‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 22 sur 391 · CARACTERE L) E CARAVAGE · texte numérisé non relu

CARACTERE L) E CARAVAGE

Porto Ercole, en pleine canicule. Et il meurt là, seul, à midi, au grand

Cliché Ali lia ri.

Caravage. — La mort de ia Vierge. (Musée du Louvre.)

soleil, s ur le sable torride et plat, d’une mort de bandit II avait quarante ans.

LE NATURALISME DE CARAVACE

Les idées et les oeuvres. — « Cet homme, s’écriait Poussin, est venu détruire la peinture! » Il ne l’a point détruite, il l’a bouleversée. C'est le premier des réfractaires et des autodidactes modernes. Ce barbare, et c’est son génie, comprit que la matière de l’art avait besoin d’être renouvelée. Il y jeta son expérience courte et brutale de la vie.

Il débuta par la nature morte (comme depuis Rembrandt, Yélazquez et Chardin), et s'y fit, à défaut de toute culture intellectuelle, une éducation supérieure de l’œil et de la main. Mais son rôle essentiel, c’est le développement qu’il imprima au « genre ». Déjà les Vénitiens en avaient donné les modèles. Qu’il soit de Giorgione ou de Titien, le Concert du Pitti est à cet, égard la plus précoce des œuvres modernes. Quant aux ouvrages flamands ( Changeurs , Peseurs d'or à la Quentin Metzys), Caravage les ignora, et il les eût trouvés affreusement bourgeois. Sa vraie invention (mais au fait, c’est sa vie elle-même), c’est d’avoir vu que s'il existe une poésie du réel, elle se trouve plutôt chez les irréguliers, les déclassés et, les bohèmes. Il a découvert le charme de la canaille. Caravage est un romantique, un byronien avant la lettre. Il y a pour lui, dans le fait de vivre en contrebande, une certaine beauté sauvage et une manière de noblesse. La seule carrière possible dans les mœurs policées, pour un homme qui a l'étoffe d'un héros de roman, est peut-être celle d'aventurier. Amadis devient picaro. La chevalerie dégénère et finit par le chevalier d’industrie. Ce sont de vivants détritus, d’épopée qui composent la pègre des vagabonds et des liions. Tout ce qui couche dans les taudis ou à la belle étoile, le peuple des tavernes et des cabarets borgnes, les escrocs biseautant les cartes, l’aigrefin débinant le truc à son compère, la grisette lasse de sa nuit et dormant le jour sur sa chaise ou grattant d'un air d’ennui les cordes de sa mandoline; les concerts d’élégants chez quelque courtisane; le damoiseau qui tend sa paume dégantée à une Sibylle camuse, à la peau de basane ; la rixe où l’on voit soudain rouge, où les stylets se tirent, où le meurtre écarlate sort brusquement du fond des verres : tels sont les sujets, les modèles de Caravage. Il contribua ainsi à changer la notion elle-même du beau. A 1 ancienne beauté classique, abstraite et sculpturale, tirée surtout de Michel-Ange et des marbres antiques, il en substitua une nouvelle, plus libre, plus capricieuse et plus proprement « pittoresque ». Il comprit i éloquence de la forme imparfaite, l’esthétique de la loque, du tesson ébréché, du manteau en guenilles, du soulier éeulé, décousu ou crevé. Il

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