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La Passion de l'âme de Notre-Seigneur [microforme]

Oh mystère insondable ! Un Dieu est mort pour nous. Un Dieu fait homme a livré son humanité en victime d'expiation à la justice divine et a fait peser sur elle le fardeau de toutes les iniquités. Cette expiation s'est faite par la souffrance et par la mort afin de nous épargner à nous-mêmes la mort spirituelle et l'ét: rnel-

le souffrance.

Jésus-Christ, ce Dieu homme, avait prévu et prédit Jusque ans ses moindres détails le drame affreux de S& passion. Sa parole était venue s'ajouter à la parole des prophètes qui avaient, de longs siecles à l'avance, dépeint les abaissements infinis et les tortures sans

nom de Celui qui devait ainsi racheter l'humanité.

L'Esprit-Saint nous donne le récit non moins com plet de ces outrages et de ces douleurs atroces infligés à Jésus, ct qui se consomment sur la croix par la

mort la plus cruelle.

Tout ce que l'enfer peut inventer de supplices, la méchanceté humaine s'en est servie avec le rafinoment le plus barbare. Insultes, blasphèmes, accusations mensongéres, moqueries, soufflets et crachats, toutes les humiliations réunies ont servi comme de prélude au déchirement de ses membres: chargé de chaînes, flagellé comme un vil esclave, couronné d'épines, clout à sa croix, les pieds et les mains transpercés, livré à une agonie de trois heures, il expire en donnant la dernière goutte de son sang. Les sarcasmes d'un peuple en délire continuent de Ss'abattre sur Jésus dont le corps n'est qu'une plaie, et qui présente à son Père et au monde le spectacle affreux de l'homme réduit, dans toutes les fibres de son âme aussi bien que dans toutes les moëlles de ses 05, à l'état pitoyable qui était la conséquence de nos e:imes et l'effet de la colère implacable de Dieu.

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Toutes ses douleurs extérieures nous sont assez Connues et la vue de la croix nous en rappelle à tous, spécialement en ce jour, la terrifiante mémoire. Aussi pouvons-nous nous contenter en ce moment de ce so‘. venir qui hante toutes les âmes chrétiennes.

Notre dessein est d'entrer plus avant dans le cœur sacré de notre Sauveur et, par une contemplation plus élevée et plus profonde tout à la fois, de chercher à comprendre ce qu'a été la passion intime de Jésus, ce Qu'il à pu éprouver dans sos affections, alors que. à chaque pas, il se trouve en présence de ceux qui, st le tourmenter dans sa chair, lui font éprouver dans la partie la plus délicate et la plus sensible de son ètre.

des afflictions incomparablement plus grandes,

Et c'est peut-être par là que nous sentirons divantage combien Jésus nous a aimés pour avoir porté à ce point sa douleur, et pour avoir ainsi uvert son àme aussi bien que présenté ses membres à l'immolation totale, sans réserve, qui concentre en lui toute la somme de l'expiation due à son Père par l'humanité tout entière.

Jésus n'était pas seulement par ses perfections visibles le plus beau des enfants des hommes. son âme si pure et si sainte possédait, au degré le plus éminent, toute la faculté de perception et toute la puissance de sensibilité pouvant lui permettre de comprendre, dans

toute leur vérité les causes intimes, et d'éprouver dans toute leur réalité le caractère ct les motifs des an-

goisses qui ne cessérent un instant de l'étreindre.

Won dme #st triste jusqu'à la mort.

Au jardin des Olives, il est saisi d'effroi et de dégo'it. La tristesse et l'ennui l'envahissent. Il a la claire vue de tout ce qui se prépare contre lui. Il accepte le calice d'une amertume sans nom et qu'il doit boire jusqu'à la lie. Toute consolation lui est retirée, s'est une véritable agonie, son cœur déborde, des sueurs de sang l'inondent et coulent jusqu'à terre. Si un ange du ciel lui apparait et le fortifie, c'est afin de le rendre capable de porter une douleur qui dépasse les liraites de la puissance humaine. Où trouvera-t-il une consolation dans cet effroyable abattement? Ses disciples les plus chers sommeillent et dorment malgré ses instances et ses reproches. Pourtant, il vient de les consacrer prêtres. Ils avaient promis de le suivre partout, et S'étaient déclarés capables et prêts de vider avec lui le même Calice... Et à côté de Jésus abimé dans l'amertume et l'abandon, eux se sont endormis. C'est la passion de l'âme qui es commencée pour Jésus et trois de ses apôtres, les plus favorisés, en sent les premiers instruments.

