AUTRES VOIX
Qu'on le lapide!
VOIX DU PEUPLE
En croix !
I'ILATE.
Peuple juif!
CHŒUR DES FEMMES
Écoutons.
PILATE
Je respecte vos droits :
Les gens que vous jugez coupables sont coupables; Si j'ignore souvent la Loi des douze tables, Et les Autres, quand j'ai pénétré leurs desseins. Je m'y soumets. Un texte, en l'honneur des jours saints, Vous permet d'arracber un homme à ma justice, Ce pouvoir est en vous ! lîien qu'il me dénantisse, Bien qu'il me semble lourd et peut-être abusif, J'honore en ce pouvoir les droits du peuple juif.
Tandis qu'où amène Barrabas, qu'on le place à côté Je Jésus et qu'ils se regardent, Pilate les montre au peuple.
Voici deux prisonniers condamnés au prétoire ; Ils vous sont trop connus, et leur crime est notoire. L'un, Barrabas, voleur de nuit, tueur gagé ; Il a brûlé le champ d'un homme a Betphagé, De plus, il a frappé son père en plein visage : Est-ce lui qu'il te plaît d'absoudre, peuple sage?
CAÏPHE
Un blasphème est le plus horrible des péchés!
PILATE
Il pénétra chez des marchands, les vit couchés, Donc, il les égorgea dans leur lit, comme un lâche : Peuple austère, est-ce lui qu'il te plaît qu'on relâche?
CAÏPIIE.
Oui !
I'ILATE.
Lequel sauvez-vuus? Regardez-les tous deux.
Montrant Barrabas.
Il fait plaisir à voir vivant, il est hideux,
Et porte effrontément ses vices sur sa face.
L'autre est doux, juste, et fier. Que vous plaît-il qu'on fasse,
Et lequel vous paraît le plus digne de vous?
CAÏPHE
Préservons Dieu, les Lois, et le Temple, avant nous ! L'un a tué la chair, l'autre tuerait les âmes : Nous voulons Barrabas !
UN HOMME
Barrabas!
PILAÏE.
Et vous, femmes?
LE PHARISIEN
Le Grand-Prêtre sait mieux ce qu'il faut!
LA FOULE, en tumulte.
Barrabas!
PILATE
Vous l'avez bien gagné, prenez-le donc !
Hélas...
P1LATE
L'aède et le bandit, gardons chacun le nôtre! Embrassez Barrabas, je flagellerai l'autre.
Il leur pousse Bairalias qui se mêle h la foule. A Jésus.
Trouve un moyen.
JÉSUS
Ma mort est l'unique moyen :
(Test la porte entre l'homme et son Dieu. Tout est bien.
VOIX DU PEUPLE
A mort!
Le tumulte grandit.
PILATE
Je ne peux rien pour toi, si l'on ne m'aide.
JÉSUS
Ma mort n'est point le mal, ma mort est le remède; Je meurs par eux, je meurs pour eux, ainsi soit-il !
PILATE, ii part.
Pauvre rêveur!
Aux gardes.
Donnez sa joie au troupeau vil. Peut-être un peu de sang va suffire à l'hyène. Le fouet!
Les soldats s'emparent de Jésus et l'emmènent derrière une colonne du prétoire.
LA VIERGE, défaillante.
Oh... Par pitié... Grâce...
PILATE
Qu'on la soutienne.
On entend les coups de fouet qui claquent sinislrement, de l'autre côté du palais. Le peuple regarde.
LA VIERGE, tendant les bras vers sou tîls invisible.
Laissez-moi... Viens!... Je veux mourir aussi!
voix DU PEUPLE.
Plus fort!
LA VIERGE
Vous allez me tuer mon enfant!
VOIX DU PEUPLE
A la mort !
Les coups de fouet se multiplient.
LA VIERGE
Oh! chacun de ces coups déchire mes entrailles. Assez... Assez !
LE CHŒUR DES FEMMES
Son sang gicle sur les murailles!
LA VIERGE
C'est trop!... assez... Pitié pour mon petit Jésus.
Pilate fait un signe, la flagellation cesse. PILATE.
Bon peuple! as-tu compté les coups qu'il a reçus? Est-ce bien? Est-ce tout? Tu vas voir ton ouvrage. Couronnez-leur un roi digue de leur courage, Un roi très honoré pour un peuple honoré, Et que le dernier fils de David soit sacré ! Haine au sang de David !
Jésus apparaît, le torse nu, déchiré par les lanières. Les soldats l'entourent et lui offrent 1rs ornements d'une royauté ridicule, le manteau d'écarlate, la couronne d'épines, le sceptre de roseau. Murmures du peuple.
ANNE, bas, à Caïphe.
Nous perdons la bataille.
JOSEPH D'ARIMATHIE, qui n'a point vu Jésus, s'avance ve s Caïphe.
Si les hommes de peu n'osaient grandir leur taille Et briguer les honneurs qu'ils n'ont pas mérités, On en verrait, qui sont les princes des cités, Croupir sur le fumier d'un triomphe illusoire, Et ceux qui marchent nus s'iraient vêtir de gloire !
Il se retourne et tombe à genoux en apercevant Jésus que Pilate présente au peuple du haut du Gabatha.
Voilà l'Homme.
Jésus immobile iï sanglanl se lient debout. LE CHŒUR DES FEMMES.
Son front resplendit comme un ciel.
VOIX DU PEUPLE
Si c'était Lui, pourtant?...
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PI LA TE
Dernier roi d'Israël, Fin d'un peuple, salut!
Aux soldats.
Passez! Rendez hommages.
Les soldats délil ni devant Jésus et s'inclinent avec les marques d'un rcspect dérisoire.
Chaque sergent qui passe à la tète de ses hommes, s'agenouille pour injurier le Christ, puis se relève en le frappant ou en crachant sur lui.