‹ La passion; mystère en deux chants et six partiesChapitre 11 sur 46 · UN VIEILLARD · texte numérisé non relu

UN VIEILLARD

Je suis vieux et souffrant. Mère du nouveau Roi, J'ai faii pour le rejoindre une bien longue cour.se, Et voici que j'ai faim.

LA VIERGE

Judas, ouvre ta bourse, Et donne au bon vieillard ce qu'il demandera.

JUDAS

Nous n'avons plus d'argent.

LA VIERGE

Mon fils y pourvoira.

JUDAS

Toujours donner, jamais recevoir.

LA VIERGE

Que t'importe?

JUDAS

Soit! Donnons tout ! Les gens nous fermeront leur porte Quand nous demanderons un gîte.

LA VIERGE

Le bon Dieu Laisse-t-il sans abri les oiseaux du ciel bleu?

JUDAS

Il faut manger !

- LA VIERGE

Mon Fils y pourvoira, te dis-je.

ANNE

Son fils y pourvoira, Judas...

CAÏPHE

Par un prodige !

LE PHARISIEN, à Judas.

Donne un talent, je vais t'en rendre la moitié.

JUDAS

Pharisien, merci.

LE PHARISIEN, prenant Judas par le bras.

Judas, c'est grand' pitié,

N'est-ce pas, quand le maître est plein de négligence...

JUDAS

Parle mieux de Jésus. Sans la maudite engeance Des mendiants qu'il trouve a travers son chemin, On pourrait vivre encor, mais...

LE PHARISIEN

Donne-moi ta main, Judas, un cœur loyal habile ma poitrine : Instruis-moi, je voudrais connaître sa doctrine.

Il entraîne Judas dans un coin ; ils causent à voix basse. UNE FEMME, à la Vierge.

Daigne prendre un instant ma fille entre tes bras, Car ma fille est mourante et tu la guériras.

LA VIERGE

Je n'ai d'autre pouvoir, femme, que ma prière : Pour prier avec moi, viens dans le temple.

CAÏPHE, arrêtant la Vierge qui se dirige vers le temple.

Arrière !

LA VIERGE

Je ne peux pas entrer dans la maison de Dieu?

CAÏPHE

Ta présence y serait une insulte au Saint Lieu !

LA VIERGE

Comment puis-je insulter le Très-Haut, quand je prie?

Abjure tes erreurs et ton idolâtrie ; Lave ton àme, avant de présenter l'ola; Publiquement, abjure, ou n'entre jamais là !

LA VIERGE

Le Saint n'exige pas qu'on l'adore en son temple, Mais qu'on l'adore. Il nous é-oute, il nous contemple, Et nous sommes chez lui partout, chez lui toujours. Qu'on parle vers le Voile ou dan? les carrefours, Dieu ne di:>tingue pas où l'on est, quand on l'aime; Car le monde est l'autel qu'il s'est bâti lui-même : Les lampes de soleil y brûlent dans l'azur, Et pourvu que nos vœux s'élèvent d'un cœur pur, Dieu les laisse monter au ciel et les accueille. Nous resterons ici. Prions.

La Vierge s'agenouille au bas des marches. Derrière clic, Marthe et Madeleine, Lazare, Judas et le peuple s'agenouillent.

ANNE, bas, au Pharisien qui vient de quitter Judas.

Crois-tu qu'il veuille?

LA VIERGE

0 Père, Créateur de la terre et du ciel, Dieu de miséricorde et de sagesse immense, Regarde avec pitié les chagrins d'Israël, Et juge-nous dans ta clémence.

Guide nos pas errants vers la route du bien Pour épargner à tous ta colère et ton blâme; Donne-nous aujourd'hui le pain quotidien, Le pain du corps, le pain de l'âme.

Prête un peu de ta force à mon cœur abattu, Aide notre faiblesse à supporter la peine Qu'il faudra pour ta gloire et pour notre vertu, Et garde-les de la géhenne.

Ote-les de l'erreur, ôte-moi du tourment : Mais les jours de douleur seront des jours de fête, S'il te plaît de me voir souffrir amèrement Pour que ta volonté soit faite.

A Béthanie : chez Lazare.

La salle principale d'une maison juive. Par une large porte ouverte au fond, On aperçoit les collines qui entourent Jérusalem. Le soleil se couche.

MARTHE dispose les apprêts du festin sur une vaste table entourée d'escabclles.

MADELEINE est assise, et la regarde : elle tient un vase sur ses genoux.

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