‹ La Patrie en dangerChapitre 35 sur 111 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

la CHANOINESSE, BLANCHE BLANCHE, après un silence.

Vous ne vous couchez pas, ma tante?

LA CHANOINESSE

Non, pas cette nuit, ma nièce.

(Un silence.) BLANCHE.

Peut-être ne sera-ce pas encore pour cette fois-ci, dites, matante?

(La chanoinesse lève les yeux au ciel avec un geste de dénégation.) BLANCHE, prêtant l'oreille.

On n'entend rien... non, non... rien. (Elle tait quelques

pai, regarde machinalement sur la table, prend un livre, l'ouvre. Bruit

lointain de tocsin et de tambours. Elle ferme précipitamment son livre, le repose sur la table, va à la fenêtre, reste immobile, et se met à pleurer silencieusement, le visage dans les mains. Puis se retournant lentement :) Vous n'entendez pas, ma tante?

LA CHANOINESSE

Si... j'entends, j'entends... la Révolution sonne ses cloches.

BLANCHE

On va donc se tuer, ma tante?

LA CHANOINESSE

Oui... on va, se tuer... Eh bien, tant mieux qu'on se batle, puisqu'il n'y a plus que cela, la guerre civile. Eh bien, va pour la guerre civile ! qu'elle vienne, qu'elle descende des cœurs dans la rue, des faubourgs aux Tuileries ! Et qu'elle soit le dernier jugement entre les piques et les épées ! Je la veux, je la demande, je l'implore...

BLANCHE, regardant à la fenêtre.

On dirait que le bruit se rapproche... ah ! des hommes... dans la rue... des armes qui luisent... des fusils... Ils s'arrêtent, ils montrent notre porte... mon Dieu ! — Ah ! ils s'en vont... oui... oui, ils s'en vont...

LA CHANOINESSE

Blanche, vous devez être fatiguée... à votre âge on a besoin de sommeil... Retirez-vous dans votre chambre, mon enfant ; allez !

BLANCHE

J'aime mieux avoir peur ici, près de vous, ma tante... (i'n silence.) Toujours le tocsin, le tambour... ça ne cesse plus. Comme les cloches grondent !... Elle ne finira donc pas, celte iluit-là !... Oli ! toutes celles qui sont comme nous, qui écoutent et qui attendent, toutes celles qui

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