‹ La passionChapitre 46 sur 46 · LE BON LARRON · texte numérisé non relu

LE BON LARRON

Tu meurs dans un blasphème !

CAÏPHE

Il sauvait ses amis, qu'il se sauve lui-même !

JESUS, regardant le ciel.

Pardonne-leur, car ils ne savent ce qu'ils font.

LE BON LARRON, à Jésus.

Toi qui règnes sur l'aube où les âmes s'en vont, Daigne te souvenir de moi dans ton royaume! Je sais que ton regard et ta voix sont un baume : Guéris-moi dans les temps. Je crois.

JESUS, se tournant vers le bon larron.

Je te le dis :

Tu seras avec moi, ce soir, en Paradis.

LE CHŒUR DES HOMMES

C'est l'Homme!

LE CHŒUR DES FEMMES

Il est venu, le Porteur des messages!

Chimère!

JUDAS, se relevant terrible et s'avançant vers le peuple.

On attendait l'Élu depuis les âges, Et vous êtes damnés comme moi, le damné !

JÉSUS

0 mon Père, pourquoi m'avoir abandonné ?

LA VIERGE, agenouillée, teudant ses bras vers le Christ.

Jésus! mon fils!

JÉSUS

J'ai soif.

BARRABAS, riant.

Il n'a pas voulu boire!

UN SOLDAT, tendant au bout de sa pique une éponge imbibée.

Tiens !

JÉSUS, posant ses lèvres sur l'éponge.

Tout est consommé.

LE CHŒUR DES HOMMES

Comme la terre est noire!

JÉSUS

Mon Père, je remets mon âme entre les mains.

Sa tête retombe sur son épaule. Le Rédempteur est mort. — Le tonnerre éclate dans le ciel sombre.

LE CHŒUR DES FEMMES

La foudre !

LE CHŒUR DES HOMMES

Le vent tord les arbres des chemins.

LE CHŒUR DES FEMMES

Terrible nuit!

LE CHŒUR DES HOMMES

Le sol s'entr'ouvre !

LE CHŒUR DES FEMMES

Une couleuvre !

JUDAS, dénouant sa ceinture.

Malheur sur moi, sur vous, et malheur sur notre œuvre !

LE CENTURION, s'approchant de Jésus.

Quoi, déjà mort!

LA VIERGE, se traînant au pied de la croix.

Mon Fils, reviens...

UN SOLDAT, levant sa lance.

Un coup d'épieu !

Il frappe le Christ au côté; un mélange de sang et d'eau coule de la blessure.

LE CENTURION

Assurément, cet homme était un juste.

UaDieu!

Judas passe sa ceinture autour de son cou, et serre : il sort en chancelant. Les soldats s'approchent des larrons avec des massues et leur rompent les genoux.

LE PHARISIEN, accourant vers Caiphe.

Le Voile est déchiré: les morts vivent : des ombres Passent en sanglotant dans les carrefours sombres.

Caïphe lui fait signe de se taire.

JOSEPH D'ARIMATHIE, suivi de Nicodème, accourt et présente une lettre au centurion.

Rendez-nous notre Dieu : Ponce me l'a donné.

On applique une échelle contre la croix : Nicodème monte et étend sur le Christ un vaste linceul qui traîne jusqu'à terre.

LA VIERGE, affaissée au pied de la croix.

Mon Fils est mort, mon Fils est mort!

CHŒUR DES ANGES, du haut du ciel.

Un monde est né!

1039. — Imprimeries réunies, A, rue Mignon, 2, Paris.

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