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CORNEILLE DE VOS ET LES PORTRAITISTES

Lorsqu'on s^arrête au musée de Bruxelles, dans la "salle dite « de Rubens », devant le groupe en pied et de grandeur naturelle où Corneille de Vos s^est représenté avec sa femme et ses deux petites filles (fig. 69), on ne peut s'empêcher de se dire que celui-là aussi a été un grand artiste. Et cette haute opinion est pleinement confirmée à Anvers : le portrait d'Abraham Grapheus, le vieux messager de la corporation de Saint-Luc, dans son étrange accoutrement el sous sa pesante décoration de médailles et de plaques reluisantes, est une de ces œuvres vivantes qui, une fois vues, ne s'oublient plus (fig. 68).

Corneille De Vos (i585-i65i) est un réaliste de la famille des Frans Hais et des Velazquez ; la sincérité, chez lui, prime tout ; il voit la nature sainement, sans parti pris, et l'interprète sans formule; éloge qu'on ne peut pas toujours adresser au chef même de l'école ni à son principal disciple. Sa palette est sobre, fine dans des tons fanés, gris et argentés; les intensités de couleur lui sont inconnues. Son dessin est large, ses attitudes

tranquilles, pleines d'aisance et de naturel ; ses physionomies très individuelles et aussi expressives que celles de Van Dyck; enfin ses personnages possèdent un si puissant et si troublant aspect de vie, un si aimable caractère de franchise et d'intimité communicative qu'on se met involontairement à aimer les modèles en même temps que leur peintre.

Le portrait de famille semble, du reste, avoir été une spécialité de De Vos. Après celui de Bruxelles (fig. 69), qui est incontestablement le chef-d'œuvre de l'artiste, nous citerons : au musée de Berlin, le groupe de ses deux fillettes jouant avec des fruits et celui d'un couple assis dans un jardin; à Brunswick, une jeune femme avec deux enfants faisant des bulles de savon ^; à Munich, la famille de Hutte ;'à Pesth, le peintre Mierevelt et sa famille ; à Saint-Pétersbourg, une famille à la promenade ; à Stockholm, une société à table et jouant; à Gassel, le directeur de la maison des orphelins avec un enfant. D'autres encore sont à Anvers dans des galeries particulières, et notamment un grand tableau où l'on voit une famille composée de onze personnes, représentées à table et de grandeur naturelle 2. Quant à ses personnages isolés, on a de lui, indépendamment du Grapheus du musée d'Anvers, les portraits des archiducs Albert et Isabelle (coll. de Mérode-Westerloo , à Bruxelles) % ceux de Jean Van Roode, bourgmestre

1. Voy. la notice d'Herman Riegel, dans Beitrage :(ur niederlandischen Kilntgeschichte, 1882, t. II, p. 92.

2. Van den Branden : Geschiedenis der Antwerpsche Schilderschool, 1878-83, p. 641.

3. Voy. la gravure du portrait d'Isabelle dans Bruxelles à travers les âges, par M. L. Hymans.

CORNEILLEDEVOS. 267

l'Anvers et de sa femme (ancienne galerie Du Bus*);

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