‹ La Patrie en dangerChapitre 74 sur 111 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

pourriez bien me donner de l'eau-de-vie d'aristocrate...

(Madeleine sort; le comte se retourne.) Eli bien, il est disparu, Ce

Perrin ?

BLANCHE

Mais, comment, mon oncle, avez-vous pu échapper...?

LE COMTE

Ah! comment? est-ce que je le sais moi-même?... Ça m'a l'air quand j'y pense, d'une histoire qu'on m'aurait racontée. Deux heures après notre séparation, nous voilà, mes hommes et moi, le long de la Saône. Du brouillard, heureusement. Pas un coup de fusil jusqu'au défilé de Saint-Cyr. Mais en entrant sur le territoire du mont d'Or, des tirailleurs, dans les vignes, dans les haies, dans les broussailles, de l'artillerie sur une colline. Il fallait passer ; Précy nous fait charger à l'arme blanche ; notre colonne est écrasée. Ce qui en reste fait un trou, gagne la Saône; pas de barques! Et le tocsin sonne partout, et partout des paysans avec des fusils et des pâtres avec des fourches... Au bois d'Alix, chacun abandonne son cheval et sa valise... Ah! je me souviendrai du Tarare et du Forez ! un rude voyage où nous avons été traqués comme des bêtes fauves... Enfin, au hameau de Sainte-Agathe, un paysan consent à me cacher, mais tu sais, moi, je ne suis pas d'humeur à rester chambré... et puis un abominable petit vin jurançon... 11 me vient l'idée d'aller en Vendée tout bonnement!... Oh! mon Dieu, je n'avais qu'à traverser... je ne sais pas comment ils appellent cela avec leurs nouveaux noms de départements... l'Auvergne, le Bourbonnais, le Béni, la Touraine, quelques centaines de lieues.

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