‹ La passion; mystère en deux chants et six partiesChapitre 19 sur 46 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

JUDAS, seul.

Où je vais? A l'abîme!

Je le sens. Je veux fuir un moi qui me poursuit; Les yeux de ma raison se remplissent de nuit, Et c'est cet autre moi qui parle par ma bouche. Je ne méconnais plus. J'erre. Mon âme est louche. Et je suis un hochet qui tourne dans les vents... — Pourquoi? Mais, pourquoi pas? Opter! Si je le vends.,

Pendant qu'il médite, le Pharisien, le centurion, les soldats arrivent. LE PHARISIEN.

C'est là.

LE CENTURION

Trop tard. Ils sont partis

MALCHUS

La cage est vide.

LE PHARISIEN, montrant Judas.

Celui-ci nous saura guider.

JUDAS

Que je vous guide !

Et pour quelle raison, docteur?

LE PHARISIEN

Tu l'as promis.

JUDAS

Es-tu sûr?

LE PHARISIEN

On te tient pour un de nos amis.

JUDAS

Je n'en suis pas !

LE PHARISIEN

Fort bien. Tu paieras avec l'autre.

LE CENTURION

Liez-le.

LE PHARISIEN

Quitte donc ce parti pour le nôtre !

Ne vois-tu pas que rien ne vous peut garantir? Caïphe espérait mieux, Judas, du repentir Qu'on avait cru noter dans ton âme plus sage.

Montrant la bourse.

11 nous avait chargés pour toi d'un bon message... Tu ne sais rien vouloir.

JUDAS, regardant la bourse.

Je me mépriserais.

LE PHARISIEN

D'être avec nous?... Mon fils, on prendra des regrets, Et je redoute fort que ceci ne te nuise. Mais, enfin, tu connais la loi, fais à ta guise : L'idolâtre est rayé d'entre les citoyens, On rase sa maison, on confisque ses biens.

judas.

L'exil...

LE PHARISIEN

Trente talents, Judas, c'est une affaire.

JUDAS

Discutable.

ii. LA PASSION.

LE PHARISIEN

Chacun choisit ce qu'il préfère.

LE CENTURION

Nous trouverons son maître et garderons l'argent.

MALCHUS

En route ! Nous ferons la route en partageant.

JUDAS

Tu m'as dit : trente?...

Eh, oui...

Secouant !a bourse.

Vois la belle pécune.

JUDAS

Trente... Pas plus?

LE PHARISIEN

C'est trop!... De quoi bâtir fortune!

Il caresse la bourse et l'avance sous les yeux de Judas. JUDAS.

Montre-les...

LE PHARISIEN, vidant la bours».

Si tu veux.

JUDAS

Comptons...

LE PHARISIEN

Compte.

LA VIERGE, survenant au seuil, et voyant Judas.

Ah!

JUDAS, se retournant avec effroi.

J'entends...

Rien, rien...

LE CENTURION

As-tu compté? Nous perdons notre temps.

LE PHARISIEN

Tu sais où nous allons?

JUDAS, à part.

Les derniers mots da Maître !

LE CENTURION

Au milieu de ses gens, comment le reconnaître?

JUDAS

Je l'embrasserai.

LE PHARISIEN

Bien...

LE CENTURION

Vous entendez, soldats?

LE PHARISIEN, aux soldats et serviteurs.

Hommes! Souvenez-vous du baiser de Judas.

Le Jardin des Oliviers ; ia nuit est d'un gris pâle ; les vieux arbres mêlent leurs branches.

A droite, le torrent de Cédron glisse parmi les roches. Au lever du rideau, la scène reste vide pendant la durée du prélude.

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