‹ La Patrie en dangerChapitre 5 sur 111 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

çu'est-il advenu, s'il vous plaît, à ces messieurs de Murat et d'Andelange?

LE COMTE

Ils ont eu le 5 de ce mois l'honneur de monter dans les voitures de Sa Majesté et de suivre le Roi à la chasse.

LA CHANOINESSE

Il me semble qu'il y a longtemps que l'on a vu votre visage à Versailles ?

LE COMTE

Il y a quinze jours, ma sœur. (Continuant à lire) « Leurs Majestés et la famille Royale, ont signé le 5 le contrat de mariage du comte Pierre d'Astorg avec demoiselle Cossier... »

LA CHANOINESSE

Peuh ! un contrat où la demoiselle s'appelle ça, le Roi signe ça?... Rien d'autre de Versailles, mon frère?

LE COMTE

« Le marquis de Favras a eu l'honneur de présenter au roi un ouvrage intitulé : le Déficit des finances de la France vaincu... »

LA CHANOINESSE

Ah ! si nous en sommes là à présent ! un marquis se mêlant de gribouiller du papier! Tous les gens de naissance ont à l'heure qu'il est une démangeaison d'écrivailler, de chilfrailler... Des vers, encore passe... Mais écrire finances ! c'est affaire de petit commis de banque, cela, et bon pour M. Necker. Je ne sais vraiment plus où nous en sommes... Tenez, ce temps-ci me fait l'effet d'un mardi gras!... Des mœurs!... des modes!... Les grandes dames qui se déguisent en laitières... et les seigneurs qui se mettent comme leurs cochers!... Qu'auraient dit nos pères, je vous demande, s'ils avaient vu

faire la cour au Roi en bottes !... en bottes ! j'attends un déluge, moi!

LE COMTE

Eh! ma sœur, Louis XIV est mort... tout change... et nous changeons nous-mêmes. Regrettez-vous le verlugadin? Bast! le linon est charmant... Croyez-moi, laissons le monde aller son petit bonhomme de chemin, et quand il serait d'aventure un peu plus fou aujourd'hui qu'hier, mon Dieu!

LA CHAKOiNESSE.

Ah ! vous d'abord, vous trouvez toujours tout au parfait, et pour le mieux. Vous avez une philosophie...

LE COMTE

Vous voulez gronder, ce matin, ma bonne sœur? Je suis sûr qu'hier à vêpres, aux Pelits-Pères, le père Anselme vous aura fait un tableau des vices du siècle, si noir...

LA CHA.NOINLSSE.

Prenez garde, mon frère, il y a des plaisanteries mal élevées.

LE COMTE

Pardon... (l'n silence.)

LA CIIANOINESSE.

Je vous apprendrai que j'ai reçu de notre régisseur de Valjuzon des nouvelles delà-bas...

LE COMTE

Ah!

LA CHANOIiNESSE.

Mauvaises, tout à fait mauvaises... Il m'écrit que notre présence serait nécessaire au château.

LE COMTE

Eh bien, ma sœur, pourquoi n'iricz-vous pas?

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