FIG. 72. — CBAUDE GILLOT. — PERSONNAGES DE THÉÂTRE
(Musée du Louvre. Dessins.)
sculpteur Pierre Legros (1672- 1745), admis à l'Académie en 1725 sur les portraits de Coustou et de Halle, et c'est Louis-René de Vialy qui « a peint les portraits de dom Philippe, infant d'Espagne, et, en 1 710, Louis XV (?), la princesse d'Armagnac en Vestale, la maison de Saint-Pierre et le grand prieur d'Orléans ». D'Argenville cite encore, faute de mieux, de pauvres copistes qui travaillaient, sans doute à la
I. Ch. Ponsonailhe, Les deux Ranc. (Réiiii. des Soc. des Beaux-Arts des dep., 1891, p. 192.)
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journée, dans l'atelier du maître : Prieur, Bayeul, de Launay, Descourt'. A la mort de Ranc, en 1735, Rigaud n'a plus un élève à qui confier le poste de premier peintre du roi d'Espagne, et il est contraint de l'offrir à Louis-Michel Van Loo qui n'a jamais subi son inlluence^. A cette époque il est complètement isolé dans l'Ecole : les portraitistes du xviir' siècle ne travaillent pas seulement en dehors de lui, mais presque contre lui : au contraire, jusqu'à la réaction davidienne, ils relèvent tous de Largillière.
Si la destinée des deux rivaux est si dissemblable, c'est que leur éducation et leur tempérament sont très différents^ Rigaud n'a connu Van Dvck qu'après avoir subi une sévère instruction académique; Largillière vit ses premières années à Anvers et ignore l'École à l'âge de la formation artistique : tous les peintres flamands, Van Dyck surtout, dont il a vu tant d'œuvres en Angleterre et dont l'élève Pierre Lely est son maître, le préparent merveilleusement à charmer un temps qui, fatigué d'un art trop austère, aspire avant tout à la liberté et à la fantaisie. Une discipline inflexible domine la vie de Rigaud; Largillière ne s'embarrasse jamais de principes. Du vivant de Le Brun, il a sagement atténué l'éclat de sa palette flamande ; plus tard la mode est à la couleur, il suit la mode. Mariette note déjà son extrême souplesse : « Jamais peintre n'a été plus universel que M. de Largillière. 11 a donné des preuves de son habi-
1. D'Argenville, édit. de 17Ô2, t. IV, p. 323. 11 faut, pour être tout à fait complet, joindre à ces noms celui de Nicolas Desportes, le neveu de Desportes qui, en même temps que chez son oncle, travailla chez Rigaud, vieux déjà. Il ne tira profit que de l'enseignement du premier de ces maîtres.
2. Un seul portraitiste contemporain qui n'est pas élève de Rigaud travaille un peu dans sa manière. C'est Robert Tournières. le beau-père de François Le Moyne. Il peint des portraits sévères, dignes, moins redondants peut-être que ceux de Rigaud, mais aussi moins vigoureux. En province, il faut noter l'action de Rigaud sur des artistes tels que Gabriel Revel, par exemple, dont nous reproduisons ici une œuvre conservée au Musée de Dijon (fig. n" bq). A l'étranger, l'influence de Rigaud est relativement plus considérable qu'en France. Plusieurs artistes s'inspirent des portraits peints par le maître pour les difierentes cours d'Europe et restent, au xviii'' siècle, fidèles à sa manière. Pour n'en donner qu'un exemple, le peintre Johann Georg Ziesenis (1716-1777), de l'école danoise allemande, s'inspire fortement de ses œuvres comme en témoignent ses portraits du stathouder Guillaume V et de sa femme, la princesse Frédérique-Sophie-Wilhelmine, au Musée de La Haye.
3. On a institué, sur la question de savoir quel était le plus grand des deux peintres, des discussions parfaitement stériles, parce qu'elles sont tout à fait subjectives. La formule dans laquelle Charles Blanc croit résumer définitivement la comparaison des deux artistes le montre bien : « ...L'on peut dire que Largillière est le Van der Helst de la France, alors que Rigaud n'en est pas tout à fait le Van Dyck. » {Histoire des peintres de toutes les Écoles : École française^ t. I, Biographie de Largillière^ p. 8.)
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leté dans tous les genres de peinture />'. Vers la fin de sa carrière, au temps de sa plus grande réputation, Rigaud reçoit un jour la visite d'un étranger qui lui demande le portrait de son père peint depuis quarante ans et qui n'a jamais été réclamé. L'artiste retrouve la toile, et comme l'inconnu veut la payer, il regarde au dos l'année de l'exécution qu'il avait coutume d'inscrire et demande 50 ^ : l'œuvre était du temps oia il se contentait de ces petits prix -. Largillière n'aurait pas montré ce désintéressement; il aime l'argent avant tout et se consacre au portrait par intérêt plus que par vocation. ^f. Son plus grand travail, écrit Mariette, a toujours été le portrait comme le plus utile \ » 11 dédaigne les modèles officiels parce qu'ils payent mal : il eut, dit d'Argenville, << peu de liaison avec la Gourde France auprès de laquelle il n'a jamais fait aucune démarche. Il aimoit mieux, à ce qu'il m'a dit plusieurs fois, travailler pour le public ; les soins en étaient moins grands et le payement plus prompt^ ». Aux nobles même il préfère les magistrats, les officiers municipaux, les gouverneurs de villes. A la seule exposition de 1704, il envoie les portraits de .)/. du Porc, auditeur des Comptes, de M. Aiibry, lieutenant général de Touraine, de M. de La Martellière, maître des requêtes, de M. de Mitantier, ancien greffier en chef de l'Hôtel de Ville, de M. Stoup, lieutenant général, de Monsieur le lieutenant criminel et de M. Delpeche, avocat à la Cour des Aides. Par les chefs de la noblesse de robe et les magistrats municipaux il gagne la haute bourgeoisie, 011 la réputation s'établit vite et où les prix se maintiennent bien.
Largillière diffère déjà de Rigaud dans ses portraits d'hommes. Il corrige par une souplesse de composition et d'exécution très