V. — LÉSIONS
À. — FoRMES AIGUES
Les altérations sont de deux ordres, altérations générales, banales ou spécifiques résultant de l’infection grave dont nous avons exposé précédemment les manifestations et qui plus ou moins rapidement évolue en septicémie; altérations spécifiques localisées aux foyers divers, thoraciques, abdominaux ou sous-cutanés de la maladie. |
19 Altérations générales.
Des lésions congestives et hémorragiques diversement réparties donnent au cadavre, simplement dépouillé ou après ouverture, une apparence assez spéciale : par l'effet d’une dilatation intense des capillaires, le tissu conjonctif sous-cutané interstitiel et les séreuses prennent une teinte vive dont la tonalité va du vieux rose au violet aubergine; c’est cet aspect que traduisent les bédouins de Syrie en disant que l’animal a «le sang bleu »; de plus, le cadavre dans son ensemble est mouillé comme chez les sujets dits hydrohémiques, c’est que la septicémie. pasteurellique s'accompagne d’exsudation générale du réseau lymphatique.
Les muscles sont cuits, généralement succulents. Les
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viscères sont congestionnés, 1l y a hépatite aiguë dégénérative et à un degré variable néphrite aiguë.
Au sein des muscles et des parenchymes on trouve des infarcti et des hémorragies punctiformes de fraîche date.
Dans le tissu conjonctif sous-cutané, sous-séreux, sous-muqueux, on relève des pétéchies de formation récente; les méninges participent au processus mais peu intensément d'ordinaire.
= Les ganglions lymphatiques sont inflammés un peu partout; la sphère conjonctive qui enrobe les groupes les plus importants est œdématiée.
Les cavités séreuses contiennent une petite quantité d’exsudat inflammatoire.
La surface des muqueuses, respiratoire, digestive, urinaire, génitale (utérus gravide), est marquée de taches sanglantes ou d’un simple piqueté hémorragique.
La rate est normale. Le sang est noir mais coagulé, il rougit à l’air.
20 Altérations se rapportant aux localisations. a) Lors de dominance ganglionnaire super ficrelle.
On peut trouver un seul ou plusieurs foyers ganglionnaires; ces foyers, de siège variable, se localisent avec une électivité marquée en certaines régions bien définies, la gorge, les régions sous et préscapulaire, l'entrée de la poitrine.
La lésion définitive consiste en un œdème plus ou moins volumineux, parfois énorme, qui déforme la région; cet œdème se collecte autour d’un groupe ganglionnaire, ou dans son voisinage immédiat suivant les
circonstances topographiques, selon les possibilités de développement que lui offrent les rapports des tissus durs au milieu desquels 1l a pris naissance.
La couleur de l’œdème varie, comme celle des exsudats de même origine, du jaune franchement citrin chez le bœuf au jaune verdâtre de nuance très pâle chez le buffle, Il a la consistance d’une gelée et laisse sourdre un liquide limpide, ambré, de même couleur que lui, qui se coagule à l’air.
Cet œdème infiltre le tissu conjonctif sous-cutané de toute la région, il se répand dans les intervalles des muscles, dans la gaine d’enveloppe des nerfs et des vaisseaux; il fuse dans les interstices des fibres musculaires et des fibres nerveuses.
Les ganglions voisins sont nt Diet tuméfiés et vivement colorés, succulents et hémorragiques sur la coupe.
Les capillaires superficiels de la région sont ectasiés et dessinent selon les cas sur les joues, sur les faces latérales de l’encolure, sur les côtes, sur la tunique abdominale et autour des membres, un fin réseau de teinte violacée; par places s’étalent des ecchymosse réduites ou de vastes macules presque noires, bordées de rouge.
Lorsque l’œdème se développe à Nniees de la gorgeles muqueuses des premières voies digestives et respi, ratoires — voile du palais, cordes vocales, sinus linguomaxillaires — acquièrent une épaisseur très grande; l’inflammation ‘spécifique de la région, jointe à l’effet mécanique de strangulation déterminé par l’œdème périphérique font qu’elles prennent une temte violette; elles sont souvent parsemées de taches hémorragiques ou marquées d’un simple piqueté; un enduit muqueux ou muco-alimentaire les tapisse.
La langue présente des dimensions énormes, surtout à sa base; sur la coupe, les museles qui la constituent et leurs fibres mêmes sont dissociés par l’œdème; les altérations inflammatoires et dégénératives dont l’organe est le siège donnent aux sections une teinte rouge ocré, porphyre, particulière.
Les glandes salivaires sont noyées dans l’æœdème qui les écrase.
Lorsque l’œdème se développe en avant de l’épaule, l’extension du processus au détroit antérieur de la poitrine détermine une inflammation extrêmement vive de toute la région; on en juge facilement en levant les premières côtes.
b) Lors de dominance thoracique.
La cavité pleurale contient une quantité variable, parfois considérable, d’un liquide légèrement ambré, de la couleur de l’œdème, teinté de rose en certains cas par le sang extravasé; ce liquide se coagule au contact de l’air ou spontanément dans les heures qui suivent la mort.
La plèvre pariétale, mouillée de sérosité est marquée, sur les côtes principalement et dans la gouttière vertébrale, de petites taches ou de macules hémorragiques tout à fait comparables à celles que l’on observe par ailleurs à la surface du corps. La plèvre viscérale laisse elle-même apparaître des ecchymoses le long des bronches et des vaisseaux, des infarcti à la surface du poumon. Il peut y avoir adhérence des deux feuillets, sur une étendue variable et plus spécialement à hauteur des sommets.