CHAPITRE II
Les premières recherches expérimentales
Ce n'est que péniblement, par tâtonnements successifs, et non par une de ces éclosions heureuses et quasi spontanées comme on en cite dans l'histoire des sciences que les méthodes de laboratoire ont été acceptées au cours duxix® siècle, des aliénistes d'une part, des philosophes de l'autre. Les premières recherches par lesquelles les psychologues cherchèrent à préciser les données de la clinique mentale ou à provoquer des troubles expérimentaux de l'attention, expriment ce bel effort de la psychologie expérimentale, encore hésitante dans l'application de ses méthodes et de ses dispositifs.
Sans nous attarder à ce point deVue trop purement historique, notre simple exposé des
premiers résultats obtenus dans les laboratoires — résultats qui datent d'iiier! — nous montrera les chercheurs au travail, appliquant à la psycho-pathologie de l'attention une technique expérimentale dont l'usage est maintenant banal et l'application familière. Notre but n'est donc pas de faire un travail encyclopédique, mais de rappeler les résultats des recherches qui nous semblent avoir été caractéristiques.
Un des premiers Sancte de Sanctis ^ a étudié d'une façon expérimentale les troubles de l'attention, en appliquant la méthode- du calcul mental à l'examen psychologique qu'il fit du jeûneur Succi. Le résultat fut très net : les opérations simultanées (additions et multiplications) facilement effectuées avant le jeûne, ne purent l'être après bien que posées dans les mômes conditions. Retenons donc l'hypoproséxie — car en effet c'est bien ici une des formes de l'attention qui est eu jeu — résultant de l'aEémie causée par le jeune.
1. Sancte de Sanctis. Lo studio sperimentale delTattenzioae. Bolletlno délia Socle ta lancisiana degll ospectali di Homa, anuo XIV, 1875.
2. On trouvera dans notre volume à paraître : La Psychologie de l'Attention l'exposé de notre technique personnelle pour l'étude de l'attention.
Le même auteur ^ est revenu du reste sur la question en donnant l'observation d'un individu présentant une profonde dépression mentale, avec impulsions diverses, pertes de mémoire, etc. Chez ce malade le moindre effort d'attention, au lieu d'éclaircir les idées, ajoutait à la confusion. Commissionnaire de son métier, il s'était mis pour corriger son amnésie, à employer les mille et uns petits moyens, points de repère dans l'espace et dans le temps, que les malades emploient spontanément dans les cas analogues. Le résultat fut pour lui des plus décevants, et il s'aperçut bientôt qu'il pouvait fort bien se conduire à condition de se laisser aller automatiquement, de n'accorder aucune attention au chemin qu'il avait à suivre ou aux acte 3 qu'il devait accomplir. L'effort le plus insignifiant l'embrouillait au contraire et le désorientait complètement. L'attention consciente, chez ce dégénéré, est donc entièrement abolie et son abolition peut se constater et être provoquée expérimentalement.
Dans un travail plus récent, Sakcte de Sanc-
1. Sancte de Sanctid. Sopra uno spéciale disturbo delP attenzione in un degenerato. Bolletlno ciel. Soclet. lauc. cl. osped. cli. Rotna, ann. XIV, 1877,
Tis ^ utilisait pour mesurer l'hypoproséxie de ses sujets le rétrécissement du champ visuel, méthode dont nous aurons à reparler à propos des recherches de M. Pierre Janet.
Obersteiner ^ a recherché les temps des principaux processus psychologiques dans la période d'affaiblissement psychique qui précède rimbécilité. Il conclut à un ralentissement général de toutes les fonctions mentales.
BuccoLA ^ apporte des chiffres qui montrent bien, eux aussi, le ralentissement de Tattention consciente et volontaire dans les maladies mentales. Les maxima et minima fournit par cet auteur sont très caractéristiques. Nous reproduisons quelques-uns de ces chiffres moyens. Le racourcissement du temps de réactions chez les épileptiques est à noter.
1. Sakcte de Sanctis. Lo studio dell' attenzione conativa. Attl délia Societa Romania di antliropologia, vol. IV, fasc. II,