volontairement par les citoyens à l'Etat pour cette » assurance, sera l'impôt ou le revenu public. »

L'idée est belle, simple et juste; elle avait frappé déjà le gouvernement provisoire au mois de février 1848, et ce gouvernement l'avait adoptée. Il avait rédigé le décret et les moyens; mais comme tout gouvernement, il n'avait introduit cette vérité dans son plan de finance qu'avec temps et mesure, et comme commencement partiel d'un système auquel il faut d'abord habituer le pays par des essais. Une erreur en matière d'impôt courrait risque de coûter quinze cents millions à la France ; une erreur de quinze cents millions, c'est la banqueroute du pays à ses créanciers, à son armée, à son administration, à lui-même! Une telle banqueroute, c'est l'anéantissement de la nation. On ne chiffonne pas le globe comme on chiffonne une feuille de papier dans son cabinet. L'habitude est la première condition d'un bon impôt, et tient lieu d'un million de garnisaires pour le faire payer. Gardez -vous donc de compter pour rien l'habitude, en matière de taxes pubhques.

Accoutumez peu a peu le conlribuable à une idée, puis élargissez d'année en année l'application de cette idée, puis livrez-lui ensuite si vous voulez tout le système de vos impôts. La République trouvera, je n'en doute pas, le jour où elle le voudra, une source large, profonde et intarissable de contributions volontaires et équitables dans V assurance génhale des valeurs concentrées dans ses mains et administrées par le trésor. Mais si vous voulez que le système entre dans l'esprit et dans les mœurs de la France, donnez-lui, comme le gouvernement provisoire, une place , n ais non la place unique dans votre organisation financière ; ne démesurez pas une vérité, vous en feriez une erreur. Les assurances vous donneront tout de suite oO à 40 millions, et ce produit s'accroîtra toujours.

CHAPiîRE IV.

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