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La peinture romantique

Nous nous proposons d'étudier la révolution picturale qui s'est accomplie, en France, sous la Restauration. Cette révolulion a été dirigée contre David et son école par des maîtres dont les plus illustres sont Géricault, Ingres et Delacroix. Elle a eu pour objet de délivrer l'art de formules surannées et comme résultat de substituera une discipline impersonnelle le règne de l'individualisme.

Parmi les esthétiques nouvelles dont elle a provoqué l'éclosion, il en est, comme le Réalisme, qu'elle a d'abord insuffisamment formulées, il en est une autre : le Romantisme, à qui elle a donné, de suite, une pleine signification.

Le Romantisme domine la période de quinze années sur laquelle va se porter notre attention. Nous essayerons de le relever du dédain injustifié dont il a souvent été l'objet et d'en montrer les vérités et la grandeur. Nous nous attacherons à prouver qu'il n'a pas été le fruit passager d'une excitation éphémère, mais (ju'il exprime, au contraire, une façon éternelle et, dans une mesure très large, légitime, de comprendre l'art.

La peinture est, aux y.eux de certains artistes, une science qui s'adresse à travers les sens à la raison; pour d'autres, elle est un art qui p? le au sentiment par des émotions physiques. Nous montrerons que c'est d is cette dernière doctrine que réside, à proprement parler, le Romantisme

L'histoire que nous allons raconter à notre tour n'est ni lointaine, ni ignorée. Mille monographies (1) ont consacré à des artistes isolés des notices pleines de faits ou riches en idées arlisti([ues; des tableaux d'ensemble en ont même été tentés, soit en France, soit à l'étranger. Les ouvrages de MNL Chesneau, André Michel ou Arsène Alexandre, ceux de Meyer ou de Richard Mutlier (2) ont jeté sur les révolutions de l'art de notre siècle de vives clartés.

(I) L'indication l)ilj|inoraphique des principales dVnlrc elles sera donnée au cours de l'ouvraçe. (i) Voir la bibliographie sommaire ncuérale à la fin de celte introduction.

11 uo nous a pas seniblr, rppciulant, (juc ii()lr(> cnlroprisc IVil imililc. Maigre'' lant de belles pages et de délicales analyses, il s'en faut (|ue l'on ail pénétré entièrement les secrets de l'esthétique des peintres du début de notre âge et le mot de « romantisme » même est demeuré jusqu'à cej(mr un objet de controverse. Les amateurs, les historiens de l'art, les mieux informés, les plus curieux, définissent-ils de la même façon, le génie d'Ingres ou de Delacroix, s'accordentils sur la valeur des oeuvres et sur le mérite des idées?

Nous ne prélendons pas faire cesser cette incertitude. Mais, par l'examen d'une période à la fois très féconde el très courte, nous avons essayé de discerner les actions ([ui se sont exercées sur nos peintres, les affinités qui les ont groupées et de presser le sens de leurs doctrines.

Remontant aux orig-ines, nous nous sommes appli([ué à dénn''"ler les racines lointaines de la r(''vo]nlion artisli(|ue; connue^ noli'c champ d'investigation était restreint, nous avons, avec un respect scrupuleux de la chronologie, suivi pas à pas le développement des novateurs et nous avons formulé de consciencieuses hypothèses.

La vérité (jue nous avons recherchée n'est pas celle ((ui {irétend embrasser tous les faits et épuiser tous les documents. En matière d'art surtout, un pareil dessein serait fastidieux et d'ailleurs inexécutable. Répandus dans les collections publiques et j)rivées de l'Europe et du globe, détruits ou perdus, les tableaux des plus grands artistes se dérobent souvent, d'une façon complète, à toutes les recherches. Il n'est pas un peintre dont on puisse se vanter de connaître, même, toutes les œuvres niaîtresses, je ne par-le ])as de l'œuvre tout entier. Souvent aussi les toiles (jue l'on veut examiner ne ^ aient pas la jx'ine d'être étudiées; les artistes secondaires (|uc l'on ])ourrait exhunu'r m» mériirni |)as de l'être. Le rôle de l'hisloi'ien de l'art n'es! pas celui d'un fossoyeur.

D'ailleurs quelle serait la limile en paieille voie. De 1817 à 1827, près de 'Miuil mille tableaux ont été exposés. D'anires, sans doute, ont été composés sans subir l'épreuve du public. Faudra-t-il chercher à les analyser tous'MjC serait une pure folie. Nous avons compris autrement notre devoir.

C'est aux héros que nous nous sommes allacli('', c'est à leurs manifestations capitales (jue nous avons demandé l'explication de leurs pensées. Nous réclamons la liberté que l'on accorde aux historiens de la littérature : à leur exemple nous avons choisi et, j)our faire connaître une époque, nous avons invo(|ué le seul témoignage de ses enfants les plus admirables.

C'est l'àuie, c'est le génie de c(^tte poignée d'artistes (pii domine la foule et qui seule agit sur la marche de l'humanité, sui' ipii s'est concentré notre examen.

Sur ce point seulement nous défendons notre méthode et nous nous livrons, sans résistance, aux autres reproches (jue Ton pourra nous faire.

On dira que nous avons mis trop ou Irop peu de philosophie eslliélique; on relèvera de l'indifférence et aussi de la passion. Nous ne nions aucun de ces défauts. Aucune vue systématique ne nous a guidés; enlraînés par un sujet complexe, notre méthode, elle aussi, a peut-être manqué de simplicité.

Le rôle de l'historien de l'art est fort modeste: il consiste à conduire ceux qui l'écoutent devant les chefs-d'œuvre et à les inviter à regarder après les avoir rendus capables de comprendre (1). Heureux quand les explications qu'il a fournies à ses auditeurs sont justes. Seraient-elles fausses qu'il n'a pas été entièrement inutile, si, du moins, il a su inspirer autour de lui le désir de voir. Notre joie serait grande de penser que nous avons rendu plus exacte l'intelligence de quelques grands peintres français; mais, alors que nous nous serions constamment égaré, nous ne rougirons pas de ce livre et nous ne regretterons pas le travail, d'ailleurs bien dou.x, qu'il nous a coûté si nous avons, selon notre vif désir, communiqué à quelques-uns de nos lecteurs l'amour profond et sincère que nous éprouvons pour la beauté.

(Il Ou, comme le dit Delacroix (Joitrnal, i janvier 18.57) de i. contriliuer ,'i apprendre à mieux lire dans les beaux ouvrasres d.

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