‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 220 sur 391 · LA SÉRÉNITÉ 1)E POUSSIN · texte numérisé non relu

LA SÉRÉNITÉ 1)E POUSSIN

bouleau, et dont l’auteur du Doux pays nous a rappris de nos jours la secrète suavité.

La beauté de ces œuvres est faite d’abandon au rythme de la nature. Poussin, c’est par là qu'il faut Unir, est un paysagiste souverain. Chacun de ses tableaux (je parle des derniers, ceux qui n’illustrent rien, cessent d’être des « images » et ne sont plus que des poèmes), est conçu comme une symphonie. Chaque figure n'est qu'une variation mélodique, une voix posée sur le thème sourdement exprimé par 1 orchestre des choses. Et une mélancolie profonde s’exhale de ces peintures. Mélancolie de ce qui n est plus et ne sera plus jamais, tristesse de l’être éphémère foulant un sol fait de tombeaux, regret de la vie qui s’écoule, d’ « être venu trop tard dans un monde trop vieux » et où l’on ne goûte plus la vraie douceur de vivre : qui dira ce qui fait des Bergers d’Arcadie, sous sa forme discrète, la plus éloquente des élégies ?

Et dans ce sentiment enfin. Poussin trouve une raison de calme et de sérénité. Dans le contact avec les choses, dans la contemplation des formes éternelles, dans l'immuable sourire de l’horizon romain, il reconnaît une discipline. Tout, dans ces lignes sublimes, écarte la frivolité et conseille à 1 homme de s’unir aux lins universelles. Nulle part la caractère de lois n'est inscrit en signes plus certains et plus majestueux. Aucun paysage ne donne l’impression plus vive d'une cristallisation morale, d’un ordre, d un cosmos. Par une intelligence profonde de la nature, l’artiste arrive à une éthique. Constable observe que ses paysages dégagent une émotion religieuse : c'est en effet une religion, celle d’Epicure et de Lucrèce, aussi éloignée que possible de la manière franciscaine, mais qui enseigne un noble accord intellectuel avec la volonté des choses, la calme soumission aux intentions du monde, la paix de l’âme, l’eurythmie.

« Les choses, dit Taine, sont divines : voilà pourquoi il faut concevoir des dieux pour exprimer les choses ; chaque paysage a le sien, sombre ou serein, mais toujours grand. » Poussin déjà l’avait compris. Seul peut-être de tous les artistes qui se sont servis de la fable avant les découvertes de la critique moderne, il eut l’intuition vraie du paganisme et du genre de réalités permanentes qu’il exprime. Seul il vit dans l’Olympe, au lieu d’un dictionnaire de périphrases ou d’une imagerie sensuelle, la ligure et l’émanation de la vie universelle. Personne depuis Virgile n’avait cueilli le rameau d’or, ni entendu l’oracle de la terre romaine. Il fallut ce penseur profond et solitaire pour nous rendre le sens des

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