IT
La première exposition s'ouvrit le 9 avril 1 667 .
Cependant il arriva que, contrairement aux dispositions des statuts, les expositions furent bisannuelles. La seconde eut lieu du 20 mars au 30 avril 1669; la troisième fut ouverte le 20 avril 1 671 ; la quatrième du 1 4 août au 1 5 septembre 1673, afin qu'elle concordât avec la solennité de la fête du roi ; la cinquième en 1675.
Ce fut à l'exposition de 1 673, la première dont on ait dressé le catalogue, que Lebrun fit connaître les Batailles (T Alexandre. Cinquante-six académiciens y figurèrent ; quarante-six s'abstinrent d'y prendre part. .
Depuis 1667 les exhibitions se tenaient en plein air, les tableaux étant simplement accrochés sur un grand mur sans fenêtres d'une cour du Palais-Royal, ou plutôt du palais Brion, où l'Académie tenait ses assises. Le palais Brion, qui d'ailleurs faisait partie du Palais-Koyal, avait son entrée principale du côté de la rue Kichelieu ; il était situé sur l'emplacement du Théâtre-Fran-
çais. L'Académie des beaux-arts y fut logée depuis le mois de septembre 1 661 jusqu'au 2 février 1692. Elle occupait la galerie construite pour recevoir la bibliothèque du cardinal-duc.
Nous ne voyons la sixième exposition qu'en 1681, — ouverte le 14 août, — la septième en 1683 ; — ^l'ouverture en fut reculée jusqu'au mois de septembre, à ause de la mort de la reine; — puis, la huitième, pour la première fois dans la grande galerie -du Louvre, du 20 août au 16 septembre 1699. On y comptait trois cent six morceaux de peinture, de sculpture et de gravure. Florent Le Comte publia une critique de ce Salon dans le Cabinet des singularités.
Il y eut encore deux expositions sous Louis XIV, Tune en 1704, l'autre en 1706.
Celle-ci ne dura qu'un jour, le. 25 avril.
On relève, pendant le règne de Louis XV, vingt-six expositions, dont la première en date est celle de 1725, et la plus considérable celle de 1771 . Elle fournit cinq cent trente-deux articles
au livret. A partir de 1 737 , les expositions furent annuelles, mais seulement jusqu'en 1748. Elles redevinrent alors bisannuelles.
C'est en 1746 qu'un jury d'examen, formé de membres de l'Académie, fonctionna pour la première fois. Ce jury se composait du directeur, de quatre recteurs, de deux adjoints à recteur, de deux conseillers, — Massé et Chardin, — de Leclerc, ancien professeur, de Vanloo, Boucher, Collin de Vermont, Oudry et Bouchardon, professeurs, de trois adjoints à professeurs et du secrétaire de l'Académie.
Un académicien était spécialement chargé de l'organisation du Salon, c*est-à-dire de régler la mise en place de tous les objets. Portail remplit douze fois de suite cette charge, dans laquelle Chardin lui succéda pour la garder pendant huit expositions consécutives. Après Chardin, les décorateurs des Salons furent Vien, Lagrenée, Amédée Vanloo, Durammeau, etc.
En y comprenant celle de 1791, on compte,
soTis Louis XVI, neuf expositions. Elles furent toutes bisannuelles.
Au moment où le jury du Salon de 1777 allait commencer ses travaux d'examen, il reçut une communication du directeur général des bâtiments, M. le comte d'Angeviller, l'invitant à apporter plus de sévérité que par le passé dans l'admission des œuvres, à veiller surtout à ce que les sculptures et les tableaux qu'il recevrait fussent de la plus exacte décence. C'est à partir de 1785 que l'on opéra, pendant la durée du Salon, des changements dans la disposition des tableaux exposés. La composition du jury fut modifiée en 1791. Cette année-là, six officiers d'Académie et autant d'académiciens tirés au sort formèrent l'aréopage chargé d'admettre ou de repousser les ouvrages présentés.
La Eépublique donna aux expositions un caractère tout nouveau. Sous la monarchie, les membres de l'Académie royale et les agréés
à l'Académie avaient seuls le droit d'envoyer
des tableaux ou des slatues au Salon du Louvre. L'Académie de Saint-Luc, qui prétendait rivaliser avec l'Académie royale, avait, de son côté, ouvert des expositions pour ses officiers et ses agréés. Mais, le 15 mars 1777, une déclaration du roi, sollicitée par Pierre, directeur de r Académie royale, supprima l'Académie de Saint- Luc, et, par suite, ses expositions qui se tenaient tantôt à rhôtel Jabach, tantôt rue Saint-Merry. Un homme actif et entreprenant^, nommé Pahin de La Blancherie, répandit alors à profusion des prospectus où il se donnait le titre à' agent général de la correspondance pour les sciences et les arts^ et, fort du patronage de Monsieur, frère du roi, du comte d'Artois, du duc d'Orléans, du prince de Condé et des ministres, il lança le premier numéro d'un journal dans lequel il publiait, entre autres choses, le programme d'une série d'expositions auxquelles devaient être admis les ouvrages des peintres, sculpteurs, graveurs qui n'étaient pas encore de l'Académie. Les expositions
du Salon de la Correspondance, ouvertes rue Saint-André-des-Arcs, eurent beaucoup de succès ; aussi firent-elles à celles de TAcadémie royale une si rude concurrence que la puissante compagnie prit à tâche de susciter des embarras à Pahin de La Blancherie. Celui-ci, après une lutte énergique, abandonna la partie, et les jeunes artistes qui n'appartenaient pas à TAcadémie furent réduits à décorer chaque année, de leurs œuvres, un reposoir élevé à cet eflFet sur la place Dauphine, le jour de Toctave de la Fête-Dieu,
A ces naïves expositions de la place Dauphine, les modèles des portraits qui garnissaient les étagères du reposoir venaient quelquefois se montrer au public.
