CONCLUSIONS
La peinture à l'encaustique garantit au peintre la durée de son œuvre; elle lui offre aussi des commodités de travail, une économie de temps et de couleurs :
nous verrons, plus loin, par quels procédés. L'encauste peut, à son gré, au gré même d'une imagination fantaisiste et capricieuse, gratter, enlever, ajouter, changer sans cesse, brûler sa couleur, fixer une touche ici ou là, surajouter même.
sans qu'il ait à redouter le désaccorde ment des tons, sans qu'il ait à craindre une fâcheuse réapparition de détails sup primés, comme cela s'est produit pour la Cène du Titien, pour le Triomphe d'Homère de Ingres, où une colonne et un casque ont repoussé dans les ciels de ces deux tableaux.
L'encaustique supprime les embus qui gâtent l'harmonie d'un tableau et empêchent le peintre de juger son œuvre.
Les couleurs sèchent instantanément et n'ont aucune réaction les unes sur les autres. La cire, la paraffine, le copal, qui servent de véhicule à la couleur, protègent cette dernière contre les vapeurs hydrosulfureuses de l'air et empêchent, par suite, l'oxydation des tons les plus délicats. C'est ainsi que l'encauste pourra employer en toute sécurité, le vert-de-gris, l'orpiment, le carmin de cochenille, le vermillon, les laques, le vert Véronèse, le bleu de Prusse, les chromes, le blanc de plomb, etc.,
toutes les couleurs, en un mot, qui sont l'effroi du peintre à l'huile.
La cire et la paraffine sont deux agents indestructibles que le temps ne peut altérer, si bien que cette composition forme avec la couleur, une sorte de revêtement capable de résister aux variations atmosphériques les plus intenses.
L'avantage de la peinture à l'encaustique se révèle encore dans les études en plein air. La pochade, faite dans ces conditions, est à la merci des insectes, des poussières, des frottements involontaires, des chutes sur le sable ou sur l'herbe humide. L'encaustique, une fois fixée sur la toile, se sèche instantanément et défie tous ces petits accidents qui ne sont pas les moindres ennuis du peintre en voyage. Cette qualité,, dont on ne peut nier l'importance, évité au peintre ces retards, cette attente que la peinture à l'huile lui impose. Au bout d'une heure de travail, il faut abandonner le tableau ou la partie
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commencée pour attendre que le tout soit sec. L'encauste Unit son ébauche comme il lui plaît, en une séance s'il le veut.
L'encaustique peut s'appliquer sur la toile, sur le papier, sur le bois, sur le carton, sur le verre, la pierre, le plâtre, etc. Elle s'impose pour les peintures murales extérieures, étant indifférente aux influences atmosphériques, résistant au froid et au chaud, à l'humidité comme à la sécheresse.
Par la facilité qu'elle présente pour le raccordement des tons, elle doit être préférée à la peinture à l'huile pour la restauration des tableaux.
Enfin la peinture à l'encaustique supprime l'usage du vernis, grâce à sa fixité absolue. Elle est en outre économique, les couleurs placées sur la palette pouvant être utilisées jusqu'à la fin.
Ajoutons qu'elle ne doit pas être confondue avec la peinture à la cire qui est terne d'aspect et mate. La peinture à
l'encaustique possède les qualités lumi neuses de la fresque, la richesse de la détrempe, la puissance de l'huile avec des tons plus soyeux.
Pour toutes ces misons, la peinture à l'encaustique doit fixer l'attention des peintres et des amateurs, et nous aurons atteint le but que nous nous sommes proposé si nous arrivons à convaincre nos confrères de la nécessité d'abandonner les anciens procédés et d'entrer résolument % dans la voie que nous leur ouvrons.
Paris, avril 1890.