SCÈNE IV
PERRIN, BLANCHE PERRIN, sans regarder la carte, à Blanche restée près de la porte.
A Haudainville? le village où sont les émigrés et les traîtres, cjux qui guettent aux portes de Verdun pour y faire entrer l'aigle à deux têtes de la Prusse?... Allons! avancez un peu... encore... plus près... On dirait que vous vous cachez... C'est bien là où vous voulez aller,
n'est-Ce pas? (Silence et immobilité de Blanche.) Mais tu 11 es
donc pas Française? Les femmes de France, à l'heure
qu'il est, vendent leurs bijoux pour armer les volontaires... Les amantes ôtent leurs bras du cou de leurs amants et leur bouclent leur sac... Les fdles , les épouses, les mères, envoient mourir aux frontières leurs pères, leurs maris, leurs enfants... Et toi!... (Blanche
fait un pas en arrière comme pour s'enfuir.) Reste là !. .. VoyOllS, je
t'ai parlé brusquement... Tu es timide, tu es jeune... remets-toi. (Silence de Hanche.) Mais parle donc, dis-moi que ce n'est pas vrai... Défends-toi... (Silence de Blanche.) Ah! prends garde!... le commandant de Verdun a tout
pouvoir Contre les traîtres. (Il lève la sonnette qui est sur la tahle.) Eh bien? (Blanche croise fièrement les bras et le regarde. — A part.) Quelque Chose d'elle... (Il repose lentement la sonnette.) Ah ! tenez, remerciez le souvenir d'une femme qui
VOUS Sauve... (Il la regarde longuement.) VOUS êtes Ulie roya-
lisle, n'est-ce pas? vous tenez aux royalistes ? vous avez dans ce camp-là votre nom, votre famille... Qui sait? peut-être votre cœur! On vous a élevée dans le cube d'un Roi. . .Vous devez conspirer pour être fidèle. . . Je vous demande pardon, madame... J'avais oublié, dans ce jour où nous sommes, les divisions de la patrie, des opinions et des consciences, et ce triste déchirement de notre France en deux Frances... celle du passé dont vous porlez le regret ; celle de l'avenir dont nous portons l'espoir! Je croyais qu'aujourd'hui l'étranger était l'étranger pour tout le monde.. L'étranger ! L'étranger ! mais vous ne savez donc pas ce que c'esl, madame, que l'étranger? L'étranger! rien que ce nom!. . l'étranger dans la rue et dans la maison ! L'étranger vainqueur, souverain et maître ! la langue de l'étranger commandant où commandait la langue de France! le^ Fanfares de ses clairons déchirant de l'air de France! les