Voici ce que Bachaumont raconte à ce sujet dans ses Mémoires :
« L'exposition des tableaux de la place Dauphine, qui a eu lieu cette année (1786) à Vordinaire de la petite Fête-Dieu, n'a offert rien de
remarquable que le spectacle d'une demi-douzaine de balcons chargés de jeunes personnes parées, les unes de leurs charmes naturels, les autres de tous les embellissements de la toilette, et c'étaient toutes les demoiselles dont les ouvrages étaient exposés, et surtout les portraits ; en sorte qu'il était facile de juger de la ressemblance en les comparant ensemble. Ce nouveau genre de coquetterie a attiré beaucoup d'amateurs, plus empressés de regarder les originaux que les copies. »
L'Académie royale ayant succombé sous les attaques de David, la Convention décréta que tous les artistes seraient indistinctelnent admis au Salon du Louvre : le chiffre des objets inscrits au livret de 1793 s'éleva tout à coup à 1,040. Toutefois cette fécondité ne devait pas se soutenir, et il n'y eut que six cent cinquante et un ouvrages exposés en 1800.
La République eut neuf expositions, qui furent annuelles à partir de 1795.
Vers Tan VI, Lebrun, célèbre marchand de tableaux, essaya de former un salon d'exposition permanente, devant servir d'annexé aux Jeux gymniques, sous le nom de Lombard des Arts.
L'établissement eût été un mont-de-piété faisant aux peintres et aux sculpteurs des prêts d'argent, sur leurs œuvres^déposées en nantissement. Ce projet rencontra des difiBicultés et des oppositions qui le firent abandonner par son auteur.
Pendant l'Empire, les expositions, redevenues bisannuelles, ofirent un accroissement sensible et régulier de productions artistiques : 1804, 701 morceaux, par 315 artistes; 1806, 707 par 360 artistes; 1808, 802 par 411 artistes; 1810, 1,170, par S34 artistes; et, 1812, 1,299 par 557 artistes. A ces cinq expositions il convient d'ajouter celle où l'on réunit, en 1810, tous les ouvrages d'art mentionnés dans le rapport du jury sur les prix décennaux.
La Eestauration ouvrit six fois, à des époques
indéterminées, le Salon du Louvre : 1814, 1,359 ouvrages; — 1817, 1,064; — 1819, 1,611 ; — 1822, 1,802; — 1824, 2,371;— et 1827, 1,834.
Le Salon de 1814 eût été beaucoup plus nombreux si les tableaux représentant les faits militaires de TEmpire eussent pu y figurer. On avait consenti, il est vrai, à les recevoir, mais à la condition que la cocarde blanche remplaçât sur tous les schakos des soldats la cocarde tricolore. Aucun des artistes ne voulut se soumettre à cette singulière exigence.
C'est en 1824 que la lithographie commença à paraître aux exhibitions artistiques.
Sous Louis-Philippe, les expositions revinrent au régime de T annualité. On en compte seize pendant cette période. En 1832, il n'y eut pas de Salon, à cause de Tinvasion du choléra. La plus abondante des exhibitions qui eurent lieu de 1831 à 1847 fut celle de 1833 :— elle comprenait 3,318 articles envoyés par 1 ,190 exposants ; —
et la moins considérable, celle de 1843: — elle n'en comptait que 1,597, envoyés par 999 artistes. — Les autres années, le nombre n'a jamais varié que de 2,120 ouvrages à 2,500.
L'exposition de 1848 donna le chiffre énorme de 5,180 objets. On sait que le Gouvernement provisoire avait décidé que tous les ouvrages présentés seraient admis sans examen.
A dater de 1849, les expositions n'eurent plus lieu au Louvre. Cette année, elle s'ouvrit aux Tuileries et présenta un ensemble de 2,586 morceaux. Le jury avait été choisi par les exposants.
Les expositions de 1850-1851 et de 1852 setinrent au Palais-Royal ; celle de 1853, dans les bâtiments et dépendances de l'ancien hôtel des Menus-Plaisirs, au faubourg Poissonnière ; celle de 1855, dans les constructions provisoires de l'avenue Montaigne; et celles de 1857, 1859 et 1 861 dans le palais de l'Industrie des Champs- Elysées.