Abecedario^ t. III, p
2. D'ArgenviUe, t. IV, p. 200. Au contraire, d'ArgenviUe, qui avait connu Largillière et Rigaud, dit que Rigaud « pouvait être nommé le peintre de la nature; il ne peignait rien que d'après elle..., étoffes, habillements, jusqu'à une épée, un livre, tout était devant ses yeux, et la vérité brillait dans tout ce qu'il faisait ».
3. Bien qu'il inspire tout le wiu'' siècle, Largillière forme encore moins d'élèves que Rigaud. Son meilleur disciple, Oudry, peindra surtout les paysages et les animaux. Jacques Van Schuppen, le plus connu des portraitistes qui suivent ses leçons, ne doit sa petite réputation qu'à ses qualités d'administrateur; Mariette, qui l'a connu en Autriche, le juge très sévèrement : c'est, dit-il, un esprit lourd, un piètre dessinateur qui
o58 LE PORTRAIT .M YIIIOLOGIQUE
transformer en déesse. A la fin du xvir siècle, en loSS, La Bruyère s'était élevé contre ces déguisements. <sc Les mêmes modes que les hommes suivent si volontiers, dit-il, ils affectent de les négliger dans leurs portraits... Ils leur préfèrent une parure arbitraire, une draperie indifférente... Ils aiment des attitudes forcées ou immodestes... qui font une Diane d'une femme de ville, comme d'une femme simple et timide une Amazone, une Pallas, uneLaïsd une honnête fille... *»; plus tard, La Font de Saint-Yenne protestera également contre l'abus des travestissements"- : mais de 1700 à 1730, il n'y a pas un amateur, pas un critique pour le combattre. De Piles, pour l'expliquer, nous dit que les modes étant fort sujettes ci changer en France, les habits modernes deviennent ridicules après six ans, tandis que les ajustements de fantaisie durent toujours'. Les variations du goût contrarient en effet les peintres (on citait récemment des portraits de Frans Hais, de Quesnel, une gravure d'Abraham Bosse, surchargés de repentirs imposés par la mode^), mais il n'est pas utile d'invoquer ce motif pour expliquer le succès du portrait mythologique au début du xviir siècle : les peintres pillent l'Olympe parce qu'ils y trouvent des prétextes à fantaisies, à licences, à flatteries. Mais ils oublient trop souvent que leur premier devoir est de faire ressembler, et leurs modèles ne le leur rappellent jamais. « L'amour propre..., dit La Font de Saint-Yenne, a eu l'art de présenter auxyeux, et surtout à ceux des dames, des miroirs d'elles-mêmes d'autant plus enchanteurs qu'ils sont moins vrais... En effet, quel spectacle est comparable pour une beauté réelle ou imaginaire, à celui de se voir éternelle-
ne dépasse jamais une pénible ressemblance matérielle (Abecedurio, t. VI, p. 8). Jean Delyens, le chevalier Descombes, Meusnier le fils, Jansle tapissier, et Millot qui complètent l'atelier du maître (d'Argenville, 1762, t. IV, p. 2o3) sont des artistes médiocres ou complètement nuls. Tous les jeunes gens aspirent encore au titre d'historien et suivent les leçons de Coypel ou des BouUogne. Le portrait est toujours un pis-aller auquel on se résigne tard, contraint par le besoin. Jean-Marc Nattier lui-même veut d'abord se consacrera la peinture d'histoire (« Son goût naturel le portait à suivre le genre de l'histoire » écrit Mme Tocqué sa fille, Mthn. ined.. t. II, p. 354) • vers 1718- 1720, il est surtout connu par la Bataille de Pullawa, peinte pour Pierre le Grand, par la Pétrification de Phinée et de ses compagnons (son morceau de réception). II faut la débâcle du Système, les soins d'un lourd procès, la charge d'une femme pauvre pour le déterminer à suivre le genre du portrait (Mém. incd,, t. II, p. 354 ^ 356).