JEAN RAOUX ET LE PORTRAIT MYTHOLOGIQUE
ment avec les grâces et la coupe d'Hébé,... d'étaler tous les jours sous l'habit de Flore les charmes naissants du Printemps... ou bien, parée des attributs de la déesse des forêts, un carquois sur le dos, ses cheveux agités avec grâce, un trait à la main, comment ne pas se croire la rivale de ce dieu charmant qui blesse tous les cœurs ^ >/ Le meilleur portraitiste est donc celui qui représente le plus agréablement une Hébé, une Diane, ou une Flore. Nattier excellera à cet exercice : c'est le grand secret de son triomphe; mais sa carrière ne commence réellement qu'après la mort de Watleau. Pour toute la génération qui le précède, dont Jean Raoux est le meilleur représentant, le portrait n'est déjà plus qu'un tableau de genre.
L'accessoire tient une telle place dans les œuvres de Raoux que d'Argenville, qui les étudie, n'en loue ni l'expression, ni la ressemblance, ni la vie, mais les fonds et « les belles Heurs qui y sont répandues comme d'agréables digressions'- >/. Raoux aimait les figures historiées, ajoute le biographe, au point ''. qu'il n'aurait pas peint un portrait en buste, quelque somme qu'on lui en eût offert ». Il a représenté beaucoup de filles d'Opéra, Mademoiselle Joiirnet en Diane d'Iphip:énie, Mademoiselle Qnlnaut en Amphitrite traînée par des chepaux, Mademoiselle Prévost en bacchante, Mademoiselle Sj'lria en Thalie... Dans les figures de théâtre il pouvait sans inconvénient donner aux détails décoratifs une place prépondérante, comme Largillière dans le portrait de la Duclos; mais il n'aurait pas dû généraliser cette pratique'. Quanta ses contemporains, ils peignent des œuvres d'autant plus médiocres que leur imagination et leur science sont presque toujours très indigentes : ils ne connaissent qu'un petit nombre de divinités ou de personnages antiques, et ils les reprennent sans cesse, et ils les adaptent à tous les modèles\ Leurs compositions sont parfois agréables, mais souvent monotones. Le métier tient tant de place dans leur facture quon identifie difficilement leurs tableaux non signés sur de simples similitudes de manières:
1. La Font de Saint-Yenne. Rc/le.vions sur quelques causes de letat présent de la jpeinture en France, p. 211.