LES COMEDIENS DE WATTEAU
tilhoimne que Rubens ou van Dyck ? Qu’on imagine donc un van Dyck aminci, aiguisé, amaigri encore par cet affinement qui est propre aux fins de races ; une sensibilité plus vive et frémissante, une nervosité plus rare, par là-dessus la vie de Paris, le théâtre, le Luxembourg, le séjour chez Crozat, c’est-à-dire l'équivalent d'un voyage à Venise, l'étude de Titien, des 13 as sans et de Campagnola : ajoutez à ce tour de l’imagination, les curiosités d’un llàneur, d’un badaud, d’un observateur, également épris de l'art et de la vie, ayant le goût du rêve et celui du réel, maladif enfin, dégoûté, habile à transformer les faits et à s’en composer un petit monde imaginaire : voilà les éléments de la charmante féerie que pendant une dizaine d'années va dérouler Watteau.
Il n'est pas très facile d'en suivre les étapes, ni d'indiquer toujours avec sécurité l’ordre de ses tableaux. Quand on voit les premiers, comme le Contrat de mariage (Galerie d’Arenberg) ou le Cortège de noce Potsdam , timides, attentifs et figés, on ne reconnaît guère Watteau parmi tant de sécheresses. Nous sommes en 1112. Comment, en moins •le cinq ans, ce peintre minutieux, appliqué et un peu rustique, sera-t-il devenu le lyrique enflammé de X Embarque ment pour Cythère ? On demeure stupéfait de cette rapidité. Watteau n’a pas le temps de soigner ses transitions : son œuvre a été bousculée, talonnée par la vie.
OE livre toute spontanée, éclose sans programme. A oit-il chez Crozat un beau choix des grands Vénitiens? Pour un temps, il ne rêve que nudités divines et beautés immortelles. Mais Watteau n’en reste pas longtemps à cet art d’anthologie; il est trop moderne pour cela, trop nerveux, trop directement impressionné par la vie. Gillot l’avait mené au théâtre. L’artiste qui, tout petit, s’arrêtait ébahi devant le tréteau des charlatans, se passionna tout de suite pour ce monde brillant et faux. Ce peuple d’oripeaux et de clinquant, avec ses emplois éternels, le Jaloux, la Coquette, la Duègne, le Pédant, n’est-il pas, tout compte fait, le personnel complet de la comédie humaine? Ne contient-il pas la farce comme la tragédie, le rire aussi bien que les larmes? Et le vieux chariot de Thespis, avec sa friperie, ses masques, ses hémistiches, ne promènet-il pas sous nos veux le visage infini de nos illusions?
Voici les Italiens, et voici les Français : ceux-ci spirituels, minaudiers, bien appris ; ceux-là gesticulants, fredonnants, bourdonnants, avec des ronronnements funambulesques de mandolines, Scaramouche et Scapin, Arlequin et sa mosaïque, Trivelin, Mezzetin, Tartaglia et Golombine, dans la turbulence nocturne de quelque imbroglio. Et, comme dit Arle-