CHAPITRE XXVI
L'âge de raison politique est sans contredit la première de ces garanties morales à examiner dans celui qui se présente pour exercer le droit de suffrage universel.^
Je pencherais pour que^ dans la révision de la loi électorale , cette garantie d'âge fût élevée à vingtcinq ans.
La loi civile déclare l'homme privé majeur à vuigtun ans, mais la majorité politique n'est presque dans aucun pays à la même date quelamajorité civile, et la majorité civile elle-même n'est pas complète avan< vingt-cinq ans.
D'ailleurs, quelle immense différence n'y a-t-il pas
?^46 'LE fcOiSSElLlER Dtf PËtPLE.
par la nature des fonctions entre la majorité civile et la majorité politique?
La loi civile vous déclare capable à vingt-un ans de régir vos biens personnels et de vous gouverner vous-même à vos risques et périls , sauf encore les tutelles, les aliénations, les mariages pour lesquels elle vous impose des conditions de prudence, de consentement de parents, de conseil de famille, de temporisations restrictives de votre droit de vous gouverner vous-même.
Si vous abusez à vingt-un ans de ce droit personnel dans le gouvernement de vous-même et dans la gestion de vos intérêts privés, sur qui retombe la responsabilité de vos ignorances, de vos passions en effervescence, de votre jeunesse, de vos prodigalités, de vos déportements? Sur vous-même et sur TOUS seul, ou tout au plus sur votre famille la plus rapprochée.
Mais dans la majorité politique que la loi actuelle fixe à vingt-un ans , et qu' elle ne restreint par aucune condition de tutelle ou de conseil légal, sur qui retombent votre ignorance des hommes et des choses humaines, vos erreurs, vos séductions, vos entraînements? Sur la nation, sur la société tout entière ! sur trente-six miUions d'hommes punis par vous d'avoir mis leur sort dans des mains d'enfants!
Y a-t-il comparaison possible entre le mal qu'une majorité civile prématurée peut causer à vous, et le mal qu'une majorité pohtique prématurée peut infliger à votre pays?
LE CONSEILLER DU PEUPLE. 2i7
Non, la différence entre ces deux dangers est comme un est à quarante millions. La société républicaine a donc quarante millions de fois le droit d'exiger que Tâge de majorité politique soit fixé à une date de la vie plus haute et plus réfléchie que la majorité civile.
Il y aurait donc à discuter si, au premier rang des garanties morales attribuées au suffrage universel, la société ne pourrait pas demander la garantie d'âge de raison politique ou de 25 ans ?
La fixation de cette date de la majorité politique à 25 ans aurait l'avantage encore de dégager presque entièrement la question difficile du vote de l'armée, puisqu'il n'y aurait plus alors qu'un cinquième de l'armée participant au suffrage.