ACTE III, SCÈNE X
PERRIN
Cette pièce que vous venez de rédiger? Non, mon- Heur, je la devine.
NEYON.
Vous refusez, commandant? Alors je la lirai.
LA FOULE
Qu'il la lise! qu'il la lise !
PERRIN
Je VOUS le défends. (Il lui arrache des mains la pièce et la regarde.) Et il y aura, messieurs, parmi vous quelqu'un qui signera cela !... un soldat, peut-être !.. Ah ! baissez la tête, vous faites bien !... Vous, peuple de Verdun, écoutez encore... Le soldat de la liberté est en moi l'ami de l'humanité. Je ne veux point prodiguer votre sang
>our une défense inutile. J'ai la pitié de votre infortune et de vos malheurs. Je vous dis donc : Ne répondez pas encore aux offres de l'ennemi. Je vous promets, je vous réponds de vous sauver !... Verdun ! je le jure ici; je te
sauverai. — Et alors je ne craindrai plus pour vous, lisérables femmes, qui êtes venues jusqu'ici pousser les hommes à la lâcheté, je ne craindrai plus que la juste vengeance de la Patrie et son large glaive ne fassent dans les groupes où je vous vois des vides tout rouges et plus grands encore que ceux qu'y auraient faits le canon prussien !
LA FOULE
Assez ! assez ! finissons !
PERRIN
Vous ne consentez pas même à attendre ? Eli bien, que les femmes, les enfants, les malades, les peureux de tous les sexes et de tous les âges sortent de la place, et qu'iis nous laissent, nous soldats, résister jusqu'au
dernier et lenir notre serment de vaincre ou mourir... (La foule n'écoule pas, entoure le conseil, cherche à lire l'acceptation. — A Marceau, à part.) Ami, je SlÙS à bout de
forces... Je n'ai plus de voix, plus de paroles... Être tombé sur ces lâches, ces traîtres, ces vendus !... Car il est vendu, vois-tu bien, ce conseil que voilà! Mais dis donc avec moi qu'il est vendu!... Et je pourrais pourtant le casser, le dissoudre, le faire fusiller....
MARCEAU
Oui, commandant....
PERRIN, avec égarement.
Etsi la ville soulevée livrait ses portes... le bataillon est dans la citadelle... le feu aux mines !.. Tu m'entends, tu me comprends, toi, Marceau ? (Tumulte.)
une voix.
Finissons!... La lecture! la capitulation! Que tout le monde l'entende !.
LA FOULE
Oui !.. oui!., la capitulation! la lecture !
PERRIN, d'un ton solennel.
Citoyens!... un seul mot!... Silence ! C'est la dernière fois que vous entendrez la voix du commandant de Verdun... Citoyens, vous voulez capituler? vous y êtes bien résolus?