L AURORE
Modèle de reliure.
L'œUVRE DE P.-V. GALLAND.
l'ambassade de France prît en mains leurs intérêts. On était à la veille de la guerre de Crimée, et la diplomatie française était toute-puissante à Coiislantinople. Sur ses instances, certains d'entre eux furent indemnisés et rapatriés ; les autres obtinrent, comme compensation, des emplois irrégulièrement rétribués, mais qui, malgré cela, leur permettaient de vivre, Parvillée, sous prétexte qu'il avait travaillé quelque temps chez un bronzier, avait été gratifié d'un grade élevé dans l'artillerie. Employé à la fonderie des canons, avec un titre mal défini, on l'obligeait, il est vrai, à rester
du matin au soir attaché à un grand sabre; mais sa place lui laissait de nombreux et fructueux loisirs. C'est ainsi qu'il put, dans ses longues promenades sur les rives du Bosphore, recueillir dans les ruines des palais abandonnés ces magnifiques carrelages persans, dont la possession devait le conduire à devenir par la suite un de nos céramistes les plus distingués. Il y releva aussi ces notes et ces croquis, grâce auxquels il lui fut permis de publier, à son retour en France, son bel ouvrage sur VArchileclurç et la décoration turques au av" siècle.
A sa rentrée à Paris, Galland put s'apercevoir (jue le temps passé sur les rives du Bosphore n'avait pas été complètement perdu pour lui. Le soin qu'il avait pris d'envoyer des maquettes de ses projets à Labrouste, h Cicéri et à Séchan, et de leur demander des conseils, les avait enchantés et leur avait donné la meilleure impression de son talent et de son goût. En ces années troublées, où les émotions de la rue leur avaient causé des loisirs forcés, ils s'étaient plu à parler, dans leur entourage, de l'heureux artiste qui, dans le plus beau pays du monde, au seuil de l'Orient éternellement ensoleillé, décorait un palais magnifique, dont on aimait à se représenter les façades féeriques de marbre blanc. Aussi, à son retour, Séchan fut-il un des premiers <'i réclamer sa collaboration, et, grâce à lui, Galland obtint de peindre à Saint-Eustache les tympans de neuf chapelles et de travailler à un ensemble de panneaux, de dessus de porte et de plafonds, dont son ami avait reçu la commande pour Baden-Baden.
Somme toute, notre artiste était rentré en France au bon moment.
Jusque-là, les Arts Décoratifs avaient été dans un singulier « marasme ». Le
coup d'État du 2 décembre, et la déportation en masse qui en fut la conséquence,
avaient dépeuplé un grand nombre d'ateliers. Peut-être, si Galland fût resté à
Paris, son caractère généreux l'eùt-il entraîné à quelque dangereuse imprudence.
ETUDE A LA SANGUINE Pour le tableau des Trois Grâces.