‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 178 sur 391 · LES LANCES · texte numérisé non relu

LES LANCES

piquet de lances qui a donné son nom à l’œuvre. Comme galerie de por- Iraits, Leganès, Anlialt, Médina, il n’y a rien de supérieur à cette page militaire. Comme clarté d’exposition et facilité de récit, on n'a jamais fait mieux que ce morceau de chronique Pour l’élégance du groupe central, 1 exquise dignité du sentiment et du motif, le morceau a toujours passé pour le modèle du genre : c’est le type accompli de la courtoisie espagnole.

Avec quelques nuances, c’est à peu près le même problème que Rembrandt, vers la même époque, attaquait dans la Ronde. Si l’on compare les deux œuvres, si l'on récapitule les innombrables malentendus auxquels a donné lieu celle du grand Leydois ; si l’on songe à la somme d intentions et de recherches, à l’accumulation d’effets et d’artifices qui en compromettent le sens, on sera étonné, moins encore de la réussite de Velâzquez, que de l’inimitable aisance de la réussite. Ce n est qu’au second regard qu'on aperçoit ce qu’il entre d’ « art » dans cette composition immense : art d’agencement pour équilibrer ces grandes masses, symétrie ingénieuse des deux chevaux qui bornent si pittoresquement les groupes, et rompent, comme par hasard, la monotonie de la scène ; prodigieuse arabesque de la baie de piques légendaire que traverse si ;i propos la diagonale piquante du drapeau blanc écartelé d'azur. Ajoutez à cela la solennité de l’action, sa portée nationale ; ajoutez l'immense perspective des campagnes bleuâtres, le panorama infini de polders et de plaines, avec son horizon levé très haut dans la toile, pareil à une tenture devant laquelle les choses se déroulent comme 1 « histoire » d une tapisserie chevaleresque, sous une nappe de lumière, dans une symphonie d’argent et de saphir : c’est ce qui fait des Lances, en dehors de leur signification patriotique et populaire, un des plus somptueux chefsd’œuvre décoratifs et « vénitiens ».

Et cependant, avec leur éclatante beauté, les Lances valent-elles cette bizarre, inquiétante Ronde ? Le peintre de ces trois ou quatre ouvrages serait toujours une exception dans l'école espagnole. Il en serait le plus grand el même l'unique « artiste », le seul qui ait compris son art comme « art », qui en ait fait le tour et en possède toutes les ressources. Serailil pourtant tout ce qu'il est, serait-il Velâzquez? Mais vingt ans le séparent encore de sa formule suprême, et c’est de ses portraits qu’il va la dégager.

Les portraits de Velâzquez. — On connaît son mot, à Madrid, aux Italiens qui lui reprochaient de ne savoir peindre que des tètes. « C’est

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