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Mon Pere ! S'il est possible. que ce Calice s'éloigne

de moi!

Celui qui doit me trahir approche.

Mais voici quelque chose de plus affreux. A la tète d'une troupe de soldats et de valets, avec des lanternes. des torches, et des armes, Juda Savance, 11 S'approche de Jésus: Salut Maitre, lui dti, et il l'embrasse. An, lui dit Jésus, qu'es-tu venu faire ? Tu trahis Le

fils de l'homme par un baiser.

Judas, c'est encore un intime, un disciple, un confident. Tout à l'heure il était au cénacle, il se laissait laver les pieds par Jésus. Il communiait ä son corps et à SON Sang. Il était iui aussi ordonne prètre, Déjà il avait vendu son Maître, maintenant il le livre. Judas c'est l'avarice, la Jtlousie, lhypocri sie. Judas c'est Le sacrilège. l'apostasie, la trahison. tout à l'heure ce sera le désespoir : mais malgré tout Jésus l'avait aimé, il l'aime encore, il l'appelle son ami, il reçoit son baiser. Sa parole est tendre, son affection suppliante, mais le cœur endurei de Judas résiste à tout, et le poignard de Ja trahison est plongé

par lui dans le cœur de Jésus. c'est la passion de là-

me qui continue.

(Non! je ne connais pas cet homime-là !

Plus tard chez le grand prêtre Caïphe, une foule qui blasphème entoure le Sauveur. Pierre qui dormait au jardin, au lieu de prier, s'est joint à In multitude, une servante l'aperçoit, elle croit le reconnaitre: Tu étais avec Jésus de Galilée. Pierre le nia devant tout le monde: Femme, je ne le connais pas. Je ne sais. je ne puis comprendre ce que tu dis. Le vici inquiet, cherchant à sesquiver ; à d'autres qui l'interrogent il répond une seconde fois dans les immèmes termes. Mais ton langage te trahit, lui dit-on. Est-ce qu'on ne t'a pas vi dans le jardin avec lui? Non, non, je ne connais pas cet homme là. Je ne Sais ce que vous voulez dire.

Jésus, à qui rien ne pouvait échapper, entendit ces paroles. Pierre qui avait jadis confessé sa divinité et reçu ses promesses les plus glorieuses, Pierre qui dans sa foi bruyante avait voulu se dérober à l'humilité de son Maitre, Pierre qui se croyait plus ferme et meilleur que tous les autres, et qui avec jJurement avait promis de ne jamais abandonner Jésus, quand il serait seul à le soutenir, Pierre qui vient de tirer l'épée pour défendre son Maître, ce même Pierre, effrayé à la voix d'une femme, renie Jésus et déclare ne point le connaître, ne l'avoir jamais fréquenté, lui être absolument étranger. Conçoit-on combien cette conduite du futur chef de ses apôtres fut sensible à Notre-Seigneur.

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‘Cependant Jésus passe. Il S'applique ici à lui- -mème

le précepte qu'il avait naguère formulé pour ses prétres. Avant de monter au Calvaire où il doit s'offrir en victime sur l'autel de la Croix, il porte dans l'âme de celui qui vient de l'offenser si grav.ment le Pardon Sans attendre la supplication ou les excuses du coupable ; il n'attend point que Pierre marque sor repentir et demande pardon, il à pitié de Ja gène qui sans doute empêche son disciple de parler, il arrête sur lui son re gard. Les yeux du disciple renégat rencontrent ceux de son Maitre. Il peut V lire fe reproche sans doute, la douleur en même temps que fa sévérité, ii y aperçoit surtout une infinie miséricorde, et cette bonté provoque la confiance avec Je repentir, et Pierre verse des larmes ameres qui augmentent encore la passion de l'âme de Jésus.

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