Gh. Blanc, Ecole française, t. I, Préface, p
,y„ AUTRES KLKMENTS DE L'ÉVOLUTION
pratique du portrait le contraint au réalisme et ses tableaux d'église s'en ressentent. Le Christ expirant exécuté par Rigaud pour sa mère en 1696, par exemple', d'une âpreté puissante dans l'ensemble, est riche en détails vivants que les contemporains de Le Brun n'auraient jamais imaginés et n'auraient pas môme tolérés : au second plan, la Vierge défaille de douleur et des soldats accourus s'empressent autour d'elle ; au fond, derrière le Christ, la silhouette de Jérusalem se dessine sur un ciel de foudre. L'Elévation de croix de Largillière, — dont il nous reste la gravure par Rœttiers, à défaut de l'original, — est plus tragique encore : une foule hurlante, qu'aucun peintre n'avait osé depuis longtemps introduire dans un Crucifiement, se presse autour des bourreaux.
Mais tous les artistes qui peignent des tableaux d'église à caractère réaliste entre ibgo et 1721, ne jouent pas un rôle égal dans l'évolution de la peinture religieuse. Ainsi Louis de Silvestre et Louis (jalloche composent de 1703 à 1706 une 17e de saint Benoit (fig. n"' 20 et 21) assez vivante — longtemps attribuée à Bon Boullogne- — - sans exercer la moindre action sur leurs contemporains : ils sont trop jeunes à cette époque, et trop peu connus, pour imposer leur goût; ils suivent seulement la voie déjà tracée par les peintres de la génération précédente. Oudry n'introduit aussi dans l'art religieux un élément de réalisme nouveau, les animaux', que parce qu'il a reçu les leçons de Largillière, et ^^^atteau lui-même n'aurait peut-être jamais peint avec tant de sincérité naïve ce Christ en croix dont Caylus a dit qu'à défaut de noblesse et d'élégance « il a du moins l'expression de douleur et de souffrance qu'éprouvait le malade qui le peignait' >y, s'il n'avait pas connu les œuvres de ses devanciers.
1. Elle le donna aux Grands-Augustins de Perpignan. Il est aujourd'hui au Musée de Perpignan.
2. Nous avons étudié cette série de onze toiles dans la Clironiquc des Arts, 1904, p. ()5. Dans ce travail, nous avons écrit que dix morceaux se trouvent au Musée de Bruxelles et le onzième au Louvre. Des recherches récentes nous ont permis d'établir qu'en réalité il n'y a que neuf toiles de la série au Musée de Bruxelles, {^a Pierre exorcisée^ de même hauteur que les autres, i m. o5, mais plus haute que large, n'appartient pas au même ensemble. La toile qui complète la série se trouve au Musée de Béziers, n" 20 du Catalogue, sous le titre de Miracle de saint Benoit et le nom de Bon Boullogne. Le sujet est bien la Pierre exorcisée, et les dimensions concordent avec celles des autres morceaux. Nous n'avons pu, par contre, retrouver encore l'auteur et In destination du tableau de Bruxelles, ni savoir comment la série a été dispersée.
3. A Saint-Leu-Saint-Gilles, par exemple, où il représente une biche et un chien auprès de saint Gilles. (Piganiol, Description de Paris, t. II, p. 20.)
4. Caylus, Vie de Watteau, dans Concourt. (L'art du XVIIP siècle, t. I, p. 47-48.)
LES SUJETS DE L'ANCIEN TESTAMENT i^i
Dans les tableaux de chevalet, comme dans les compositions décoratives, l'imitation exacte des Flamands fut une étape vite parcourue : les œuvres devinrent rapidement galantes. Les sujets tirés de l'Ancien Testament et de l'Histoire sainte facilitèrent cette transformation; ils étaient aisément susceptibles d'interpré-
Cliché Biauii, Clément et C."\
FIG. 54. — liVACINTUE RIGALD. — PORTRAIT DE SA MÈRH.
(Musée du Louvre )
tations profanes, et bientôt les artistes choisirent de préférence ceux qui prêtaient aux jolis groupements de femmes, même aux allégories licencieuses. Ainsi l'aventure de Loth et de ses filles fut à la mode parce qu'elle était équivoque : on la proposa au concours de 1694, et Vleughels, le futur ami de Watteau, le petit peintre aimable des mythologies mondaines, remporta le second prix; La Fosse, Poerson l'exposèrent en 1099, Noël Coypel en 1704, Jacques