‹ La Peau de tigreChapitre 9 sur 40 · H, UE VAUDOU · texte numérisé non relu

H, UE VAUDOU

Je savais bien, Uîûi, que je la ferai» wrleif.

LE CHEVALIER

Voilà qui^est féroce de se celçr de la sorte à des amis tels que nous, qui n'avons jamais manqué un de ses soupers. Quelle ingratitude!

M. DE YAUDOaÉ.

Fais-nous entrer, pelile.

FLORINS

Yotre éloquence est bien persuasive, monsieur; mais je me vois, bien à regret, forcée de garder votre bourse sans vous ouvrir la porte. ^

M. DE VATJDORE.

Ah çà ! maïs, Florine , ta es pire que Cerbère : tu prends le gâteau, et tu nç laisses point passer.

Je connais mes devoirs.

LE DUC

Puisque les choses en sont là, je suis décidé à faire le siège de la maison ; je vais établir un pétard sous la porte ou pousser une mine jusque dans Falcôve de Célinde. Je sais où elle est, Dieu merci 1

FLORINE

M. le duc est un homme terrible 1

M* DE VlUDORÉ, à part.

J'ai bien envîô de retourner faire ma cour à la Rosi^ mène ; il est vrai qu'elle m'a reçu fort durement. Être chassé, ou ne pas être admis, les chances sont égales ; je reste... Mon Dieu, qu'en ce siècle dé corruption, il est difTicile d'avoir une affaire de cœur!

LE GHEYAUER.

Allons, Florine, ne nous tiens pas rigueur; il n'est pas dans tes habitudes d'être cruelle.

FLORINE

Vous aimez à vous faire répéter les choses. Ma maîtresse est chez elle, c'est vrai, mais c'est comme si elle n'y était pas. Madame ne veut recevoir personne, ni aujourd'hui, ni demain, ni après; c'est une chose résolue ; nous voulons vivre désormais loin du bruit et du monde, dans une solitude inaccessible.

LE DUC

Tra deri dera! nous y mettrons bon ordre; nous n'avons pas envie de mourir d'ennui tout vifs. Nous poursuivrons Célinde jusqu'au fin fond de sa thébaîde. Que diable I après avoir montré à ses amis un si joli visage pétri de lis et de roses, on ne leur fait pas baiser une figure de bois de chêne étoilée de clous d'acier.

LE COMMANDEUR

Célinde, la perle de nos soupers ! Célinde qui trempait si gaillardement ses jolies lèvres roses dans la mousse du vin de Champagne, moins pétillant qu'elle!

LE MARQUIS

Célinde qui chantait si bien les couplets au desserl,

qui nous amusait tantl Géiinde, ce sourire de notre joie, cette étoile de nos folles nuits l

LE GHEVALISR.

Elle se retire du monde.

LE DUC

Elle se fait ermite et vertueuse.

LE CHEVALIER

C*est ignoble 1

LEDUC

C'est monstrueux!

M. BE VAUDORÉ, à Florise.

Que faites-vous donc ainsi, claquemurées? À quoi passez-vous votre temps ?

FLORINE

Nous lisons le Contrat social^ et nous étudions la philosophie.

LE COMMANDEUR

Je gage que votre philosophie a des moustaches et des éperons.

LE MARQUIS

Gélinde est amoureuse d'un nègre ou d'un poëte, pour le moins.

LE DUC

Quelque espèce de ce genre.

LE CHEVAUER.

Fi donc 1 Célinde est une fille qui a des sentiments et qui n'aime qu'en bon lieu ; c'est un caprice qui ne peut durer.

LE COMMANDEUR

Comment allons-nous faire pour nous ruiner?

LE MARQUIS

Elle avait une fantaisie inventive à dessécher en un an la plus riche veine des mines du Pérou. II faudra maintenant trouver nous-mêmes la manière de dépenser notre argent. Son absence se fait cruellement sentir. Vous n'allez pas me croire, tant c'est ridicule, mais il y a plus de quinze jours que je n'ai rien emprunté; je ne •sais que faire 4e mes richesses. Tiens, duc, veux-tu que je te prête mille louis?

LEDUC

Merci; je joue du soir au matin pouf me préserver d'une congestion pécuniaire.

LE MARQUIS

il faut y prendre garde, c'est grave. Vois plutôt ce gros financier, il est bourré d'écus, de louis, de doublons et de quadruples que son gilet mordoré a toutes les peines du monde à contenir, il va éclater un de ces jours, il mourra d'or fondu.

LE DUC

Il n'y avait que Célinde pour empêcher de pareils malheurs.

L£ CHEVALIER

Qu'allons-nous faire aujourd'hui?

LE DUC

Ma foi, je ne sais, mon cher; je m'étais arrangé dans ridée de passer ma soirée chez Célinde. Du diable si j'imagine rien.

LE COMMANDEUR

Parbleu! restons. Si Célinde ne veut pas y être, ce n'est pas notre faute. Nous sommes ici un peu chez nous, d'ailleurs.

LE DUC

J'ai donné la maison.

LE COMMANDEUR

Moi, l'ameublement.

LE MARQUIS

Moi, la livrée et les équipages.

LE CHEVALIER

Nous sonmoies ici en hôtel garni. . .

TOUS

Par nous.

LE COMMANDEUR

Restons-y.

LE CHEVALIER

Voilà des cartes; faisons un whist. >

FLORINS

Y pensez-vous messieurs? Vous oubliez que vous n'êtes pas chez vous.

LE DUC

Au contraire, ma belle, nous nous en souvenons. A combien la fiche, monsieur le chevalier ?

LE CHEVALIER

A un louis, pour commencer.

FLORINE

Messieurs, de gr&ce... !

LE CHEVALIER

Si tu dis un mot de plus, Florine, on te fera embrasser M. de Vaudoré, qui est aujourd'hui dans un de ses beaux jours de laideur.

Je VOUS cède la place, et vais informer ma maltresse de ce qui se passe.

LE DUC

Ce serait vraiment un meurtre d§ laisser prendre à une aussi jolie fille que Célinde des habitudes sauvages

et gothiques; maintenons-la malgré elle dans la bonne route, et ne lui laissons pas perdre les traditions de la belle vie élégante.

LE CHEVALIER

La voici elle-même; notre obstination a produit son effet.

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