‹ La peinture, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 26 sur 391 · LES ÉLÈVES DE CARAVAGE · texte numérisé non relu

LES ÉLÈVES DE CARAVAGE

et chaussé de bas rouges, entre les maîtresses œuvres de Tintoret et de Titien.

Enfin, le clair-obscur même de Caravage est encore loin d’être un instrument parfait. Il manque d’intimité. Il reste à le perfectionner, à lui donner plus de transparence et de perméabilité, à en faire un fluide plus délicat et plus subtil, plus propre à exprimer, par la souplesse des ondes obscures, les lyriques émotions que lame reçoit des choses: ce sera surtout l’œuvre des grandes écoles du Nord. Il n’en est pas moins vrai que peu d'hommes ont eu dans leur art plus d’importance que Caravage. Cette importance est double. 11 a, si Ton peut dire, démocratisé la peinture ; il Ta débarrassée de beaucoup de dédains; il y a fait entrer plus de réalités que personne avant lui. Secondement, et corollairement, par l’emploi tout nouveau des lumières étroites et des grandes masses d’ombre, il offre à la peinture moderne, de moins en moins décorative, l’élément propre de son langage : le moyen de donner aux objets du monde sensible la saillie et la vie.

L'influence de Caravage. Salvatûr. Luca Giorrano. — Caravage, de son vivant, fut terriblement attaqué. A cause de son imitation « simiesque » de la nature, Annibal Carraclie le caricature sous les traits d’un homme velu, flanqué d’un nain, une guenon sur le genou; Baglione l’appelle l’Antéchrist de la peinture. Ses tableaux sont retirés des autels comme scandaleux et impies. Pourtant aucun des Carrachistes n’échappa à son influence, à commencer par Annibal, dont le Mangeur de lentilles (Pal. Colonna) ou Y Homme au singe (Offices) montrent l’intérêt qu’il savait prendre, à 1 occasion, aux divers caractères. (Une suite d'eauxfortes d’après les types et métiers de la rue est encore plus précieuse, elle prélude à Callot, Rembrandt, etc.)

Caravage est la plus grande force artistique du temps. Tous la subissent. A partir de 1605, l’école bolonaise entière est, de gré ou de force, conquise par le maçon lombard. Chez le Guide, ce n’est qu'une crise. Mais chez Dominiquin, Guerchin, le naturalisme s'installe et règne victorieusement. Les imitations abondent dans toute l’Italie. A Sienne, c’est Rutilio Manetti (1572-1639), à Florence, c’est Christofano Allori (1577-1621), l’auteur de cette magnifique Judith, à laquelle Musset a consacré un poème. A Rome, ils sonl légion : c’est Part. Manfredi (1580 ap. 1617), Carlo Saraceni (1585-1625), qui poussait la copie du maître jusqu'à avoir, comme lui, un caniche noir, nommé Barbone, dressé à

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