‹ La peinture décorative au XIXe siècleChapitre 51 sur 70 · INSPECTION IMPOSSIBLE. — RETRAITE MOTIVÉE · texte numérisé non relu

INSPECTION IMPOSSIBLE. — RETRAITE MOTIVÉE

E qui achève de bien déterminer la nature et le caractère des obstacles auxquels devait se heurter fatalement ce qu'on pourrait appeler l'apostolat de Galland, et de démontrer clairement que ces obstacles tenaient à des causes variées et multiples, c'est ce qui se produisit aux Gobelins, où cependant noire grand artiste n'eut, dans les premiers temps au moins, aucune mauvaise volonté à redouter, aucune opposition systématique à vaincre.

Nous avons constaté plus haut qu'il fallait rendre cette justice au Ministère de l'Instruction publique, et à la Direction des Beaux-Arts qu'appréciant à sa juste valeur le mérite d'un maître si convaincu et si bien inspiré, ils n'avaient point fait les choses à demi. Non seulement Galland avait été pourvu d'un cours et d'un atelier à l'École de la rue Bonaparte, mais il avait été nommé membre du Conseil supérieur des Beaux-Aris, membre du Conseil de perfectionnement des Manufactures nationales de Sèvres, de Beauvais et des Gobelins, et, le 19 mars 1877, directeur des Travaux d'art dans cette dernière Manufacture.

Ce dernier titre conférait à Galland la haute main, au point de vue artistique, sur le tissage et la fabrication, fonction h la fois complexe et délicate. Le nouveau directeur était chargé notamment de surveiller le travail des artistes tapissiers et de s'assurer que, dans la traduction des cartons confiés à leur talent, ils ne trahissaient pas les intentions des peintres, dont ils étaient appelés à reproduire les ouvrages.

M. Guillaume s'empressait de rassurer M, Lefuel et de lui promettre que les concours seraient institués de façon à sauvegarder tous les intérêts. L'accord semblait donc parfait et le ministre « se félicitait vivement de l'accueil favorable fait par le Conseil au projet, dont le Directeur venait d'exposer les termes avec tant d'élévation, et dont l'opportunité se trouvait démontrée h ses propres yeux par la décadence des Arts Décoratifs ». Après cela, comment supposer qu'une décision si goûtée, si unanimement adoptée, échouerait misérablement ?

Mallieureusement, les ministres passent; les membres du Conseil supérieur se renouvellent; seuls les professeurs nommés à vie demeurent, et, dans l'enseignement ccmime dan^ le reste, le dernier mot appartient à ceux qui ne s'en vont pas.

Galiand l'apprit à ses dépens. Découragé par ces résistances qu'il sentait ne pouvoir vaincre, il offiit de nouveau sa démission, elle fut une seconde fois refusée. Plus tard, pour lui donner une sorte de compensation, un arrêté rattacha son cours à y Emeiijnemenl simultané des trois arts, mais sans qu'il obtînt les autres satisfactions qu'il réclamait et, par conséquent, sans que le nombre de ses élèves s'accrût beaucoup. Du reste, avec les années, il avait pris, en apparence au moins, son parti de cet abandon. Il continua jusqu'à son dernier jour de faire, pour quelques disciples fidèles, ce cours dont les conséquences, s'il eût été plus suivi, auraient pu être si fécondes. Le matin même de sa mort, le Directeur de l'École l'ayant informé qu'on lui réservait, dans l'hôtel de Chimay, un nouvel atelier, mieux installé et plus confortable que celui où il avait professé jusque-là, recevait une lettre de lui, renfermant ces mots : « Tout est pour le mieux ! » Il faut avouer qu'on ne pouvait guère se montrer plus optimiste.

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